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place aux représentanls de la science et de la philosophie ^ que c'est désormais sous leurs auspices que riiuinauilé aspire à enlier dans Tère du progrès indéfini, dans la catégorie dun devenir sans bornes, où s'ouvriront pour elle toutes les perspectives de l'idéal, et où se fondera enfin, sur les ruines des antiques superstitions, le culte de l'esprit humain, dont les penseurs et les savants seront les prophètes et les grands-prêtres ?
Et en face d'un si beau mouvement, lorsque la pensée moderne, libre enfin de toutes ses entraves, n'a plus qu'à s'élancer à la conquête de tontes les vérités et de toutes les félicités, lorsqu'elle n'a pins qu'à couper le dernier câble qui la retient encore à la terre, pour prendre son essor vers les sphères qu'elle a levées, vous venez lui parler d'une vérité qu'elle n'a pas faite, d'une loi qui l'oblige, d'une religion (jui lui viendrait d'en haut, de la souveraineté d'un Dieu supérieur à elle-même, qu'elle aurait à connaître, à aimer et à servir, dont les dogmes et le culte feraient concurrence aux dogmes qu'il lui plaît de se faire, et au culte qu'il lui plaît de se rendre ! Et vous prétendez trouver les preuves de ces étrangetés d'autrefois, dans l'histoire même, dans les traditions du genre humain, dans des livres racontant une prétendue révélation, dont nous avons fait justice et que nous avons reléguée au rang des fables. Allons donc î vous n'êtes pas de votre temps ! vous êtes au-dessous,
en dehors de la discussion ! Cela n'est pas sérieux, cela n'est pas scicnlifique. Dièses liât kcine wissenschafllichc Bedeulung ! Car telle est la formule d'ex.communication partie de rAUemagne, et répétée de ce cùlé-ci du Rhin par tous les tenants de la critique négative contre ceux qui ne veulent pas renoncer à croire au surnaturel, à Tintervention de Dieu dans les affaires d'ici-bas, et à la possibilité de concilier les vérités acquises par 1 1 science humaine, avec les notions plus l.autcs qu'ils doivent à la religion.
Eh bien , franchement ! cet arrêt de proscription ne m'a jamais beaucoup effrayé , et je crois qu'en dépit de ceux qui le lancent, on peut, sans risquer d'être banni de la compagnie des gens de sens et de savoir, continuer à admettre ensemble les vérités de la foi et celles de la raison, et à penser qu'elles peuvent vivre en bonne intelligence et s'assister mutuellement l'une l'autre. Leur prétendue incompatibilité n'est qu'une hypothèse gratuite de la critique négative, un acte d'incrédulité qui prend des airs scientiiiques et qui n'a, |)our se faire admettre, ni la raison de l'autorité, ni l'autorité de la raison. La critique y croit et voilà tout. C'est un point qu'elle regarde comme démontré, mais qui ne repose que sur l'étrange axiome de la négation du surnaturel, dont il faut se contenter de dire qu'il est absurde et faux, étant en contradiction avec la raison et les faits, et forçant ceux qui l'invoquent à nier Thistoire et à la rempia-
cer par les plus bizarres el les plus fantastiques reconstructions.
J'ai dit à plusieurs reprises, et principalement dans mon discours sur Moïse , ce que je pense de cette méthode d'investigation qui commence par nier, à yriori, l'objet de son examen et qui, loin d'être un procédé de construclion scientirKjue , n'est qu'une machine de guerre dirigée conlre le christianisme. Je n'ai point à y revenir dans celle préface. Je me contenterai de soumettre ici quelques réflexions à ceux qui s'attribuent ce singulier droit d'exclusion conlre toutes les notions religieuses, qui circulent dès l'origine du monde parmi le genre humain.
