‹ Dix ans d'art francaisChapitre 19 sur 24 · scène de famille très simple, de jolies postures, des · texte numérisé non relu

scène de famille très simple, de jolies postures, des

arrangements heureux en blancs et roses; une très

véritable attitude d'enfant boudeur qui se tourne le

pied.

Exagéra fions.

Le châle de couleurs violentes appose sur les épaules d'une provinciale mérite qu'on l'apprécie et qu'on s'égaye des tons trop francs, d'ailleurs absolument faux, que M. Hochard se pique de noter dans ses toiles bonnes pour enseignes de village esthète.

L'art de Lerolle.

Vous courtiserez les deux femmes que M. Lerolle dressa magistralement devant leurs miroirs. Vous souhaiterez les pommes qu'il peignit durant une vigoureuse et nette vision. Cela donne la mesure d'un irt déjà célèbre.

L'excellence.

M. Lobre triomphe des plus rudes difficultés que se

Duisse proposer un peintre : L'escalier du Petit

^•^^ Vrianon. Si les autres peuvent hésiter à se croire

^^^ létestables ou bons, M. Lobre ne peut qu'être sur

l'atteindre la perfection. Comment discuterait-on le

elief de cette rampe, de cette lanterne, l'atmosphère

e ce vestibule? Tout est en sa place exactement, avec

;s détails, mais réduits, chacun à son importance

lative. Point d'omission. Point d'exagération. L'en-

emble et les parties concordent sans une erreur.

es a

Quelle compréhension des matières diverses ! Le cuivren'est pas de la couleur, c'est du cuivre. Le vitrail bleu de Chartres est du verre et non pas une lumière bleue. Toute pierre a sa personnalité d'orig^ine, et cela dans le plus haut luxe d'harmonie. La beauté suprême* de l'architecture apparaît sous ce pinceau.

— La Montagne espagnole, que M. Gustave Colin dressa dans la lumière, et où paraissent deux femmes coloriées, en imposent par la masse, les roches et les» angles, quelque réduite que soit la dimension da cadre.

Compositions heureuses.

— V Année terrible, de M. Pierre Lagarde. Largecomposition dramatique où moutonne une foule guerrière au passage d'un fleuve sous les corbeaux. — La femme au peignoir, de M. Maurer, solidement charpentée sous un châle violâtre. — Le départ, de M. Moreau-Nélaton, charmant dessin de parc et scène familière entre personnages très naturels étudiés,, groupés comme il faut.

La science de M. Jacques-Emile Blanche.

Le Portrait de Thomas Hardy, par Jacques-Emile Blanche, est le chef- J'oeuvre de ce maître à qui l'on: doit les images immortelles de Rodin, de Barrés^ d'Henri de Régnier, de Francis Vielé-Griffin, de Cottet et Debussy.

Voici le glorieux écrivain anglais, l'auteur de Jude Vobscur, assis, incliné un peu comme hori

du cadre. L'âg-e a flétri les traits fins et nobles^ dépouillé le crâne frêlfe. Autour de la vie mélancolique, mais curieuse que les yeux conservent, la peau «'est affaissée, plissée. Toute la jeunesse d'un esprit héroïque persiste vaillamment sous cette enveloppe. Aussi bien le tableau pourrait s'appeler La Fragilité de la vieillesse. Et c'est une profonde émotion qu'il communique au spectateur devinant le génie engainé dans cette mince écorce de chair que chargent les vêtements sportifs anglais. Car la coquetterie du svelte gentleman apparaît en toute sa prestance, et, plus encore, dans l'esquisse du tableau définitif.

Si, jusqu'à présent, des émules très sévères reprochaient à M. Jacques-Emile Blanche le souci de ne pas oublier les traditions des vieilles écoles françaises et anglaises, ils se devront d'avouer que la méthode eut le meilleur résultat. L'artiste sait peindre dans toute l'acception du terme. Le portrait de Colette Willy autant que celui de la demoiselle à la robe rouge, liés autant que l'image de la jeune personne devant la psyché et que pare une jupe foncée de soie or, attestèrent la richesse de la palette acquise, et la science du pinceau.

