VIII PREFACE
et Ja tendresse!, sourd, la parole avare, il n'a plus que le geste épuisé et las. Yeut-il manger? Et quoi? Adèle trace sur un papier quelconque qui se trouve être une convocation pour un service académique le projet du repas. 11 lit, prend la plume, et écrit au-dessous trois mots à peine lisibles, signes défaillants d'une volonté qui « chancelle et s'abat. »
Fille d'un forgeron de Bourand dans le Jura, industrieux plébéien qui avait lui-même façonné son outillage, Adèle fut de bonne heure orpheline. Dans la maison en deuil, elle remplaça la mère a la forge, tint l'emploi d'un compagnon, vaillante à la besogne. C'était au temps des rouliers, avant les chemins de fer. Lorsque la centralisation eut porté au foyer rural un coup funeste, les premières atteintes de cette métamorphose se firent sentir à la forge de Bourand; le travail fut plus rare, quand les débouchés furent plus nombreux.
A dix-neuf ans, on mit Adèle en condition chez une dame malade. Sa jeunesse pensive ne bouda point cet austère office. Cet être de robuste santé aimait à s'empresser autour des affligés et des débiles; l'esprit porté à l'observation des maux humains, elle s'ingéniait, à découvrir des remèdes
PRÉFACK II
dont un secret instinct lui dévoilait les curatives vertus. Point frivole, inoccupée des loquacités du dehors, recluse volontaire, la chambre du malade, où la vigilance a la fidélité sans éclat de la douce veilleuse, l'enchantait. Elle y trouvait le développement normal de ses qualités natives, l'attention soutenue dans l'humilité de la tâche que rien ne rebute, le dévouement cordial et l'attachement candide.
Elle entrait à 22 ans chez une dame d'honneur de la reine Hortense, Mlle Mazuycr, qui estimait le sérieux de son esprit et son sens exact de la mesure. Une sœur de cette dame, Mme de Francqueville l'emmena à Paris où, sur sa recommandation, Adèle Colin entra chez la princesse de Salm-Kyrbourg, qu'elle suivit en Allemagne.
Elle revint à Paris où elle s'employa dans une chambrette du sixième à d'obscurs travaux, près de sa sœur. Mme de Musset s'enquit d'une ouvrière à la journée consentant à travailler pour elle, qui s'ennuyait le Dimanche. On lui désigna Adèle Colin, sage et laborieuse, assujettie à sa tache dans le silence et le recueillement.
Elle se présenta, fut agréée. Elle était discrète