Et d'abord, faut-il donc que nous renoncions à ces croyances, parce qu'il vous plaît de déclarer qu'elles ne sont pas scientifiques ? Mais, est-ce que la vérité n'est pas plus vaste que l'esprit de l'homme ? Est-ce qu'elle ne dépassera pas toujours la science la plus étendue ? Est-^ce que le procède scientifique peut en atteindre toutes les parties ? N'y a-t-il pas au-dessus de ce monde des sens une sphère invisible el mystérieuse qui n'est plus de son ressort ? Qu'importe que ce monde soit inaccessible à votre science, il n'en existe pas moins pour cela , el il sera toujours vrai de dire avec Shakspeare :
« Il y a plus de choses en(re le ciel et la terre qu'on n'en soupçonne en cette philosophie. «
Et ces choses que l'homme ne peut savoir et dont
— \\\ — il ne pciil se passer, c'est par la foi qu'il peut les atteindre et qu'il enire en possession de la science conij)lèle de la vie, qui est bien difîérente de ce que serait la vie de la science, avec les mulilalions fiii'exigent de l'ànie humaine les théories négatives du naturalisme et du positivisme (1). Aussi Dieu y a pourvu dès l'origne, et la vérité religieuse, la plus haule, la plus inaccessible et la j)lus nécessaire de toules les vérités, a été connue de Ihonimc avant celles que le travail de l'esprit humain pouvait lui faire découvrir. Voilà dans quel sens il est vrai de dire que les croyances religieuses ne sont pas scientifiques. Elles ne sont pas de la science, parce qu'elles sont au-dessus de la science. Ce qui n"imj)li(iue nullement qu'il soit raisonnable de les rejeter. Car si elles surpassent la portée de notre esprit par la nature de leur objet, elles font appel à toute la sagacité dont il est pourvu l)onr la vérification de leurs titres ; et le véritable esprit critique consiste, non à nier toules les religions à la fois (ce qui produit une incrédulité qui n'est pas
(1) Ce que serait la vie de la science, je n'ai pas le temps de le dire dans cette introduction ; mais, pour aider le lecteur à le comprendre, je le renvoie à un arlirle de M. de Sacy, rendant compte, dans le Journal des Débats du 27 décembre 1803; d'un livre de M. Donné, intitulé : Conseils aux familles SU7' la manière d'élever les enfants. Chacun lira avec plaisir, s^il peut le rdrouver, ce morceau plein de sens et de finesse, où le rôle de la science, (jui reste dans ses attributions, est dignement apprécié, mais où il est fait bonne justice de ses prétenlions, lorsque voulant être tout, elle ne réussit qu'à faire éelaler son impuissance et sa vanilé.
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plus intclligenle que la siiperslilion), mais à discorner la véiilablu, en recherchant de quelle source elles procèdenl. Or, louiez les fois que le christianisme a été soumis à cette épreuve (et voilà dix-huit siècles qu'il la subii), il en est loujours sorti à son honneur^ et les nouvelles atlaques dont il est Tobjet n'auront, comme les précédentes, d'autre effet que de provoquer, après le débat, de nouvelles lumières qui feront ressortir une fois de plus la force et la vérité de ses moyens de démonstration. Aussi, aurions-nous beau jeu , si , retournant le problème de l'accord de la foi et de la raison, que nous sommes sans cesse mis en demeure de résoudre , nous prenions l'offensive à notre tour, en sommant nos adversaires de prouver l'accord de leur incroyance avec la raison, et de se mettre en règle, de tout point, avec la critique et la science. Habitués à ne faire que de l'opposilion contre les affirmalions religieuses, ce qui est aisé et ordinairement fort applaudi, quelle que soit la manière dont on s'y prenne, je me demande qtielle serait leur attitude dans ce nouveau rôle, où ils auraient à affirmer quelque chose et à le défendre ; et rien ne m'en donne mieux l'idée que l'embarras de ces parvenus des révolutions qui , appelés à remplacer le pouvoir de la veille, ne savent comment se tirer d'affaire, et n'aspirent qu'à disparaître de la scène et à rentrer dans leur obscurité.
Mais restons sur la défensive et revenons à noire
thèse, qui est (oui simj)lement d'établir qircn peut faire de la seienee sans cire tenu à faire de la négation religieuse, qu il est j)ossible d'être chrélien et historien tout à la fois, et que mon enseignement est scientifiquement irrépréhensible.