Les musées de l'avenir s'enorgueilliront de posséder l'une de ces œuvres alors que beaucoup d'autres, brossées en bravoure, ne seront plus que d'insignifiantes ébauches, reliques de modes périmées. Ce portrait de Thomas Hardy me semble égal aux plus fameux que l'on aille voir dans les galeries des capitales.

Les Jardins de M. de La Gandara.

Il faut aimer beaucoup les deux aspects du Luxembourg que M. de La Gandara décrivit très sobrement, très majestueusement aussi, car il devient essentiel de comprendre mieux la beauté des architectures. M. de La Gandara nous enseigne le prestige des jardins comme M. Lobre nous instruit des palais, ï'élicitons-nous d'apprendre tant et par l'entremise de tels hommes. M. de La Gandara réjouit les âmes en leur montrant aussi d'uniques robes de cour sur des Ciorps de mondaines avenantes.

Le Portrait de J^P^^ Gabriel d\Annunsio est entre les meilleurs qu'il ait tracés. On s'éprendra de ce profil blond, de cette toilette rose-orangé, de cette taille droite et de ce geste fléchissant. La femme semble une sirène sortie par le buste d'une onde mousseuse et luxueuse.

Le petit comte de Noailles fut, par M. de La Gandara, travesti en un joli page, très digne de ses armoiries. La couleur du fond, un bleu terne et grisâtre et qui enveloppe la figure, procure une sensation très neuve.

Le soleil et les êtres.

— Saisir la vérité d'un soleil fort, et l'appliquer sur les formes d'une fille rustique, sur les oranges de son panier, sur le torse d'un enfant accroupi, nu, mais en chapeau de paille, dans le sable de la plage, puis fixer cette sensation intense avec tant de sûreté

que rillumination gag-iic la salle, ce fut la tâche de M. Lauréano Barrau. Deux toiles remarquables.

Contemplons le Pays Bleu de M. Maurice Eliot, paysage de rêve qui encadre deux amants gracieux, ensoleillés. Rappelons-nous les très larges visions de la Tamise que sut brosser M. Soréda, le portrait du [jeune homme qu'observa M. Brissaud, la Liseuse en [bleu de M"^^ Beloso. Il sied encore de chérir le nu de M. Morisset, Après le Bain, et les fleurs du même [peintre.

La Grand^Messe.

Surtout on ne saurait rendre trop d'honneurs au

large tableau de M. Lucien Simon, la Grand' Messe.

|0n n'attendait pas moins de cet esprit très supé-

ieur, qui, chaque année, nous apporte des témoi-

nages plus frappants de son génie laborieux.

En lui, nous possédons un peintre de grand talent,

arfait dessinateur, coloriste hardi et disert, qui ne

dldédaigne pas de composer, et de composer cela même

aeiimue les impuissants et les paresseux dénigrent en le

seiijurnommant la grande machine. Certes, il est plus

îommode de tenter, sous prétexte de raffinement,

uelques traits et quelques touches sur un mouchoir

e poche tendu par quatre baguettes, puis de montrer

ela parmi des cris d'extase. On étonne les naïfs. On

n impose aux simplistes. La fainéantise et la lâcheté

i iinï^ ^^ plupart s'empressent de louer la minuscule

bauche informe, où six taches et vingt hachures

ignifient, au gré du spectateur, une danseuse, un

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paysage, un cheval ou une potiche. Par malheur, des hommes de génie comme Degas et Monet semblèrent justifier quelquefois cette thèse de la croupissante fainéantise. On oublia que Delacroix avait peint V Entrée des croisés à Constantinople et que ce tableau demeure son chef-d'œuvre. Evidemment, trop de pompiers s'étaient servis de la dimension et du nombre pour racheter, par le labeur de couvrir la surface énorme, rignominie de leur palette et la faiblesse de leur dessin. Aujourd'hui toute une génération s'établit dans la gloire après avoir multiplié, vingt ans, les preuves fragmentaires de son savoir certain. Les Dauchez, les Cottet, les Ménard, les Ulmann, les Simon ne sont plus en posture d'être critiqués. Si l'un d'entre eux s'efforce d'ajouter aux vertus conquises, d'après la leçon de l'impressionnisme, celles qui firent la renommée des anciens maîtres, tant mieux ! C'est l'heure de faire ovation à leur initiative.

