SCB LES PARTIS POLITIQUES
Suitr du «iiCinv «gel. ^ Carautèc* de* priis polUtf[u«s. — Les dâstes. — Le» preskjrlcriens. — Les indépendam, — Le« royaiislee. — Les militaires. — Le peuple ».
Quel a éié le talent de Cromweil; quelles ont été les i'aules de Charles I*'*'? Gommept Tuo a-t-il gagné la puissance; comment Tautre Ta-t-il perdue? Est-ce riiypoerisie ou le fanatisme qui ont fait la fortune da premier ; est-ce un recours trop brusque à la force , ou remploi mal avisé de la ruse, qui ont défait la fortune du second ? Voilà des qqestions qu^on entend souvent proclamer comme les points, fondamentaui que doit résoudre Thistoire de la révolution anglaise. Ces divers problèmes fourniraient sans^ doute de bons préceptes sur Tart de devenir despote , et sur Part de se maintenir despote ; mais il n^est pas facile de dire quel profit en pourraient tirer ceux qui ne prétendent qu^à vivre en paix avec autrui et avec eux-mêmes. D^ailleurs , ce n^est point de Charles Stuart ni d^Olivier Cromweil qu^il s^est agi dans la révolution d*Anglelerre; c^est du peuple anglais et de la liberté.
Infortunes royales f génie des fondateurs d^empires ! voilà les mots qui ont encore le plus de prise sur
I Ccn!icur Europt'cn du 22 juillet 1819.
DE LA. MYOLUTIOR BK 1640 [l819]. 1Q7
notre piiié ou »iir notre admiration. Que Ie« malheurs d^uo roi soient pour les rois plus touchans que ceux d^un autre homme ; qu^aux yeux des courtisans de César , le génie de César , qui lea engraissera dans le repos, soit le plus puissant des génies , ceta se conçoil : mais nous , citoyens fils de citoyens , quelle autre mesure pouvoos-nous tlonner à notre intérêt ou à notre enthousiasme f que la grandeur des infortunes et la moralité des actions? Les misères personnelles de Charles Stuart , que sont-elles devant les misères collectives du peuple anglais? Qu^est-ce que Tastuce de Cromwell , devant la grande idée de la liberté ? Le roi a péri : mais combien d^hommes ont péri pour Pantre cause ! Les familles des patriotes ont payé cher une seule espérance. Le roi est mort : mais le peuple » qui ne pouvait mourir^ fut obligé de contempler dans luimême rinstrument de sa propre servitude; il vit. les enseignes de la patrie foulées aux pieds par des traîtres , et le nom de la liberté inscrit par dérision sur les sabres de ses vainqueurs.
Nous devons dire, que M. Viliemain n'a point méconnu Texistence du peuple anglais, comme premier agent et premier objet de la révolution d'Angleterre. Ce peuple avait long-temps gémi sous le poids du gouvernement qui vivait de lui , mais non pas pour lui. 11 implora du soulagement , et ne reçut pour réponse que des menaces. U fît des efforts qui furent punis comme des crimes. En 1640, fort de sa longue indignation , il se leva enfin , regarda ses maîtres en face , et leur proposa , d'égal à égal ^ en échange des hostilités de Topprcssion , un paclç de maison et de
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jastioe : il fut ëcoodnit , trompé ; el «lors , il en appela à Pépée , comme an dernier de« arbitres. On combaltit , et la liberté fîit Yictoriense. Le chef dn pouvoir te rendit ; il devint alors plus traitable , et ses vainqueurs commencèrent à stipuler avec lui les conditions de la paix# Yoilà la première époque de la révolution d^Ângleterre.
Mais , durant les distractions de la ^erre , la liberté fut oubliée, par ceux mêmes qui combattaient poar elle. Ils voulurent rester armés et se faire obéir des citoyens. On sHndigna , et pour seule réponse , ils proposèrent leur secours à Fennemi ; ils oflTrkrent au roi de le relever de ses dé&ites , et de lui rendre la puissance , sous la condition d'un partage. Les débats produits par ce complot remplissent la seconde époque. L'armée vonlait se vendre cher; le roi voulait Tacheter à bas prix. Le roi tenta sous main d'autres alliances; mats il était faible, l'armée était forte : l'armée résolut de le punir; et , prenant sur elle seule le soin de ruiner la liberté naissante , elle sacrifia à sa fortuoe celui qu'elle avait voulu s'allier.