Il y a une idée fausse , accréditée avec beaucoup d'art par les uns, et accej)tée avec non moins de sinq)licilé par les autres, qui est que la foi chrétienne est un obstacle au développement de l'esprit scientifique et que le savant, retenu par sa croyance, n'a plus le champ libre pour ses travaux et ses découvcrlcs. Or, il suffit d'un peu d'attention et de réflexion pour s'alïranchir de ce préjugé , qui est un des plus fâcheux de noire temps et qui tyrannise tant de bons esprits. En effet, n'y a t-il pas eu, n'y a-t-il pas encore nombre d'érudils et de savants qui ne se sentent nullement gênés par leurs croyances et qui ne le cèdent en rien à ceux qui font profession de n'en plus avoir. Je sais qu'il y a des sciences qui sont réellement hors de cause, étant tellement désintéressées dans la question, que ceux qui s'y adonnent n'ont que difficilement affaire avec la religion. Telles sont les malhémaliques , par exemple, dont les abstractions sont plutôt d'accord avec les hautes spéculations théologiques qu'elles ne les contredisent. Mais il n'en est pas de même sur le terrain des sciences naturelles , et surtout sur celui des sciences morales et politiques, dont les principales, la philosophie et l'histoire, sont
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le champ clos où se livrent i)rc?que tous les combats, qui conlimicront jusqu'à la lin à être Tépreuxe de la foi chrélienne, cl en même (emi)s la preuve de sa vérilé. l-li bien ! à y regarder de près , ce n'est pas en réalité de ces sciences elles-mêmes que naissent les causes de tous ces conflits , mais des dispositions et des idées des hommes qui les cullivenl.
Il faut bien se mettre dans l'esprit que la science n'est qu'un être de raison qui nexiste jias indépendamment des savants qui la représentent. .Or , ces savanis y apiiorlent l'esprit qui les anime, en font l'usage qu'il leur plait, et la dirigent vers le but qu'ils poursuivent. La science en elle-même , n'étant qu'un ensemble de principes de raison et de vérités d'expérience, ne peut être ni incrédule ni irreligieuse, ce qui ne s'entend que des individus doués de volonté. Il y a des érudits, des savanis qui n'en veulent nullement aux croyances d'aulrui, qui se renferment simplement et modestement dans l'objet de leurs recherches, le poursuivent avec méthode, avec patience, et qui se contentent d'ajouter de nouvelles vérités au trésor des connaissances humaines. (>om:r.e ils savent que la science a ses mystères, ils ne s'étonnent pas que la religion ait aussi les siens, et ils n'ont garde d'y porter atleinle. Ils comprennent que la croyance a besoin de ses dogmes, conmie la raison a besoin de ses axiomes, et très-souvent les uns et les autres vivent en paix dans leur intelligence. La plupart du
— xwiv — temps, leurs travaux viennent confirmer les vérités religieuses et tournent à l'apologie de la religion, pour laquelle ils sont des auxiliaires d'autant plus précieux qu'ils sont exécutés avec désintéressement. iVais il en est d'autres qui ont pris parti contre la religion et qui mettent en œuvre tout leur esprit et tout leur savoir pour la combattre, ou, ce qui revient au même, pour la modifier à leur gré. Au fond, cette détermination, on le sent bien, n'a rien en soi de scientifique. C'est une disposition intérieure où le cœur et la volonté entraînent la raison et l'intelligence, qui devance ordinairement le temps où l'on acquiert de la science, et qui a le privilège peu enviable d'être assurée d'avance des sympathies et des encouragements de ceux qui ne savent rien. Quand on est dominé par cette dis|)osiiion, alors on enrôle la science à son service, et Ton voudrait faire croire qu'elle sert avec choix et désintéressement la cause à laquelle on Ta engagée. En réalité , elle n'est qu'un auxiliaire qui fait indistinctement toutes les campagnes qu'on lui impose, comme les troupes suisses, qui combattaient autrefois dans les guerres d'Italie, souvent les unes contre les autres, pour les puissances qui les soudoyaient. Dès qu'il y a des savants des deux côtés, il est clair que ce n'est plus pour les seuls intérêts de la science qu'ils sont aux prises, et qu'on dénature le caractère de la lutte en prenant pour cause ce qui n'est qu'ime arme de combat.
