CHAPITRE XVII
Ce que rapportent les œuvres de Musset. — Rappelle-toi ! — Encore Arsène Houssaye. — Choses et autres...
Mme de Musset, après la mort de son fils, m'offrit, dans une lettre que j'ai encore, une part dans le quart des revenus du théâtre qui devaient lui revenir.
J'en parlai à M. Paul qui me défendit d'accepter, nie disant qu'il n'y aurait presque rien, et qu'il valait mieux pour moi une pension viagère, que l'on établit de cette manière :
J'aurais six cents francs par an, tant que le théâtre rapporterait douze cents francs, mais s'il tombait à mille francs, je n'aurais que cinq cents francs, et à huit cents francs, je n'aurai que quatre cents francs.
Mme Lard in de Musset a fait savoir que les héritiers de son frère avaient reçu, en moyenne, chaque année, de vingt à vingt-cinq mille francs par an.
J'aurais donc bien agi en acceptant la part que m'offrait Mme de Musset.
Au mois d'octobre 1808, on parla de faire graver sur le tombeau, la dernière strophe de Rappelle-toi :
Rappelle-toi. quar. - - la froide terre mr toujours dormira.
Rappelle-b nd la fleur solitaire
. doucement s'ouvrira.
. plus, mais mon âme immortelle R< 8 toi, comme une sœur fidèle.
tcoute dans la nuit Une vcix qui gémit :
Rappelle-toi !
M. Paul de Musset avait écrit à sa mère que cela coûterait cher, une somme que Madame trouva excessive.
Elle m'en parla dans une lettre à cette date. Cherchez donc vous-même, me dit-elle, un graveur un peu moins cher.
Je trouva raveur qui me demanda moins de
vingt francs. Immédiatement Madame ni écrivit quelle acceptait la condition.
Je lis donc graver les vers.
Un peu plus tard, me trouvant au Père-Lach; avec M. Paul, lorsqu'il vit 1 -.il parut sur;
Je lui dis que c'était par l'ordre de sa mère que je Les avais l'ait graver.
Il me dit : c Ma mère m'en avait parlé, mais j'aurai- .a ver autre ch< -
\! de Musset s'inquiétait en même temps de savoir lie maladie était mort son fils.
A ;. le journal Le Courrier de Paris.
publia. le 3 mai i r . ."> - . le document suivaut:
«On nous communique la lettre suivante adres à M. Paul de M'isset, parle médecin qui a soigné son frère à ses derniers moments.
«Nous la publions parce qu'elle contient des détails précis sur la maladie qui a emporté l'illustre poète .
« Mon cher Monsieur,
« Puisque Madame votre mère désire savoir le nom de la maladie qui nous a enlevé votre illustre frère, le voici : c'est une affection du cœur, et plus exactement, une altération des valvules aoi tiques.
* Il en souffrait depuis bien longtemps, et M. le professeur Hostan a même été surpris du degré avancé où il était parvenu sans avoir de plus grands symptômes.
« Recevez, Monsieur, l'expression de mes profonds regrets de la perte d'un homme si distingué qui honorait depuis longtemps son pays.
« Votre tout dévoué,
« Morel LavallJ** ».
Paris, le 4 mai 1857.
J'ai dit plus haut comment M. Iloussnye m'obligea à protester contre une de ses appréciations sur Alfred de Musset.
J'eus une nouvelle occasion de me plaindre de lui.
N'osant pas écrire aux journaux, j'adressai ceci à M,n0 Lard in de Musset :
« Madame,
« On lit aujourd'hui dans le Figaro les Souvenirs d'Alfred de Musset, par Arsène Houssaye.
« Il donne M. de Musset pour un homme courant après l'argent, cherchant à se (aire jouer au Théâtre Français pour en avoir.
« Il ne fit jamais cela.
« Je suis désolée de ne pouvoir protester dans le Figaro, et de n'avoir personne sous la main pour donner un démenti.
<( J'affirme qu'Alfred de Musset ne reçut jamais rien pour Y Ane et le Ruisseau, qui ne fut pas joué aux Tuileries, et pour une autre cause.
« Il ne faut pas laisser juger Alfred de Musset comme le premier bohème venu.
« Voui, Madame, qui étiez alors éloignée de lui, vous ne pouvez pas savoir ce qui s'est pâmais moi, sa vieille gouvernante, qui ne l'ai quitté qu'à sa mort, qui ai su ses chagrins, ses ennuis et ses ressources pécuniaires, je me croirais coupable de ne pas vous avertir. »
Cette lettre resta deux mois à son domicile; on ne lui envoyait pas ses Lettres.
Quand on loua l'appartement de la rue du Mont- Thabor, on présenta à M. de Musset une feuille de location à signer. 11 refusa.
J'allai voir le propriétaire, M. Daloz. Je lui fis comprendre que M. de Musset ne voulait jamais engager l'avenir, qu'il était probable qu'il demeurerait là indéfiniment, mais qu'il ne fallait pas lui demander de signature.
Le propriétaire, homme d'esprit, comprit mon raisonnement et ne parla plus de rien.
Le 19 Janvier i856.
M. Paul de Musset fit jouer à l'Odéon La Revanche de Lauzun .
Il écrivit à M. Alfred, pour qu'il assistât à la répétition générale.
Cette invitation arriva au moment du dîner. M Desherbiers dînait avec son neveu.
Il fut décidé que nous irions tous les trois, le soir môme après le dîner.
Je fus bien aise d'aller là, car Monsieur avait été malade; c'était sa première sortie.
Je le ramenai à la maison après avoir déposé M. Desherbiers chez lui.
Et s'il avait dû rentrer seul, je voyais que l'on se disposait autour de lui à l'enlever, à sa sortie.
Je lui en parlai après. Il me dit : « C'est vrai ». Nous en avons ri. Il disait : « J'ai mieux fait de rentrer. J'ai besoin de repos. »
2l4 DIX AXS CHEZ ALFRED DE MUSSET
M. Antony Deschamps venait quelquefois voir M. de Musset.
Il habitait la maison hospitalière du docteur Blanche. Il disait : « Je suis là, on agit et on pense pour moi ; on me donne ce qu'il faut, enfin on me gouverne entièrement, on remplace près de moi ma famille.
«Vous avez eu le bonheur de rencontrer une personne qui agit et pense pour vous pour toutes les nécessités de l'existence et qui vous soigne malade et en santé ».
M. de Musset répondit : « Oui, c'est ma mère qui Ta donnée » .
Vers faits par Alfred de Musset Pour être chantes à Lille