Depuis ce temps, l'armée régna comme avait régné la cour 'j elle régna avec des chances diverses de licence pour les soldats, et de despotisme pour les chefs; mais l'oppression des citoyens fut uniforme et constante : telle fut la troisième époque.
La quatrième époque s'ouvrit à la mort dû général Gromwell , par des divisions dans l'armée : l'esprit de liberté reparut dans le peuple ; mais l'armée , à cette résurrection menaçante, se reporta vers le vieox projet d'une ligue avec les royalistes y un chef eut
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riiOBnenr de raccompUr ^ el il eut aiisti Thomsiear de ne comprendre qae lui-même dans le traité, el de veqdre ses e<NiipagiiOB8 d^armea en mène temps quUl vendit le peuple. Voilà les £ût$ dont la suîle remplk les vingt ans de la révolution d^Angleterre , depuis Tannée 1640 , jusqu'au S9 mai 1L660 , jour de Peptrée de Ghariea II.
GVst dans le cerde de ces évéuemens. qu'ont agi les partis divers que l'histoire a distingués^ savoir : les déistes , les presbytériens , les indépetadans , les royalistes ^ les militaires, et enfin le peuple ^ parti composé da vulgaire des autres , espèce de centre commun oit iU aboutissaient tous , et se rencontraient par leurs nuances les pli«s Ciibles. La secte des déîstM Aitla moins nombreuse, la plus pure en raison , et non la moins énergif{ne| elle comptait Sidneydans ses rangs. L'idée qu'elle se £|isait de Ja liberté éUtît baute>«t vaste. La liberté lui apparaissait comme simple et universelle k la fois, commis n'appartenant. à. auolin régime, mais pouvant être, sens plusieurs 9. c^mme le résultat de.Ja raiaun et. 4e la volonté bKmalni»,.nQn d'un arrangement £srtuit et passager* Le^ presbytériens croyaient la liberté p^eessairemf^ntélpignée d'un peuple, par la présence 4â la discipline épiisoopale, et surtout par le culte catholique j hors de ces exclusions, ils la reconnaissaient compatible avec diverses formes , soit politiques , soit religieuses. Majis les piiritains ou les indépendans ne lui, accordaient d'asile que dans uue seule forme , la .religion sans sacerdoce , et le gouverneifient sans chef unique. De ces troii» sectes , la première fut toi^ours également calme et fermer
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il ne pouvait y avoir defanatisiiie pour* ceax qui D^eicluaienl riea. La doctrine de» presbytériens , an contraire, n'était pas sans péril pour la raison ; sa proscription de i^épiscopat fa rendait haineuse et passionnée : sa tolérance sur tous les autres points, peu philosophique, f»rce quelle n^était pas universelle, dégénérait facilement dans un scepticisme indolent, et dans une tendance lâche a suivre la fortune. Whitelocke déserta vers Cromweli, Hottis déserta vers Charles II ; tandis, que Sidney , placé plus haut , nV pér» et ne craignit rien du hasard qui dispose du pouvoir :.m les parlemens, ni le dictateur, ni les conseils militaires, ni le roi, ne purent arrêter as moment ses yeux fixés vers la liberté. Les puritatot, qui resserraient Tidée de Tindépendance dans le cercle étroit d^une ibtmule précise, et Vf retenaient ponr mnsi dire captive, devaient faire trop facilement réquation fausse de la libeftétûvec le symbole exclosi/ od ils la localisaient^ li est vrai, qu^aspirant sans cesse à cru objet ûi^ et sensible , Tesprit de la pTupart de ces hommes cootpaela une habitude remarquable de détermination et dVnergie. Ils furent: dupes de la confusion de leurs idées ; mais ils acceptèrent noblement les persécutions sous la république , et Péchafaud sous Charles II.