Qu'on se rassure donc sur la nature des rapports du christianisme et de Tesprit scientifique. lis n'ont rien à craindre l'un de Tautre. Car, d'une part, le christianisme étant, non pas une religion quelconque, mais la religion même, celle dont toutes les croyances des peuples n'ont élé et ne sont que des dérivés ou des altérations; d'un autre côté, res|)rit scientifique étant, non l'esprit de contenlion et de dispute, mais la recherche sincère de celle j)orlion de la vérité qui n'est point inaccessible à l'esprit humain, il n'y a entre la science et la religion, qui sont deux sources légitimes de connaissance, aucun aniagonisme nécessaire, et leur condition naturelle est d'èlre unies et de se fortifier l'une par laulre.
Mais ce qui doit achever de dissiper tous les doutes sur l'usage qu'il faut faire de la science, pour la rendre utile et bienfaisante, c'est de considérer ce que Ton en obtient, selon la manière dont on la cultive. Juger de l'arbre par ses fruits, et d'un procédé par ses résultais, c'est en toute question du genre de celle qui nous occupe, le critérium le plus infaillible et le plus concluant. Or, il est clair que ce n'est point au service de la critique négative que la science fait sa meilleure besogne , car dans ce parti , elle ne s'emploie (pi'à détruire , sans |)ouvoir rien édifier. Elle jette le trouble et le désordre dans les intelligences, elle lait le vide dans les âmes, elle en arrache les croyances sans avoir rien à mettre à leur place,
et elle laisse Thomme, désemparé et sans défense, à la merci des agilalions de son cœur, des doutes et des erreurs de sou entendement, Et ce ne sont pas seulement les croyances religieuses, dans leur partie positive et historique, qui sont mises eu péril par l'action destructive; de cette critique. En niant le surnaturel et Dieu même, elle a encore pour effet d'anéantir le principe logique de la croyance et de la raison, ce (jui entraîne l'impossibilité de toute foi religieuse et de toute certitude philo>opliique. Aussi, l'école spiritualistc, qui défend les vérités de la raison, se sent aussi bien menacée par de telles négations que la société religieuse qui combat pour les dogmes de la loi ; et ce n'est pas trop de ia léunion de leurs efforts pour repousser celte agression et sauver, par une action commune, des vérités qui sont solidaires les unes des autres.
Donc, en présence de tels ravages dans le m 3;; de intellectuel et moral, y a-t-il encore à se faire illusion sur la portée d'un plan d'attaque qui voudrait passer pour n'être qu'une recherche désintéressée de la science libre ? Et tout homme qui voit et qui comprend ce qu'il en est, peut-il encore hésiter sur le parti qu'il faut prendre et sur l'emploi quil doit faire des facultés qu'il a reçues et des lumières qu'il lui a été donné d'acquérir ?
11 y aurait donc tout à gagner pour la société comme pour l'individu à se maintenir en possession des véri-
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lés naturelles et siirnalurelles, en niellant d'accord et en faisant marcher de front la foi et la raison, la religion et la science qui, bien que distinctes, ne sont nullement contraires ; et rien n'est plus facile à établir que cette union. C'est une affaire de bonne volonté, et il dépend de chacun de nous d'incliner à ce rapprochement, et de faire cesser un antagonisme qui n'est pas dans les choses elles-mêmes, mais seulement dans les hommes. Ce n'est pas du côlé de la religion, ce n'est pas dans l'Église que se trouve l'esprit qui entretient cet antagonisme. L'Église n'a jamais redouté ni proscrit la science en elle-même ; elle a souvent souffert de l'usage qu'on en a fait contre la religion ; mais c'est par la science, mise en œuvre dans des discussions qu'elle ne se refuse jamais à soutenir, qu'elle repousse des attaques qu'.n dirige contre elle au nom de la science et qui, après le débat, se sont toujours trouvées n'être autre chose que des malentendus, ou le résultat d'une demi-science présomptueuse. Loin de porter atteinte aux droits de la raison, c'est toujours l'Église qui les a défendus contre les erreurs des sectes qui les méconnaissent.
