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cer par l'hisloire, où elle a une si grande place et qui est remplie d'un bout à l'autre de l'intervention de la Providence, et dominée dans son ensemble par le grand fait de la révélation. Vaine tentative qui ne produit que des ruines, sans pouvoir rien édifier, et qui se condamne elle-même par ses pro|)res résultats ! Car quiconque supprime de Tbistoire Dieu et le surnaturel , supprime la moitié de Tbistoire et se met, par cette négation, dans l'impossibilité d'en comprendre le reste.
Quant à moi, je n'ai pas voulu et je ne voudrai jamais consentir à l'amoindrissement et à la mutilalion de la noble science que je suis cbcirgé d'enseigner. J'accepte de ses mains et sur la garantie des moyens de transmission qui lui sont propres, les faits bumains qu'elle me raconte. Je ne vois pas de raison supportable de nier les actes divins qui viennent à moi par le même canal, qui se constatent par des pbénomènes de l'ordre naturel , accessibles aux sens comme tous les autres faits, et qui s'établissent et se contrôlent par le même genre de preuve que tous les autres événements de l'histoire. Or, parmi ces faits surhumains, qui se manifestent dans l'histoire et dont on conteste aujourd hui jusqu'au [principe même, il en est un qui remplit tous les temps, qui domine tous les événements et que je regarde comme étant ce qu'il y a de plus constaté dans les traditions humaines. C'est le fait ou plutôt l'ensemble de faits par lesquels
s'est accomplie la promulgation d'une loi divine sur la terre, et qui a donné lieu à cet euchainement aussi visible que mystérieux, que Bossuet a appelé la suite de la Religion. Cela étant, que deviennent, devant ce fait public, visible et palpable, les vaines dénégations des hommes essayant de se démontrer qu'aucun être n'existe ou ne peut agir en dehors et au-dessus de l'humanité et de la nature , qu'il n'y a rien de plus grand que l'esprit humain , qu'il ne relève que de lui-môme, qu'il n'est tenu qu'à obéir aux lois qu'il se trace de sa propre autorité, et qu'après tout, s'il y a dans le monde quelque chose d'adorable et de divin, ce ne peut être que l'humanité elle-même? Car il y a de nos jours, comme il y en a eu de tout temps, des écrivains, des savants, des penseurs, qui ne paraissent pourtant ne manquer ni de science , ni de force de tête, qui emploient tout ce qu'ils ont de facultés et de moyens à assurer le succès de ces étranges prétentions. Mais toute leur industrie est en pure perle, et leurs efforts viendront toujours se briser contre ce fait historique, reconnu partout, quoiqu'il ne soit pas partout bien compris, qu'il y a une loi imposée par Dieu à Thomme; ce qui met sa dépendance hors de doute, et d'où il résulte, quoiqu'on fasse pour qu'il prenne le change, qu'il sait très bien qu'il n'est pas son propre législateur, et qu'il n'a pas fait la religion qui le réprime et qui le contient.
On ne sait pas assez combien la science de l'his-
toire est redevable au grand fait de la révélation. D'abord, ce n'est que par elle que nous a été conservé le souvenir de Torigine des choses. Puis elle nous donne des affirmations nettes et précises sur les moments décisifs de l'histoire primitive du genre humain, et elle résout des questions capitales autour desquelles nos sj^stèmes n'entassent que des inventions obscures et chimériques. Par là, elle projette sur la suite des temps une lumière qui éclaire tout, et qui nous fait voir le commencement et la fin de nos destinées. C'est ainsi que par elle, le jour se fait dans le chaos apparent de l'histoire ; et il devient visible à tous les yeux que l'ordre moral est régi par une loi divine , et que c'est à l'établir, à la conserver, à la répandre , ou à la venger que tout concourt ici-bas. C'est enfin par elle que l'historien trouve le poiilt fixe qui domine tout, qui ramène tout à celte unité où aspire toute science; le point immuable, en dehors duquel il n'y a que des opinions incertaines sur l'ensemble des choses , rien que des contrefaçons de la vraie philosophie de l'histoire, dont les principes ont été posés dans l'Ecriture sainte où nous est révélé le secret de la destinée des peuples et le sens des grands mouvements de l'humanité.