V Les royalistes, ennemis de tous ces partis , les combattaient, soft en haine de la liberté , soit par la crainle d^une concurrence d^ambilion, soit paraflectionponr la personne' et la famille de Charles Stuart. Cette dernière espèce de royalistes parut être la plus rare. Ce que la plupart aimaient , ce n^élait pas le roi; citait
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la royauté, c^ëtaît le ponroir de signer dea brevets et de donner des pensions. Leur cnlte intérieur était pour ce pouvoir ; leur idolâtrie adorait la eouronne qui en était le «igné visible- « Mon fils, disait le TÎeux \¥indham , soyez fidèle à la couronne ^ je vous recommande de ne jamab abandonner la couronne , quand même vous la ▼erriez suspendueii un buisson. »
Voilà quels furent les partis ; quant au peuple que nous avons compté parmi eux , et qui participait à la fois de la nature de chacun , il parut successivement > et selon les chances de la fortune ^ tout presbytérien , tout indépendant, tout royaliste. Le besoin de faire des acclamations lui fit célébrer toutes les victoires; mais si ciiaqne formule figura dans son langage , aucune ne pénétra jusque dans sa conviction. Le peuple fut égoïste, comme il devait Fétre. Il n*eut d^attachement que pour son intérêt; en revanche, son intérêt Ait également méprisé par tons ceux qui gouvernèrent 9 et qu^il applaudit tour à tour.
Revenons à Thistoire de Gromwell. LMndicatioo de quelque* passages du livre qui fait Tobjet de cet article , rendra plus frappantes les quatre époques que nous avons distinguées dans les vingt années de la révolution anglaise. Au moment de la défaite des royalistes et de la reddition de Charles !«<', M. Villemain montre Farmée parlementaire déshabituée de la vie civile, et ne voulant plus que la guerre et des grades. Quand le roi fut enlevé par Tarmée , le parlement réclama son prisonnier; le général Fairfax engagea Charles à retourner de lui-même ; le roi refusa : « M. le général , dit-il , j^ai dans Tarmée ^autant
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de crëdil qne vous. • Le roi troaTait en effet dakis le camp et de Tamitié et des égards. Les officiers hii faisaient leur ceur , et il faisait sa oour aaz soldats. Il traitait presque d^égal à égal : « Je dois jouer mon jeu autant que je puis , * disait-iL Mats il joua si ma) son jeu , qu*il souleva contre lui ses alliés futurs ; ce fut la- cause de sa perte.
Après la mort de Charles I«', Poppression de Parmée se fit sentir au peuple , et ^oppression du clief à Tarmée. Des pamphlets dénonçaient aux citoyens les secondes chaînes de la Grande-Bretagne , tandis que Crom-well fusillait les soldats qui s'ayisaieiit de TCTondiquer leurs droits d'hommes libres ; mais les royalistes étaient protégés et aocueiltis. Ludlow , enprisoiuié à la Tour, reçut la v««ite d'un noble Iriandftîs , qui lui offrit ses recommandations auprès du lord protecteur. Le projet d^une réconciliation occupa à la M» le fils de Charles !•' et la famille de Cromwell ; une duchesse fot médiatrice : Cromwell daignait s'excuser auprès des anciens nobles de ce qu'il ne s'accommodait pas avec Charles , et il leur donnait à entendre que leur fortune n'y perdrait point ; mais partout le cri public était : A bas les courtisans et les soldats! Les armes d«i Protecteur, mises sur la porte de l'hôtel de Sommerset, fiirent couvertes de boue à sa mort.
Richard Cromweli n^ut pas le oeurage de continuer la tyrannie, et il déplut aui officiers; il fut déposé ; l'armée se divisa , et les patriotes se rallièrent ; des mouvemens se préparaient : alors les officiers songèrent à renouer le pacte d^ tenté en vain avec
BS LA ■ÊTOLOTTOll DE 1640 [18I9]. IIS
Charles II et les royalistes. Fleetwood, gendre de Cromwell , et plusieurs autres en eurent l'idée : Georges Monck rexécuia.