Donc, de son côté , il n'y a rien à craindre contre la raison et la science ; et si elle déclare que Taclion de l'une a des limites et que l'usage de l'autre est soumis à des règles, c'est qu'il en est ainsi dans la nature des choses humaines, qui toutes ont des bornes qu'elles ne peuvent dé()asser, cl des règles qu'elles
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ne doivent pas enfreindre. En cela, l'Eglise est bcancoup plus dans le vrai que ceux qui revendiquent pour l'esprit humain une puissance et une indépendance absolues, et qui l'inveslissenl ainsi, par une complaisance qui louche à la déraison, d'attributs qui napparliennent qu'à Dieu même.
Maintenant, du côlé de la science, on renoncera bien vile aux appréhensions et aux défiances qu'on y rencontre trop souvent, si Ton considère que l'objet de la religion et celui de la science sont distincts, et que, si Ton ne peut arriver à l'un par la voie qui mène à l'autre , on ne peut pas davantage contredire les données de celle-là avec les acquisitions de celleci. 11 importe donc essentiellement que le savant n'oublie pas que la science qu'il a ne lui donne pas le droit de se prononcer sur ce qu'elle ne lui apprend pas ; qu'aucune spécialité scientifique , qu'aucune philosophie ne donne de certitude sur ce qu'il importe le plus à l'homme de connaître, sur l'origine du monde, sur le premier principe des êtres, sur la fin des choses, sur la destinée et l'avenir de l'homme ; que ces notionslà , qui sont nécessaires à tous , doivent être mises, comme l'air et l'eau, à la portée de tous par des moyens providentiels, et qu'elles ne peuvent dépendre des opinions incertaines et contradictoires des hommes ; que sur cet article, le plus savant n'a aucun privilège sur le plus ignorant, et est absolument sur la même ligne, réduit à croire s'il veut savoir quelque
chose d'assuré et de satisfaisanl, exposé aux chutes les plus lourdes s'il veut marcher seul et se guider lui-même ^ et qu'enfiu tout clmrgé qu'il est des fruits de l'arbre de la science , ce n'est pas lui qui a la meilleure part, s'il ne consent aussi à aller, avec les simples, se nourrir des fruits de l'arbre de vie.
Cette nécessité pratique de la religion d'une part, et de l'autre, celte impuissance où est l'homme d'arriver par lui-même à ces vérités divines , surnaturelles, qui font l'objet de la révélation, en voilà assez, ce me semble, pour avertir le savant de bonne foi, qu'il n'y a aucune science qui puisse aller à rencontre de cet enseignement supérieur dont il a besoin , comme tout le monde , et qu'il ne peut se donner à lui-même ; et qu'en résumé, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est, au moins, de le respecter et de contribuer ainsi, par cette démarche, qui est le premier pas à faire dans la voie de la réconciliation, à lui assurer le respect du reste des hommes. Avec ces principes aussi simples que vrais, cl qui frappent tellement par leur justesse et leur évidence, qu'il serait superflu d'en développer davantage l'exposition, on fait cesser l'antagonisme déplorable contre lequel j'ai protesté dans ce livre ] on rétablit entre les sciences et la religion, et, par conséquent, dans toute la sphère de l'activité intelleetuelle et morale de l'esprit humain, l'harmonie qui est dans la nature des choses ; on restaure ce bel ordre établi |)rimitivement par Dieu
dans la créa lion, doni la coiulilion capitale est que la raison luimaine soit subordonnée à la raison divine ; et par là, la science revient d'elle-même au respect d'une religion, qui la j)remière donne l'exemple en respeclanl la raison de l'homme, puisqu'elle est toujours prêle à produire ses preuves et ses litres à côté de ses affirmalions.