Je l'ai dit souvent, et je le répète encore, ce ne sont point des nouveautés que j'enseigne. Eu pareille matière, c'est le seul moyen de rencontrer vrai. Il y a longtemps que 1 homme sait bien à quoi s'en tenir sur
ces questions, el en réaliuî, aux yeux des connaisseurs, la vieille vérité, mise en regard des liiéories qui aspirent à la supplanter, est encore ce qu'il y a de plus neuf, de plus frais |)0ur ainsi dire, et de mieux conservé. Je me suis donc borné à reprendre la doctrine de saint Augustin et de Bossuet, el à montrer que, malgré Textension donnée de nos jours à l'histoire universelle, elle contenait toujours la raison suprême des événements du passé. A travers toutes les époques que j'ai parcourues, dans toutes les questions que je me suis posées, soit que j'aie pris pour sujet d'étude ce grand mouvement de voyages, de découvertes et d'entreprises commerciales qui, depuis près de quatre siècles, rapproche les deux hémisphères el prépare, par des voies naturelles, la reconstitution de l'miité religieuse et morale du genre humain , soit que j'aie eu à exposer le tableau de la chute de l'empire romain el à montrer les nations modernes sortant de ses débris, soit que j'aie interrogé Thistoire sur la mission de Moïse, sur la lulte de la Grèce et des Perses, au temps des guerres médiques, sur les destinées de Rome el sur l'établissement de son empire dans le monde occidental , sur l'opposition du christianisme el de l'islamisme dans le grand conflit des croisades ; enfin, soit que je demande à nos annales le secret des révolutions dynastiques, dont elles nous oiïrenl la succession , partout j'ai senti et cherché à faire comprendre l'action souveraine de Celui qui est
à la fois la providence du plus chélif des humains et l'arbitre suprême des plus grands empires. Et dans cette longue revue d'événements accomplis par les hommes dans la sphère de liberté que Dieu leur laisse, il m'a toujours été facile de constater que l'ensemble obéit à une volonté supérieure qui imprime une direction certaine et visible à tout l'ensemble et qui, après avoir fait connaître aux hommes ce qu'elle altend d'eux et la destination qu'elle leur assigne, les y ramène sans cesse par une répression mêlée à la fois de rigueur et de miséricorde, quand ils l'oublient ou qu'ils s'en écartent. Cette notion d'une cause suprême de qui tout dépend et qui régit de haut les choses humaines, j'ai tenu à la mettre en lumière et à l'accuser d'autant plus fortement qu'on s'efforce, aujourd'hui plus que jamais, de l'obscurcir et de la nier. Elle est devenue ainsi le principe fondamental de mon enseignement, et grâce à elle, un seul et même esprit circule dans tous ces discours, depuis celui où j'établis que l'observation de la justice et l'accomplissement des préceptes divins est la loi de l'histoire , jusqu'à celui où je montre la révolution prête à se déchaîner sur l'ancienne société française qui les avait méconnus, pour la régénérer par le châtiment.
C'est en se plaçant dans cet ordre d'idées qu'on trouve un sens aux grandes catastrophes dont l'histoire est remplie, et qu'elles peuvent devenir, pour les peuples à qui on les enseigne, ce qu'est l'expérience
— xvm — de la vie pour l'homme qui sait comprendre la leçon contenue dans les corrcclions et les redressements de chaque jour. L'histoire universelle est, comme la vie pour chacun de nous, l'école où se forme l'humanité. Làj Dieu qui est l'instituteur suprême, procède à l'éducation des peuples en avertissant, en redressant, en corrigeant, en châtiant quelquefois jusqu'à l'extermination, selon que l'exigent les besoins de sa créature et les règles de sa justice, qui n'a pu laisser sans une sanction efficace la loi qu'il a donnée au genre humain. Sans doute, le plan de ce système d'éducation n'apparaît bien clairement que dans l'histoire du peuple hébreu , qui a été suscitée divinement pour l'instruction de tous les peuples. Mais, dans son esprit, l'application en est universelle , et il est facile de la retrouver dans toute l'histoire. Car la Providence agit partout, et le même Dieu qui régissait Israël d'après la loi expresse qu'il lui avait donnée, est aussi le juge des nations de tous les temps, d'après ce qu'il leur est accordé de connaître ou de conserver de la loi morale et religieuse, conformément aux lumières qu'elles ont et qui constituent la mesure de leur mérite et de leur démérite,
C'est ainsi qu'en s'attachant à tirer des faits la leçon qu'ils contiennent toujours , l'histoire servirait à rappeler sans cesse aux hommes leur subordination à une loi divine qu'ils connaissent tous plus ou moins, et elle replacerait les sociétés dans les véritables con-
dilions de l'ordre dont elles tendent toujours à s'écarter. Avec les principes de la philosophie négative, elle se détourne de sa destination et elle n'a plus d'enseignement moral à donner aux hommes. Car, en supprimant l'action divine, en niant la révélation et Tinlervenlion providentielle de Dieu dans les événements d'ici-has, elle fait oublier à l'homme sa dépendance envers le Créateur, elle flatte son inclination à s'affranchir de toute loi et à ne relever que de sa propre volonté , elle lui fait croire à un perfectionnement continu, sans condition religieuse et morale, s'accomplissant par l'action d'une vertu occulte, inhérente à sa nature, et, en propageant de telles doctrines, en s'emparant de l'opinion qui n'est jamais en garde contre les erreurs qui la flattent, elle ne peut que précipiter la société dans un incurable aveuglement, et hâter le retour des catastrophes et des expiations (I).