Monck , transfuge de Tarmée royale , puis créature de Cromwell , réussit dans cette entreprise , à force de secret et de mensonges. « Sa politique, dit M. Vil* lemaîn , fut une profusion de faux sermens ; on doit même avouer qu'il poussa jusqu^à l'excès la précantioD du parjure. Pendant qu'il conduisait ses manœuvres , il répétait à Ludlow : Il f^ut vivre et mourir ponr la république; et, mettant sa main dans celle de l'inflexible Haslerig , il jurait de s'opposer à l'élévation de Charles Stnart , et de tout autre. * *
On trouve dans l'ouvrage de M. Villemain , une grande vérité de caractères , et le talent de faire ressortir à propos des faits encore inaperçus. Par exemple , on lui doit d'avoir remarqué le premier que les épithètes odieuses àe factieux abominables , d'hommes capables de tous les crimes, et dignes de tous les mépris y dont les historiens les plus philosophes ont qualifié le parti des niveleurs, sont des productions de Fesprit de Cromwell , et l'accompagnement ordinaire d'insultes dont il poursuivait ceux qui lui résistaient , en les envoyant à la mort. C'est de sa bouche que ces mots ont passé dans l'histoire. M. Villemain a découvert encore que la dénomination iVinsensés et de fanatiques j dont Hume et Voltaire ne craignent pas de flétrir les plus respectables patriotes , est proprement de l'invention de Monck; que ce fut lui qui la proféra le premier , et qui la mit à la mode pour aider à la restauration. ^
DIX AXS D^iTUDTS H18T. lO
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L^hisloire de Cromwell est écrite d^im style grave , clair, élégant sans aucune mollesse. Elle a le mérile «i^tièrement neuf d^être composée diaprés les mémoires et les documens originaux , et de reproduire la couleur de Tépoque avec une parfaiter exactitude. On pourrait y désirer plus de précision et d^untté dans les vues politiques^ mais, à notre avis, il n^existe aucun ouvrage qui présente un tablisau ausai complet et donne une idée aussi juste de la grande révolution deiêiO.
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Sur la Tte dn colonel Hatchinsoa , membre du long parlement , ^rite par »a Teuve Lucie Apulej ' .
Vers le milieu du quatorzième siècle , vingt cbe- ▼aliers anglais, revenant ensemble des guerres de Flandre , traversaient la Fratfce pour se rendre en Aquitaine. Arrivés près de Meaux, ils rencontrèrent sur leur passage une de ces troupes de paysans qui se soulevaient alors c<Hitre les maîtres du soi pour les contraindre à la justice. Les nobles anglais, au lieu de passer outre , se crurent obligés d'épargner aux seigneurs du lieu la peine de massacrer des serfs rebelles : ils s'élancèrent, avec leurs chevaux de bataille et leurs armures complètes , au milieu de ces hommes presque sans armes; ils en tuèrent un grand nombre , et poursuivirent leur route, dit le chroniqueur naïf, en se félicitant des beaux coups de lance qu'ils avaient laits pour les dames*
Ainsi , malgré leurs querelles , les nobles de tous les pays se croyaient frères , et le gentilhomme était , avant tout , de la nation des gentilshommes. Hommes de la liberté , nous de même , nous sommes , avant tout , de la nation des hommes libres , et ceux qui ,
• Cniseur Baropêca du 17 BTril 1S20.
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loin de notre pays , luttent ponr rindépendance , et ceux qui, loin de notre pays, «ont morla pour elle, sont nos frères et nos héros.
A ce titre , la vie du colonel Hutchinson , patriote anglais de 1640 , nous appartient comme à TAngleterre ; car cVst notre cause qui se débattait dans la guerre que Charles I«' déclara au parlement ; cVst pour rendre témoignage à notre cause , qu*oqt péri Hambden , Sidney, Henri Vane et le colonel Hutchinson lui-même. Ses mémoires , long-temps inconnus , doivent avoir à nos yeux le même prix qu^avait , pour les premiers chrétiens* la découverte de quelque légende racontant les mérites et le courage d^un martyr des terres étrangères. A cet intérêt, Touvrage dont nous nous occupons en joint encore un autre ; c^est que la vie du patriote y est décrite par Pépouse même du patriote; c^est que Pâme de Phistorien s^ développe noblement à cêté de celle du héros, et que, dans le simple récit des actions d^nn seul homme , on trouve ainsi deux grands modèles.