La Ronde de nuit n'a point fait déchoir les facultés de Piembrandt, ni les tableaux de corporations celle de Franz Hais. Au contraire. Acclamons donc avec ardeur Lucien Simon, qui sut composer une grande niachiney et cela sans rien perdre des qualité* propres à son expérience. Car ce sont les Bigoudines, ces fameuses Bretonnes à la mine asiatique dont nous enchantèrent tant d'études séparées, qui remplissent le centre de la toile dès le premier plan. Sur leurs pommettes saillantes, sur le clinquant de leurs bonnets^ à broderies, sur leurs mitres singulières, tombe \é rayon du vitrail, après avoir éclairé largement 1^

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cornettes et les bures blanches des religieuses, au milieu de Téglise villageoise.

Le tableau est magnifique. Il semble une synthèse de tous les efforts applaudis déjà.

Oui, l'impressionnisme a fini son enseignement. Grâce à lui, à ses vérités comme à ses exagérations, rart de France s'est puissamment fortifié. 11 appartient aux meilleurs disciples d'employer cette puissance en construisant des œuvres dignes d'elle. M. Lucien Simon donne l'exemple.

Vies.

Après avoir reconnu le Jubé de Saint-Etienne-dU' Mont, on s'introduira volontiers dans le jardin lunaire que doucement éclairent le salon aux portes ouvertes et une lampe, ce soir de Paris, retracé par M. Eugène Morand, avec beaucoup d'adresse.

— U Alerte, par Wellaert : des garçons aux nudités limpides se baignent devant le couloir d'une mai-

on ouvrant sur le canal.

— Il faut admirer le Haleiir, de M. Verstraete,. blique au sol qui suit le bord du morne canal, en êvant avec résignation, les mains dans les poches et 'œil vers les lumières du bourg, là-bas, au repos que approche lentement la marche pénible sur l'herbe elée du chemin. La tristesse de l'heure douteuse est otée à point.

*,■ — ^^ Pardon de Saint-Marc, par Boyer, rasemble toute une population menue autour d'une

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âve

pauvre chapelle de campagne ; bonne étude de l'espace nuancé par différents plans de lumière.

Une Dame assise contre un paravent de laque aux paysages dorés attirera les approbations. M. Raymond Wog- a traité avec un art consommé Torfroi du boléro, le luxe léger de la robe, le crêpe épanché sur Taccoudoir du siège. Le visage lui-même est un excellent morceau, avec sa clarté, son ombre qui le divisent. C'est le meilleur portrait du Salon, avec ceux de MM. Blanche et Cottet.

— On appréciera le sens des valeurs et des proportions qui fit masser, par M. Léon Cassart, devant et derrière un clocher rose, des verdures bleuâtres, un ciel gris-vert, une eau dormante.

— La Comtesse V..,, décrite par M. Carolus Duran, semble pleine de vie intense, sous la chevelure blanche. Rarement ce fameux imagier atteignit un pareil résultat. Ses autres portraits sont médiocres.

— Le Marché de Concarneau et A rite de Sein,\ deux vues de Bretagne intéressantes, par M. Le Goût l^Gérard). Ce serait le motif de séduisantes gravures pour le livre intense de Théodore Cheze sur la vie volante des cyclistes, et qu'il intitule Claude Lenolr.

— \] Enfant à la gerbe^ qui rentre au salon avec la lumière et la fraîcheur du jardin, vaut une impression très gracieuse obtenue par M. Nuemer.

L'œuvre de Prinet.