(l) On connaît le célèbre passage des IVouveaux Essais sur VEntendement humain, où LeibniU prévoit qu''une révolulion générale doit être lo terme et le remède de la nialndie d'esprit épidémique, qu'il observe dès le commencement du xtiii* siècle, et qui répand peu à peu dans l'esprit des hommes du grand monde , qui règlent les autres et dont dépendent les affaires, des opinions contraires à l'existence de Dieu, à la vie future, etc. La prédiction ne s'est que trop pleinement réalisée à la fin du siècle. Qu'aurait dit Leibnitz s'il avait vu ces erreurs, ou des opinions approchantes, descendre en bas et menacer de devenir générales ? Assurément, il aurait poussé plus fort le cri d'alarme, et il aurait couru plus résolument au l'eu. Quant à nous, qui voyons ce qu'il ne pouvait prévoir, faisons ce qu'il aurait fait sans doute, et ne nous épargnons pas pour arrêter l'incendie. (Voy. Leibnitz, ouv. cité, édil. Cbarpenlier, p. 480.)
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On voit , par ces considéralions , toul ce que riiistoire peut faire de bien ou de mal, selon l'esprit qu'on y apporte, et la manière dont on considère les faits qu'elle livre à nos médilalions. Aussi est-il de la plus haute importance de s'examiner et de s'interroger soi-même à ce sujet, et pour cela, il serait bon de se remettre sous les yeux ce passage du Traité des Etudes , où Rollin se pose aussi à lui-même la grave question qui nous occupe : « H n'est pas nécessaire , dit-il, que je m'arrête à prouver l'utilité de riiistoire : c'est un point dont on convient 'généralement et que peu de personnes révoquent en doute. L'important est de savoir ce qu'il faut observer pour rendre cette science utile et pour en tirer tout le fruit qu'on en doit attendre. »
Sans doute, la question de savoir comment on doit se servir d'une science, quelle qu'elle soit, suppose qu'on la possède, et il ne faut rien négliger pour l'acquérir. Mais ce premier point obtenu , reste encore la question de savoir comment il faut s'y prendre pour ne lui faire porter que de bons fruits et en lirer toutes les lumières qu'elle renferme. Tel bon instrument de travail peut devenir inutile ou funeste entre des mains mal inlenlionnées ou maladroites. Il arrive sans cesse qu'on blesse ou qu'on tue avec les mêmes armes qu'on destinait à ses divertissements. De même, il se peut qu'on emploie l'histoire à tromper les hommes et à leur cacher les plus importantes vérités qu'ils aient à
connaîlrc, lelles que les vérités religieuses, et qu'on fasse un instrument d'erreur d'une science qui est par excellence Tinslitulrice des peuples et l'école de la vie.
Il ne suffit donc pas d'acquérir la connaissance de riiisloire el de s'y rendre habile et célèbre, si Ton n en fait un sage emploi et si l'on ne possède ce bon esprit qui sait tirer le meilleur parti des choses, et sans lequel l'homme n'a guère à se féiicilei de ce qu'il acquiert , pas plus dans Tordre de la science que dans celui de la puissance ou de la richesse. Et à ce compte, où trouver un guide plus sur et plus judicieux que le maître vénéré dont j'invoquais l'autorité tout à l'heure et dont les enseignements, trop délaissés peut-être de de nos jours, pourraient réveiller dans nos cœurs le goût de certaines vérités qui sont de tout temps nécessaires, el dont aucun progrès ne saurait tenir lieu.