Dans les temps de lutte et de péril du christianisme au berceau, le plus touchant des caractères était celui de Pépouse du chrétien. Aujourd'hui que la résistance , les dangers et la force morale sont pour le patriotisme , le caractère le plus touchant est celui de la femme qui a partagé la vie austère du patriote. Madame Hutchinson paraît Pavoir senti en écrivant ses mémoires , et ce sentiment contribue à donner à ses récits un air de grandeur qui en relève sans effort jusqu^aux moindres circonstances. Les attachemens naturels, redoublés par la puissance d^une grande
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coDTÎction commuue , une même peosée ralliant deux exisleBcet, les afflictions domestiques s^efPaçànt devant la perspective d*un grand avenir , la liberté apparaissant dans ce lointain comme une providence infaillible, voilà les idées généreuses et les images de bonheur que présente ce livre ; et il n^ a là aucune exagération dVnthousiasme , il n^ a rien que de simple et d^intelligible pour les âmes capables de sentir et de goûter le vrai.
Le propre du colonel Hutchinson , comme de tous les grands caractères, était le calme dans la force. Privé de sa fortune par ses sacrifices pour la cause de la liberté , chassé de ses emplois par Crom^well , calomnié par les pamphlétaires que salariait le Protecteur , dénoncé au peuple , tantôt comme traître , tantàt comme fanatique , sa constance fut inébranlable. Le despote , qui ne concevait point les longues pensées hors de l'ambition, crut un jour avoir assez fait pour le vaincre, et lui fit demander, dans sa retraite , sll persistait à se tenir loin des affaires et à vivre inutile au public. « Quand le moment d'être utile sera venu , répondit le colonel , je ne me tiendrai point à récart. J'attends ce moment. Je ne partagerai point Tinfamie de ceux qui trempent à prix d'or dans l'asservissement de leur payé. »
Cette réponse énergique fut un arrêt de proscription pour celui qui l'avait prononcée ; le colonel Hutchinson fut destiné par le Protecteur à partager les fers de fleuri Yane. Mais, avant que Cromwell eût envoyé ses satellites pour s'emparer du patriote , la mort vint le surprendre lui-même ; et , bientôt après ,
lO.
118 SV% Là TIS DU CatOlIEL HOTCHtlfSOJr,
J« restauration fit passer en de nonrelies maios Vhéritage de son ponvonr et de ses Yengeanoes. Geai ^ae Gromwell avait hais forent oitës à oomparaitre de«vaut les courtisans de Cronifwell , trayestis >ea juges •royaux ; pluèieurs forent condamnés à perdre la ¥Îe , soitoomme jv(^s du dernier roi , soâtcomoie patriotes trop incorrigibles; beaucoup ftireni bannis, et dépouillés de leurs biens : b colonel Hulchinson fot excepté de toutes ces sentences; .«.mais, dit Pantenr des némoires , il se plaignait amèremeiit d^étre épar- .gné dans ce jour latal , où la cause à laqueMe .^1 avait dévoué sa vie était trahie et condamnée. Il se regtfdait comme jugé , oomme exécuté iui-mème , dans la personne de ses amis. Quoique reconnaissant envers Dieu de sa délivrance., il ne savait s^tl devait Taecepter ; jamais , dtsait-âl à sa ieanne , donft les smns et les démarches empressées avaient contribué à écarter de lui ce péril, jamais vous n^avez rien fait cgm m'ait déplii dawmtage. Sans les pleurs de sa iamîlle , il se fût livré volontairement à la mort : une seule pensée le détermiaak à supporter la vie , cVst qu^il croyait êe$ jours réserviés pour de plus éclatans «acrffîces. » Quand Charles il , pour ne pas fausser trop impudemment sa parole, avait proposé une loi d'amnistie qui bornait le eercie des représailles que la restauration devait 'exercer , il avait diir en confidence à la charahredes lords, qu'on emploierait d'autres mo3FeB8 pour se défaire des patriotes intraitables. Ces paroles eurent leur effet ; après un an de repos , le colonel Hutefainson fut enlevé de sa maison de campagne , et conduit à la Tour de Londres. Il demanda coramnni-
MSJIBaK 00 LONG PARL£Blk.JST [l82o3. 119