Mais si l'homme n'a rien à souffrir, dans son intelligence, de son acquiescement aux vérités de la religion , il n'a pas davantage à souffrir, dans sa liberté, de son obéissance à ses préceptes. Il y a plus, c'est dans celle soumission même que consiste à la fois le bien-êlre, la force, le salut de notre liberté, comme de noire raison. Car si la religion et la science, comme on vienl de le voir, n'ont rien de nécessairement contraire Tune à Tauire, de sorte que la raison se fait plus de tort à elle-même, quand elle se sépare de la foi , qu'elle n'a de sacrifice à faire pour rester d'accord avec elle ; de môme la liberté a tout à gagner à être réglée par la loi religieuse , (\m a des moyens qui ne sont ([u'à elle de la détourner du mal et de l'appliquer efficacement à la pratique du bien. Ainsi, ce qui est vrai des rapports de la raison et de la foi, est vrai aussi des rapports de la liberté et de la religion, c'esl-à-dire qu'elles sont faites pour être unies et marcher loujours ensemble^ et e'csl ce qu'il me serait facile de démontrer, si je ne tenais à terminer celle introduction déjà bien longue. Je me contenterai
donc à ce sujet d'une simple déclaralion de principes- Il y a deux sorles de liberté, la liberté du dedans el celle du dehors, la liberté qu'on se fait à soi-même dans le for de sa conscience, et la liberté qu'on reçoit de la société dans laquelle on vit et des lois qui la régissent. Or, il est évident qu'aucune de ces deux libertés n'a rien à redouter de la religion, et je n'hésite pas à aller jusqu'à dire que ni l'une ni l'autre ne peut se fonder, se maintenir et se restaurer sans elle. Ce n'est que par la religion, sincèrement et exactement appliquée à la direction de la vie, que l'ànic peut s'affranchir des servitudes qui la tyrannisent d'ordinaire, et qu'elle se sent vraiment libre , parce qu'alors, placée sous l'égide de la seule autorité qu'elle doive reconnaiire, elle est garantie par elle contre toute usurjjalion étrangère , aussi bien que préservée des défaillances et des excès de sa propre indépendance. Quant à la liberté politique et civile, qui consiste essentiellement dans la garantie donnée par les lois à tous les besoins, à tous les droits légitimes de l'individu, à tous les principes nécessaires au maintien de la société, je soutiens que, sans la religion, il sera impossible de former un peuple capable d'arriver à l'intelligence et au respect de ces grandes choses, et qu'une société sans religion ne i)eut jamais être une société d'hommes libres. Aussi les philosophies, qui rompent avec la religion, ont-elles été de tout temps les auxiliaires, souvent inconscients, mais très-eflicaces.
de tous les despolismes ^ cl Dieu sait à quel avenir politique et social le monde moderne serait réservé si, désertant tout à fait la cause du spiritualisme chrétien, il passait dans le camp du panthéisme et du matérialisme , se donnant la main sous les auspices de la critique moderne et du positivisme contemporain. C'est donc travailler pour la liberté, en même temps que pour la science cl la raison, que de combattre pour maintenir, pour rendre à la religion l'empire des intelligences et des âmes, et pour lui conserver sa part légitime d'action dans le mouvement social de notre épofjue.
Car enfin, l'ancien principe de la subordination du temporel au spirituel restera toujours une vérité nécessaire et inévitable. Quelles que soient les formes nouvelles qu'alïecte la société, elle ne pourra jamais se soustraire à son aj)plication, et il lui faudra toujours accepter, reconnaître, proclamer une doctrine de qui elle recevra l'inspiration et la vie. Qu'elle réalise tous les progrès désirables dans Tordre de la richesse, de la science et de la liberté, qu'elle se sécularise autant qu'il le faut pour passer de l'état de l'enfance à celui de la virilité, cela doit être, et je suis bien éloigné d'y contredire. Mais c'est à la condition qu'elle n'oublie pas que la civilisation qu'elle possède esl née du christianisme, et que ce n'est qu'en restant fidèle à ses principes et à ses dogmes conservateurs, qu'elle évitera de tomber dans la triste phase
de la décadence cl de la dcconiposilion, où loules les autres civilisations se sont abîmées.
