‹ Dix ans chez Alfred de MussetChapitre 28 sur 34 · DIX A SSET · texte numérisé non relu

DIX A SSET

Il me disait aussi de lire : « Je n'entends pas bien, mais le bruit de la voix m'endort. »

Il m'interrompit tout à coup et me dit : « Ce sont des vers de moi que tu dis là. »

C'était le feuilleton du i~ avril i85;. M. Théophile Gautier disait :

Rien n'appartient à rien, tout appartient à tous Il faut être ignorant comme un maître d Pour se flatter de dire une seule parole Que personne ici-bas n'ait pu dire avant nou C'est imiter quelqu'un que de planter des choux.

Je reçus une lettre de Mme de Musset, qui me demandait des nouvelles de son fils. Je no devais jamais lui dire qu'il était malade.

— « Cette lettre, c'est de ma mère Àh ! elle m'aimait beaucoup autrefois, mais ils l'ont éloignée de moi, ils l'ont accaparée à Angers. »

Je Lui dis: « Votre mère vous aime mieux que tous les autres, croyez-le. »

— « Autrefois, c'était h' bon temps ; elle mettait des I -s dans ma chambre, je les trouvais en rentrant.»

Les palpitations fatiguaient beaucoup mon pauvre malade. 11 nie demanda du sirop de morphine pour calmer un peu ses douleurs. J'ai ■/. le

pharmacien L mil. 11 nu- lit

arquer qu'il 1. prudent

du M

INT. de Musset ne m'en demanda jamais : je l'avais, (railleurs, rendu inoffensif.

Il disait à son frère, qui remarquait ce flacon: :< Il suffit ({ue j'aie là ce sirop ; je ne m'en sers pas, mais il me rassure. »

Je lui dis un jour, entre autres choses, pour le remonter :

« La première (ois que je sortirai, je vous rapporterai une robe de chambre, la vôtre est trop vieille. »

Il hésita un moment, et me dit : « Une robe de chambre? il n'y aura rien dedans! »

Cette parole me l'rappa, j'en fus ébranlée ; je fis comme si je n'avais pas entendu, j'étais anéantie.

A partir de ee jour, je fus bien affligée. Je ne voulais pas qu'on s'en aperçut, je me contraignais beaucoup, je me sentais observée.

Quand RI. de Musset parlait un peu, je faisais des projets comme s'il avait dû se lever dans quelques jours.

Un matin il me dit : « Tire-moi de là, tu m'as guéri bien des ibis; tâche que je guérisse, nous irons à la campagne, mais nous n'avons pas d'argent ».

— « De l'argent, reprenais-je, j'en trouverai, je sais où il y en a, je ne prends jamais tout chez l'agent des auteurs dramatiques ; quand je voudrai mille francs, il vous les donnera.

« Vous avez été bien plus malade autrefois. Eh ! bien, nous en sommes toujours sortis.

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» J'ai ht. tucoup d'énergie, de > olonté, il Paul que Le mal me coda, n dus n erre ça

Dans ces moments, il reprenait pour quelques moments \ igueur cl saute

M.us les syncopes venaient démolir nos es] rances, ^pros les syncopes, un peu île sommeil; il

rè \ ait tOUt haut, parlait de ses a mis in o ri s. de Tattet,

disant qu'il allai! Le rejoindre Je m; décidai à écrire à M Paul, à Angers; issi a L'Institut . ces Messieurs vinrent Le r

M Paul ani\a. et justement ce jour-là j'avais quelque espoir . mon malade allait beaucoup mieux. je regrettais d'avoir écrit peur Les faire venir.

I e Lendemain *le L^arrivée vie M. Paul, l'Institut envoya deux médecins Comme Le malade connaissait son mal, il ne voulut rien faire de ce qu'où Lui ordonnai

II dit n fis ne peuvent rien faire Ils ne peuvent ni diminuer mon cœur qui est trop gros, niagrau«

il i r la plaee qui le contient

n Do tout cela, je prendrai le bain de géla«

tuie >>

1 v- bain lut apporte auprès du lit du malade M Paul était la. il dit « Je t'aiderai à te mettre dans La baignoire a

M UhViiiht * Non. elle m"\ mettra seule, elle est fort* v e seul mot .v. me donna la force île pr

dremon malade, de le mettre dans la baignoire, de l'y maintenir le temps d'arranger et de chauffer le lit; cela prêt, je remis mon malade dans un drap

chaud, qui lui déplut; on l'essuya avec ee drap, qui fut rejeté par lui, et j'entendis ce mot: « Vu* encore »!

Après ce bain, qui ne lui fit ni bien ni mal, je me demandais comment j'avais pu prendre cet homme. qui n'était ni mince ni maigre, pour le mettre seul dans la baignoire, l'en retirer et le reposer sur sou lit. M. Paul ne pouvait pas le comprendre.

Je fus témoin, le lendemain, d'un phénomène qui nous surprit. Dans un moment de repos, de somnolenee, le malade s'éveilla et regarda autour de lui. J'étais avec ma sœur, nous nous étions dissimulées, cachées par les rideaux.