Sa Plage très sèche, devant une mer étendue, supporte un groupe de personnages qu'on croit entcn-

iclie

dre bruire. C'est d'une exécution prestigieuse. La femme en brun contre la porte grise paraît en saillie d'une manière étonnante. La peinture, parfois, suscite l'illusion du miracle. Ulntérieur de salon vaut cette impression profonde que donnent toujours les études de ce subtil artiste lorsqu'il analyse l'atmosphère d'une pièce et la vie de ses hôtes, révélée par les meubles, les tentures, l'ag-encement des choses. C'est toute une phsycholog-ie. On se plaira devant la scène Une vente à VHôtel Drouot^ curieuse assemblée de types.

Caractères.

— Les Abonnés de Jean Béraud, et le Couloir de rOpéra durant la représentation rappellent exactement le lieu, les gens, Fheure.

— Le Père Hyacinthe, par M. Giron. Figure très expressive de l'âme connue; les mains sont curieusement traitées.

— U Accusé, la Plaidoirie, par M. Dumas; une tête d'escarpe moite et mal peigné, une figure de

nt cocher de fiacre sur une robe d'avocat; mais ces deux

la\i|images font penser à Daumier.

- Le peintre Henri Gervex dans son atelier, par

la^jM. José Belon, fort agréable scène d'intimité.

La mémoire héberge volontiers les lithographies |en couleur de RafFaëlli et de Ch. Houdard, le Portrait e Mégard, par Anquetin : en somptueuse toilette cire brodée d'or et de rose, l'actrice se cambre, très elle, sous une chevelure blonde qu'entoure une lonue plume grise.

Le Portrait de M. Hawkins,

— Deux visages de jeunes filles tracés par le pinceau classique de M. Hawkins, en des cadres à la courbe heureuse.

On admirera mieux encore le portrait du peintre par lui-même où paraît sa mine sardonique et gaie, d'une manière saisissante. L'unité de la couleur et des lignes trahit toute la maîtrise de cet éminent artiste.

Les enfants que peint M. Delachaux méritent une remembrance. Ensuite, on se souviendra des paysages que M. Paillard rapporta de Saint-Tropez et de Martigues. Toutes les qualités de Fritz Thaulow sont dans cette série.

Le i4 Juillet à Dieppe fixe particulièrement Tattention de ceux qui prisent l'opposition d'un fond embrasé par les illuminations et d'un premier plan aux eaux vertes.

— La femme en hleii, de M. Lomont, est un morceau de bonne facture très précise. Combien peu | seraient capables de mettre au point ces raies bleues sur la robe, ces lumières sur la face à chevelure I noire, s'ils ne se contentaient d' à-peu près truculents! !

Les Fantômes de Jean Veber.

Jean Veber produit ses monstres en liberté. On rira devant ces hideuses et lourdes femmes nues se livrant à de singulières occupations. M. Jean Veber devrait bien laisser là quelque temps les grotesques, pour revenir en ses jardins d'autrefois, ses jardins de

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coloriste, fleuris de taches précieuses, mouchetés par les rayons solaires. Si déridants que soient ses magots, ils ne valent pas l'omission d'un art meilleur, et plus digne d'un si rare talent.

— Après avoir profondément admiré le Boudoir et la Chambre verte de M. Walter Gay, on aimera VEtjUse dorée de Montréal, qu'a rétablie M. Michel Marins, en restituant toute l'esthétique byzantine de la Sicile.

— Il convient de songer à la Venise dans la neige de M. Guillaume Roger, aux paysages délicats de M. Duhem, à V Automne éventant le parc roux de M. Morrice, toile remarquable, comme ses Courses de chevaux, à la sensation de M. Loullé : Le Loing et le coteau de Saint-Nicaise, paysage très poussé, à la très jolie fdle nue de M, Quentin Brin, à la robe quittée, noire et paon. Ne pas oublier la Nourrice à la pèlerine violette^ de M. Steller, ni le Déjeuner au jardin^ de M. Oleff.

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