C'est là la grande question , la question de vie et de mort pour notre époque. Pour sortir saine et sauve de la crise qu'elle traverse, il faut qu'elle sache rentrer par la liberté et la raison dans les voies de la vérité et de la vie ; il faut que, dans les conditions nouvelles où elle veut se placer el sur lesquelles l'expérience seule permettra de porter un jugement définitif, elle en vienne d'elle-même à rendre à la religion, à ses vérités, à ses préceptes, Ihommage d'une soumission intelligente el volontaire ; il faut qu'elle répudie ces théories menteuses qui enivrent l'humanité de leurs séductions, qui, en proclamant son infaillibilité et en lui faisant croire qu'elle peut disposer à son gré de ses croyances, l'habituent tout doucement à prendre la place de Dieu et la préparent à son apothéose ; il faut enfin qu'elle renonce à toute défiance contre cette autorité enseignante de l'Église qui n'a de difficulté avec elle que parce qu'elle ne la flatte pas el qu'elle lui tient toujours, en matière de doctrine, un langage franc el sincère; qui ne lui dissimule pas, parce qu'il est nécessaire qu'elle le sache, que la raison a des limites qu'elle ne peut franchir, que la liberté a des règles qu'elle doit respecter, et qui lui rappelle sans cesse que la plus grande démarche que l'homme puisse faire, c'est de s'incliner devant les enseignements divins inaugurés dans l'Éden , à
Torigine des lemps, renouvelés sur le Sinaï, complètes sur le Calvaire, et sans lesquels il ne sait plus bien ce qu'il doit faire de sa raison et de sa liberté. C'est à ce prix qu'est le salut, et c'est de là que dépend la conservation , le raflerni^ssement de la civilisation que les âges chrétiens nous ont léguée.
Or, cet enseignement qui fait que Tliomme se connaît et connaît Dieu, et qui établit entre eux cette société spirituelle qui empêche la société temporelle de se coriompre, c'est la religion; et la religion, ce n'est ni de la poésie, ni du système, c'est avant tout de l'histoire. Elle se compose de (juclques grands faits, création, chute de l'homme, châtiment, rédemption, qui se sont accomplis dans le temps et dans l'espace, qui ont leur date, leur lieu, leurs témoins. Ces grands faits ont profondément pénétré dans la mémoire du genre humain par une tradition qui a été en s'altéranl de plus en plus, mais dont on retrouve partout quelque trace, même chez les peuples les plus oublieux des faits du passé , les plus enclins à substituer leurs conceptions à leurs souvenirs, comme les Indiens, par exemple, chez qui le sens historique s'est si profondément oblitéré. C'est de ces faits, qui portent leurs preuves en eux-mêmes, en outre de celle du témoignage qui les atteste , que s'est formé ce fonds de croyances, commun à tous les hommes, qu'on retrouve partout, jusque dans les erreurs qui le défigurent, et qui est peut-être la j)lus forte j)reuve
de l'unité d'origine du genre humain. Tous les monnmenls des anciens âges portent témoignage de ces grands événements et, quand même les autres preuves en seraient abolies, on les retrouverait encore constatés dans les liturgies antiques où est attestée la réalité des dogmes qui leur ont donné naissance, et dont les rites religieux ont été et sont encore le meilleur moyen d'en perpétuer le souvenir.