Sans doute, Rollin ignorait bien des choses qui sont aujourd'hui à la jjorlée des esprits les plus ordinaires. Il ne pouvait être au courant des connaissances que nous devons aux sciences nouvelles, dont s'est enrichi l'esprit humain. On peut même dire qu'il était à plusieurs égards au-dessous de la science de son lemj)S, qu'il n'était pas un érudil, et il en a fait maintes fois l'aveu avec tant de candeur qu'il nous ôte presque le droit de lui en faire le reproche. Mais si Rollin n'était pas un savant, dans le sens spécial et restreint du mol, c'était un homme éclairé, c'était un sage, c'est-àdire, un homme qui sait le bon usage qu'il faut faire
de la science qu'on a, et qui estime qu'elle ne sert réellement à l'homme qu'autant qu'il en profile pour devenir meilleur et pour rendre tels ses semblables. C'est par là qu'il doit rester notre maître, et qu'il y aura toujours pour nous tant d'utilité et de profil à lire et à méditer ses simples et modestes écrits, où à défaut de cette érudition, et de ces vastes aperçus dont la pensée moderne est fière à juste titre, règne cet amour sincère du bien moral, ce sens droit et profond de la vérité religieuse qui semblent nous échapper de plus en plus, et qui est pourtant ce qu'il faudrait conserver et entretenir avec le plus de vigilance et de sollicitude.
Évitons donc qu'on puisse nous dire, comme on était en droit de le faire à l'auteur du Traité des Etudes, que nous ne sommes pas au niveau de la science de notre temps; faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour étendre nos connaissances et pour savoir le dernier mot de chacune des sciences que multiplie et qu'agrandit tous les jours l'infatigable curiosité de l'esprit humain. L'ignorance, à cet égard, excusable au temps de Rollin dans les corps enseignants , ne le serait plus aujourd'hui. Mais s'il faut enirer résolument dans le mouvement scientifique de notre époque, il n'est pas moins nécessaire de rester fidèle aux principes traditionnels du j)assé, sur le but et l'emploi de la science, pour éviter que ses progrès ne deviennent les auxiliaires de prétentions incouq)atibles avec les
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limiles imposées à noire nature, el ne concourenl au Irioniphe des ihéories funestes qui les justifient. C'est en cela que les maîtres du passé, el partieulièrement Rollin, méritent de rester nos modèles, et c'est par ce côté que nous devons tenir à leur ressembler.
Sans avoir entrepris contre les erreurs de son temps une polémique qui, tout opportune qu'elle aurait été, nxiait point enooie possible, Rollin avait cependant compris que Ton pouvait employer Thistoire à combattre des désordres qui n'élaient devenus que trop visibles, et qui faisaient déjà présager la dissolution prochaine de la société française. Quand il dit, au début de ses réflexions sur la manière d'étudier l'histoire : « Notre siècle et encore plus notre nation » ont un extrême besoin d'être détrompés d'une inli- » nité d'erreurs et de faux préjugés, qui deviennent de » plus en plus dominants sur la pauvreté et les ri- » chesses, sur la modestie et le faste ; sur la simpii- » cité des bâtiments et des meubles, el sur la somp- » tuosité et la magnificence ; sur la frugalité et les raf- » finemenls de la bonne chère ^ en un mot; sur presque » tout ce qui fait l'objet du mépris et de l'admiration » des hommes. » Quand il va puiser dans les histoires du passé des exemples propres à redresser les erreurs qu'il signale et à ramener ses contemporains à de plus saines idées ; surtout, quand il affirme « qu'il n'y a à » proprement parler que TÉvangile et la parole de Dieu » qui puissent nous prescrire des règles sûres et inva-
» riables pour juger saincmenl de toute chose, » ii nous donne à la fois le précepte et rexenipledece quil faut faire pour obtenir de Ihisloire toute Tulililé qu'elle comporte, en usant de toutes les lumières nouvelles qu'elle a acquises et en les employant à dissiper les erreurs qu'il s'agit aujourd'hui de combattre, parce que c'est d'elles que nous vient maintenant le péril.