catioB de Tordre en verta duquel il se trouvait emprûouné : ou lui répondit par un refua ; et tout ce qu^ii put apprendre, c^est qu*une dépêche ministérielle avait e^ijoint au gofiverneur de la province où il réaidait de le con^endre dans une conspiratiop quelconque* Le colonel , condamné sans motif à use détention aans -terme, défendit à sa femme et à ses amis de faire aucune démarche pour sa délivrance. « Me voilà heureux , disait-il , je ne dois plus rien à .ces homme*) ils m^avaient lié lea mains en m^épargnant^ leur injustice me rend la liberté. Jen^ai plus à prendre conseil que de mon courage et de ma prudence. » Il semblait (^ son malheur Peut débarrassé d^uu fardeau .pénible., et sa gaîté naturelle s'en augmentait. Quand il voyait sa femme s'attendrir sur lui et pleurer, tt Eh bien , lui disait-il , vous oubliez donc quelle est la cause pour laquelle je souffre ; vous oubliez que i;ette cause est la cause de Dieu même , et qu'elle ne périra point. — La cause vivra , je le sais , répondait-elliB » mais vous , vous mourrez , dans ce cachot , privé d'air et de lumière. — Je mourrai ; mais que m'importe I pourvu que la cause triomphe, pourvu que mon MOg hâte sa victoire , en retombant sur nos ennemia? 9 Le colonel Hutchinson succomba en effet, aprèa onie mois d'emprisonnement.
n y a de singulières ressemblances entre ce caractère et celui d'un de nos compatriotes , dont le nom doit vivre parmi nous aussi long-temps que le nom de la liberté. M. de Lafayette a porté ce calme et cette sérénité imperturbable dans toutes les vicissitudes de sa longue carrière patriotique. En Amérique, dans
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ses triomphes ; en Allemagne , an fond de sa prison ; quand toot-nn peuple Tadorait , que ce même peuple le nommait traître , M. de Lafayetle a été le même ; ancun succès n^a pu Tenfler, aucun revers n*a pu rabattre. GVst en souriant qu*il apprenait, dans ses champs de Lagrange , les complots qu^un despotisme ombrageux faisait machiner pour Vy comprendre. Cette ame toujours égale , pleinement dévouée sans exaltation apparente, semble attachée à la liberté comme nous le sommes tous à la vie , par une aorte de penchant involontaire. Quiconque verra M. de Lafayette sans le connaître, dira d^abord de lui qae c^est un homme aimable , et sera tout surpris d^apprendre ensuite que cet homme, d^une nature si douce , porte en lui quarante années de résistance à toutes les séductions et à toutes les menaces da pouvoir.
Le colonel Hutchinson a trouvé le plus digne historien de sa vie dans la femme qui en fut la compagne. Elle comprenait tous les secrets de cette vie de patriotisme et de dévouement. Elle est fière de l^avoir partagée; elle croit à Favénement infaillible de la liberté humaine ; et c^est avec mépris que , des hauteurs de cette noble pensée , elle regarde la pauvre malice des despotes et leurs crimes aussi vains qu^odieux. « Ils ont pu tuer le corps de celui que j^aimais, s^écrie-t»-elle i ils n^ont tué ni sa gloire , ni son exemple. »
SOI LA USTAUaàTlOII DS 1660 [18I9], 121
Sor la restauration de 1660 , i propos d*on OQvrage intitnl^ : Essai histori^ut surit rignë de CharUs Tly par Jules Bertherin *.
A la mort de Gromwell , la division se mit dans Tarmée <|ni avait hérité de sa puissance ^ et Pespoir de la liberté, iiprès dix années d^oppression , se fit sentir à TAngleterre. La présence dVsprit do général Geoi^e Monck anéantit bientôt ces espérances. Il ima- ^na d^appeler les anciens concurrens de Gromwell au secours de la domination de Gromwell ; un traité fut conclu entre Monck pour Parmée , et Charles H pour les royalistes; et le fils de Gharles !•' fut ramené en triomphe dans Londres , par les mêmes bandes qui avaient escorté Charles I**^ marchant au supplice. Voila ce que les écrivains de Thistoire d* Angleterre ont appelé la restauration. Durant ces jours de fêtes bruyantes et de débauches, pendant que la populace, oubliant la liberté vaincue , s'enivrait avec les vainqueurs, les patriotes, poursuivis au nom du roi, comme ils Pavaient été au nom du Protecteur, se cachaient ou fuyaient : Sidney et Lndlow passaient les mers ; Yane et Harisson étaient emprisonnés.