Mais ce n'est pas tout : indépendamment de ces voies de transmission, il y a une histoire écrite de ces faits fondamentaux , conservée d'une manière spéciale et unique, par la tradition juive et chrétienne, dans ces livres qu'on attaque sans cesse, qui résistent toujours et dont la partie mystérieuse porte la marque d'une inspiration qui se justifie d'elle-même et qui n'est qu'une garantie de plus de leur autorité. Celle histoire, qui forme une chaîne continue depuis l'origine du monde, résout, par les faits, toutes les questions relatives à la destinée de l'homme et à ses rapports avec Dieu. Elle est la religion même , considérée dans ses formes successives et dans son dévelop[)cment chronologique , si bien que c'est encore elle qu'on retrouve au fond de toutes les religions fausses qui ne sont, comme toute erreur, que de la vérité dont on abuse. Aussi est-ce avec une entente parfaite des besoins de leur cause que les critiques, qui ont rompu avec le surnaturel et qui veulent transporter la civilisation chrétienne sur des bases pure-
mcnl iialuralislos, font iino guerre à mon aux livres hisloriques où sont consignés les litres du chrisliani:me, non moins qu'à l'Eglise catholique qui, seule, le conserve et le soutient contre toutes les agressions du SLMis privé. Ils savent bien que, s'ils avaient une bonne fois raison de ces deux obstacles, leur triomphe serait assuré définitivement et qu'il n'y aurait plus ni religion, ni société religieuse possible sur la terre ; car le même effort qui aurait aboli la religion, là où elle est dans son intégrité et sa plénitude, supprimerait bien vile ce qui s'en conserve, là où elle est altérée et amoindrie. Et alors, ils ne voient pas ce qui pourrait les empêcher de refaire l'humanité au gré de leurs systèmes, et, après avoir supprimé son passé, de reconstruire son présent, en vue du chimérique avenir qu'ils rêvent et dont ils la bercent. Peut-être auraient-ils raison, humainement parlant, et à considérer les choses sans s'élever au-dessus de l'ordre naturel. Mais, c'est précisément leur tort de compter sans le surnaturel, dont l'inlcrvenlion, si visible dans rétablissement de la religion sur la terre, n'est pas moins manifeste dans le fait de sa conservation. Ils ne veulent pas voir qu il y a depuis le commencement du monde , une œuvre divine qui s'accomplit dans l'histoire , que c'est bien vainement que Thomme essaie de l'entraver, et que ce qu'il y a de mieux à faire pour bien remplir sa tâche ici-bas, surtout quand on fait des livres et qu'on veut ({u'ils soient bons et
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durables, c'est tout simplement de s'y associer et d'y concourir. C'est comme une mission supérieure, destinée à ennoblir et à consacrer nos travaux, et qui est offerte au libre choix de chacun de nous , quelle que soit la profession qu'il embrasse et le poste où il soit appelé par la Providence.
Quant à moi, il m'a semblé, en voyant la lutte transportée principalement sur le terrain de l'histoire par la critique négative, que ce que je devais faire pour correspondre à cette vocation dont je parle, c'était de travailler à renouveler la démonstration des litres historiques du christianisme, à combattre dans ses progrès la j)rétendue critique qui les nie, pour garder contre elle la religion qu'elle détruit dans l'histoire, et rhisloire elle-même, qu'elle envelopperait dans la ruine de la religion. Ce sont là deux causes qui m'ont paru inséparables. J'ai essayé de les défendre dans la mesure de mes forces. Mais pour être assurées du triomphe, elles veulent d'autres champions et elles réclament le concours actif de tous ceux à qui elles sont chères, et qui pensent comme moi , que la religion n'a rien d'incompatible avec la science, et qu'on ne peut arriver à la possession complète de la vérité que par l'accord de la raison et de la foi.
Puisse Dieu leur susciter les défenseurs dont elles ont besoin , et les assister dans une lutte où tout l'avenir du monde moral est en question , et dont aucun homme de cœur et de sens ne peut plus rester
le speclaleur indifférent ! En attendant qu'ils se multiplient encore (car ils sont déjà nombreux et vaillants), et que je puisse applaudir à leurs succès, je continuerai à travailler et à combattre au poste qui a été assigné à ma faiblesse ; heureux si , pour prix de mes efforts, je puis contribuer à éclairer quelquesuns de mes semblables sur des questions où il se fait aujourd'hui tant de ténèbres, et à leur épargner, par une science vraie, ces incertitudes et ces doutes qui font le tourment de tant d'intelligences, et dont je remercie Dieu, tous les jours, de m'avoir fait la grâce de sortir !