Considérons donc aussi, de noire côté, que l'enseignement d'une science, comme Thisloire, n'est pas seulement une affaire d'érudition, mais quil faut encore tenir compte de son rapport avec la religion et les mœurs. Reconnaissons à notre tour que notre siècle et notre nation ont besoin d'être désabusés d'erreurs et de faux préjugés, non moins dangereux et plus inquiétants peut-être pour l'avenir que ceux que signalait Rollin au commencement du xviii^ siècle. On compte sur 1 histoire , épurée du surnaturel par une nouvelle espèce de critique, pour enlever à la religion son autorité sur les intelligences et son action sur les cœurs ^ on met tout en œuvre pour établir cette insoutenable théorie, que toutes les croyances du passé ne sont que le produit de l'esprit humain, afin de s'attribuer le droit de les remplacer par les chimères, dont on s'est fait des doctrines et dont on rêve la domination dans l'avenir; on ne veut plus de la saine et salutaire subordination à une loi révélée d'en haut, et l'on attend, de la philosophie et de la science, une révélation nouvelle qui assurera l'indépendance absolue de l'homme
par l'apolliéose de l'humanilé loiil entière^ el c'est par la critique, c'est par la transformation de Thisloire que l'on préparc le triomphe de celle entreprise. Eh bien! c'est en la combattant résolument qu'il faut défendre l'histoire, et y maintenir les faits auxquels le genre humain doit la connaissance de la vérité religieuse. Il faut que l'histoire continue à nous montrer que la révélation est un événement et non un système, un fait objectif et non une conception de l'esprit de riiomme, que nous lui devons la loi divine, l'Évangile, la parole de Dieu, et pour aller jusqu'au bout de la vérité, que Jésus-Christ est le Verbe incarné, el qu'il n'y a que dans l'Église que se conserve intact, sans déperdition, sans altération et sans mélange, le dépôt des grands dogmes, qui ne sont autre chose que l'affirmation des faits mystérieux et réels, tout ensemble, par lesquels s'est accomplie la rédemption du genre humain.
Mais c'est ici que je vois accourir devant moi, à toute vitesse, le train contradictoire de la critique contemporaine qui m'arrête du choc violent de ses négations. Entreprendre de replacer dans l'histoire des faits surnaturels, prendre à témoin la parole de Dieu, alléguer l'Évangile comme un livre historique, considérer Jésus-Christ comme le Verbe incarné et comme le Sauveur des hommes , proclamer enfin l'autorité dogmatique de l'Église , mais cela n'est plus permis de nos jours et la critique moderne ne saurait
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le souffrir ! Quoi ! osez-vous si peu tenir compte des progrès qu'elle a fait accomplir à l'esprit humaiu ? Est-ce (ju'jl y a uue parole de Dieu ? Esi-ce que nous en avons des moniimenis? Vous croyez donc à Taullienlicilé des livres sainis ? Nous vous avons ponrlanl a|)pris couimont s'en est formée la colleclion ! D'ailleurs, il y a là du surnaturel, des prophéties, des miracles, et la crilicjue a décidé qu'elle ne voulait à aucun prix admelire rien de tout cela. Son axiome fondamental, son acte de foi (car elle a aussi une foi, mais en sens inverse), c'est que le miracle est impossible et que le surnaturel n'existe pas Est-ce que, en dehors de la nature et de l'homme, il y a rien de réel, de vivant, d'hislorique, qui puisse avoir en soi quelque chose de plus que la valeur d'une idée ? Esl-ce que l'idée de Dieu elle-même n'est pas un préjugé suranné de l'époque théoîogique, dont la science positive saura bien nous débarrasser un jour ? N'avons-nous pas inventé le système d'interprélation mythique qui vous apprend ce qu'il en est de vos croyances dans la manifestation de Dieu sur la terre, et ce qu'il faut penser de ces dogmes, dont nous vous révélons l'origine et les élaboralions successives ?
Quant à l'Eglise et au sacerdoce, où vous croyez encore quil y a de la puissance et de la vie, ne voyezvous pas qu'ils ont fait leur lemps ; qu'ils s'en vont avec la croyance au surnaturel ; que l'idée religieuse b'elTaçant devant l'idée scientifique, le prctre doit faire