Après les premiers transports , après le partage des
* CcMear Enropém du 28 septembre 1810.
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places , des pensions , des titres , des profits, des honneurs , après que les serviteurs fidèles de la tyrannie usurpée eurent reçu, aux termes du traité d^altiance, des brevets signés du sceau royal , au mépris de ce même traité , le roi voulut verser du sang et venger TafiTront de ses défaites , sous le prétexte de venger son père. Ses nouveaux courtisans, ceux dont la mort de Charles I«' avait fait la fortune , nVpposèrent aucune résistance à cet excès de piété filiale. Ils eurent même Finfamie de siéger parmi les juges de ceux qu'on appelait régicides, et d-envoyer à récliafaud dix hommes qui avaient été leurs amis , ou qui , en jugeant le roi, n'avaient fait qu'exécuter leurs ordres intimés à la pointe de Tépée. Ce fat avec ce sang qu^l» signèrent la promesse d'être fidèles au nouveau pouvoir comme à l'ancien.
Mais, ce ne fut pas tout; il fallait que la nation apprît que le patriotisme sans régicide , et même enaerai du régicide, n'en était pas moins digne de mort. Henri Vane et Sâdney avaient dédaigné de tremper dans le meurtre ignoble d'un roi captif : Henri Yane fut livré aux bourreaux ; et des assassins gagés poar^ suivirent Sidney jusque dans l'exil. C'était madame Henriette, sœur de Charles II, ornement des bals de Louis XIV , madame Henriette , jeune , belle et s«Bsihle , qui , plus à portée , par son séjour en France^ ^e diriger oes expéditloas , se chargeait de donner des ordres et un salaire aux meurtriers. Chaque tête de proscrit devait être payée tjrente couronnes •
L'asile inviolable que le peuple de Hollande offrait aux patriotes anglais , alluma contre cette nation libre
L4 RESTA UBATlOlf DE 1660 [iSls]. 120
la haioe des maîtres de PAngleterre , Charles II lui déclara la guerre sous de faux prétextes de 'commerce. Ses flottes assaillirent à Pimproyiste les nxvïres des marchands bataves , qui , loin de se venger par de lâches représailles , publiélrent que les Anglais étaient leurs amis , et qu*en s^arinant contre leur desr pote, ils croyaient combattre pour eux. La nation anglaise désira leur yietoire ; et quand Ruyter et de Witt brûlèrent, à la vue de Londres , les vaisseaux de Charles II, quand Charles II effrayé demanda des secours au parlement, le parlement, pour toute réponse , dressa un bill qui licenciait toutes les troupes. Les esprit» superficiels auront peine à- comjHrendre cette conduite^ inspirée par un patriotisme plus haut que le patriotisme vulgaire. Le roi ne s^étonna point de voir eetix dont sa puissance détruisait la liberté, unis d^intérét et d^espoir avec le peuple libre dont il poursuivait la perte. Il suspendit Pexécution de ses projets ; msàs , durant la trêve , il médita unplan plus vaste^ D réfléchit qu^il n'était pa»l«:seul roi en £u«rope^ et jqu'aûisi. il y avait des hocnme» que devait importuner, c4Nane lui, la vue de Findépe^idanee boUandaise : il pensa à Louis XIV •
Ce trait de lumière qui apparaissait à Charles II , frappa vivement le roi de France ^ une alliailce secrète fut conclue^ et les deux monarques s^engagèrent à s'armer de toutes le!urs forces contre lesProvinees- Unies, i détruire le gouvernement de ces provinces, et à rendre aux. princes d'Orange* leur autorité} abor lie. Après avoiit prié Dieu de-^^ir cette 'expédition entreprise pour sa seule gloire ^ les deux- roisfîvfiit