Il crut être seul, il allongea le bras pour sonner; sa main resta à vingt centimètres du cordon de la sonnette et retomba sur le lit, la poignée du cordon suivit à cette distance et sonna. La bonne vint et dit: « On a sonné ». Monsieur dit: « Je croyais être seul.. , »

Ma sœur, qui avait vu comme moi ce mouvement, médit: « Mais il n'a pas touché le cordon de sonnette. » Je lui dis que je l'avais vu aussi...

M. Paul revint de déjeuner. M. Alfred lui demanda ce qu'il avait mangé.

« Toujours la même chose ; deux œufs à la coque

iGo DIX AXS CHEZ ALFRED DE MUSSET

et une côtelette. J'ai bu de ee bon vin blanc d'Anjou que notre soeur m'envoie.

— Ah! il me semble que j'en boirais bien; tu aurais dû m'en apporter un peu.

M . Paul lui dit : « Avec ta fièvre, ce serait de riiuiie sur le feu. »

— La Palisse n'aurait pas mieux dit.

Il* y eut long silence. M. Alfred s'endormit et M. Paul le quitta.

Il ne dormit pas longtemps. En s'éveillant il me dit : « Ma sœur lui envoie du vin blanc, ma mère lui a brodé un fauteuil »

Je lui dis : « Vous rappelez-vous que vous n'avez pas voulu des meubles que Mme de Musset voulait vous donner »?

— « Oui, il me semblait que je la perdais, que c'était un héritage. Mon frère a tout accepté; il est ainsi fait ».

Après chaque syncope, M. de Musset reposait un peu ; je l'entendais rêver péniblement, le sommeil était plutôt fatigant, il se réveillait triste, inquiet, il regardait autour de lui. — 11 nie dit un jour : c< Adèle, suis-je chez nous? Ne suis-je pas dans une maison de santé » ?

Je lui dis : « Vous êtes chez vous, dans votre chambre; voyez plutôt vos petits animaux, le chien, le chat. ».

— « Ah ! oui, c'est vrai, je viens de rêver, j'étais malheureux.

DIX FRED DE MUSSET ifir

— Il v a encore une chose que je veux tedem«..nder : ■ lis-je mari»''? ».

— « Non, vous n'êtes pas marié. Pourquoi demandez-vous tout cela? »

— a Si jetais marié, ma femme, me voyant malade, aurait peur, elle me mettrait sous la coupe d'un médecin qui, sous le prétexte de me soigner, me rendrait {'ou.

« Dans une maison de santé, je ne pourrais pas vivre. J'ai toujours peur que l'on m'y mette. Dismoi que tu ne me quitteras pas ».

— « Je ne vous quitterai pas, cela me serait impossible. Si vous mourez le premier, je ne vous quitterai qu'au cimetière.

— « Tu viendras m'y voir, il faut aller voir les morts » .

Il était convenu depuis longtemps; et je lui avais promis de le mettre moi-même dans le cercueil, de le garder le plus longtemps possible et de lui faire pratiquer par le chirurgien une incision au bras.

Le irr mai i85;.

M. de Musset souffrait beaucoup des syncopes longues et douloureuses.

La journée fut pénible.

Le soir, vers les huit heures, M. Paul cherchait son chapeau pour s'en aller. M.Alfred le remarqua et me dit : « II faut (jail j'este » ! Je dis cela à M. Paul et il s'assit près du lit. Je m'éloignai, pen-

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sant qu'ils avaient quelque chose à dire ensemble. M. Alfred dit : « Elle aussi ». Je me rapprochai.

Le malade voulut nous parler, mais une syncope pire que les précédentes l'arrêta ; il souffrait beaucoup ; peu à peu il se calma et s'étendant dans son lit, il se mita dormir d'un bon sommeil tranquille. la respiration libre et régulière, au point que, vers les dix heures et demie, M. Paul s'en alla se coucher.

J'étais heureuse de voir mon malade se reposer comme aux beaux jours. Ces derniers moments me parurent ceux d'un Ubmme heureux. Il nous dit, à Mme Chardot et à moi, des choses gaies. Il souriait avec des démonstrations tout à fait surprenantes, cherchant mes mains, les tenant dans les siennes; il s'endormait, puis recherchait ma main, cherchant à me rapprocher de lui. Ma sœur me dit : « Il veut te parler. » « Je dis : Non ; il rêve et pense à quelqu'un qui lui est agréable. »

C'est alors que le voyant dormir, je m'endormis moi-même; ma sœur veillait, suivait tous ses mouvements. Il changeait de place souvent, on lui mettait son oreiller où il voulait.

Il était près de trois heures du matin, j'étais endormie, j'avais un vieux sommeil de vingt jours.

Mais ce ne fut pas pour longtemps ; brusquement, ma sœur me réveilla. J'étais assise devant elle; elle me poussa du pied. Je lui demandai ce qu'elle voulait. Elle me dit : « Monsieur a la respiration courte, éveille-toi ! »

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— Ne le dérange pas, lui dis-je ; enfin, je m'éveillai et je m'approchai; ce lut pour recevoir son dernier soupir.

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