‹ Dix ans chez Alfred de MussetChapitre 27 sur 34 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Alfred de Musset bibliothécaire. — Dem — Dernière maladie et mort d'Alfred de M

Alfred de Musset fut pendant quelque temps bibliothécaire. A ce sujet, je trouve dans nies notes de i8j8.

« Le chroniqueur de l'Illustration s'occupe à son tour d'Alfred de Musset et cite ui con-

nue, de l'auteur de Rolia.

L'autre jour, Maxime Du Camp rappelait dans Souvenirs que Ledru-Rollin. « lettre comme un saumon », dit-il it/empressé, en arrivant au pouvoir en hisset h la rctrai:

* .' Ledru-Rollin n'y fut pour rien.

fut M. '■ it, homme aimable pourtant, qui

chargea, devant la postérité, de La responsabilité de cette lourde sottise.

« Ce Carteret qui était secrétaire généraldu ministre de L'Intérieur Recurt astre évanoui . crut devoir — ô politique! — demander la destitution du poète, et voici la curieuse lettre, alors adressée par Alfred de Musset au journal La Patrie, qui s'était distingué parmi

« Monsieur,

«•Je lis dans [votre journal qu'on avait annoncé, par erreur, que j'étais destitué de nia place de bibliothécaire, et que le ministre a l'ait démentir ce bruit. Voici à ce sujet, la lettre que j'ai reçu il y a Un mois :

« Citoyen,

« J'ai le regret de vous annoncer, que par un « arrêté du 5 mai courant, le ministre vous a admis « à faire valoir vos droits à la retraite.

« Salut et fraternité.

« Le secrétaire général, « Carteret. »

« Cette lettre, vous le voyez, est aussi claire que laconique.

« Quant aux droits à la retraite, il faudrait que j'eusse été nommé bibliothécaire à l'âge où j'apprenais à lire. Veuillez croire, du reste Monsieur, que je n'aurais jamais songé à entretenir le public d'une chose de si peu d'importance, si je n'étais profondément touché des marques d'intérêt et de bienveillance que j'ai reçues de la presse, à cette occasion.

« Veuillez agréer, etc.

« A. de Musset. »

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Le i3 avril 1857.

La dernière partie de piquet qui fut jouée entre Alfred de Musset et son oncle, M. Desheibiers, donna lieu à une étrange contrariété.

11 faut que Ton sache qu'au piquet marqué, ou «piquet des curés, » on ne joue pas d'argent, mais «à la fin de la soirée, celui qui a perdu n'est pas content.

Le jour où fut jouée cette dernière partie, M. Desherbiers eut le malheur de se tromper en donnant les cartes. Il y eut trois maldonnes.

M. de Musset, sans rien dire, quitta la table de jeu et passa dans sa chambre.

Ne le voyant pas revenir, j'allai voir ce rjui lui arrivait.

Il était triste, fâché ; il commençait à se déshabiller, il se coucha sans revoir son oncle, il me dit : « Trois fois treize cartes dans une soirée, ce n'est pas tolérable ! »

M Desherbiers, à qui je vins dire la chose, me répondit : u C'est la vérité, je me suis trompé trois fois, j'en suis désolé. Si Alfred se fâche pour ça, je n'y puis rien. » Et il partit sans dire bonsoir.

Quand je revins, M. Alfred avait la fièvre; je passais la nuit à le soigner. Le lendemain, il fut un peu mieux; toutefois il ne put rien manger. Il ne supportait pas d'être couché étendu dans son lit, il y était assis appuyé contre des oreillers; son cœur le faisait souffrir.

Les palpitations étaient fréquentes el douloureuses.

DIX ANS CHEZ. ALFRED DE MUSSET l55

Il se passa plusieurs jours sans qu'il y eut d'amélioration.

Son état, sans être plus grave, n'avait pas l'allure des maladies précédentes.

Quelquefois il avait le délire, mais un délire calme ; il me parlait de ses amis morts.

Je ne voyais personne à qui parler.

Ses amis étaient plus rares encore, la famille absente.

Je veillais seule toutes les nuits. J'avais complètement perdu le sommeil.

M. de Musset dormait tous les matins entre six et huit heures.

Je profitais de ces moments pour faire, sans bruit, sa chambre et ma toilette.

Quand il s'éveillait, il me trouvait prête à lui servir son déjeuner et à lire les journaux, quand Monsieur pouvait les entendre sans trop de peine.

Quelquefois il m'interrompait ; il souffrait, son cœur battait démesurément.

Il me disait: « Je souffre, Adèle ; prie pour moi, tu sais prier, toi ! » (

Je lui répondais : « Je prie souvent pour vous, c'est toute ma ressource quand je suis seule et (pie je vous entends vous plaindre; je prie, j'ai confiance et j'espère chaque jour que vous irez mieux. »

Après ses grandes palpitations, Monsieur s'«widorinait. En s'é veillant, il causait, il parlait de ses amis qu'on ne voyait pas.

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