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La prise de possession de la royauté d'Anglelerre par GuîUaume-le-Gonquérant , en altérant la nature de cette royauté , devait influer sur la manière dont elle se transmettrait à Pavenir '. L'autorité royale, chez les Anglo-Saxons , était essentiellement élective. En faisant valoir, les armes à la main contre le dernier roi élu par la nation saxonne , un prétendu testament du prédécesseur de ce roi , le duc de Normandie, à part Tasservissement des Saxons, donnait au titre quMl revendiquait ainsi un caractère tout nonveau ; il le faisait dépendre de la volonté du titulaire, et non plus de celle de la nation. Le droit électoral, que la participation à la conquête semblait devoir conférer aux guerriers normands à Pégard de leur chef, fut même attaqué par son usurpation de la royauté sur les vaincus. Le duc de Normandie le sentait , et il mit en usage toutes les ruses de sa politique pour persuader à ses compagnons de fortune qu'ils auraient plus à gagner qu'à perdre , s'il prenait le titre de roi d'Angleterre. Il essaya même de leur faii« croire que c'était, de sa part, un sacrifice fait àfitttérêt commun de toute l'armée conquérante. Guillaume !•' disposa de la royauté , comme il prétendait qn'Edouard-le-Gonfesseur en avait disposé pour lui,
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et en mouranl 11 la l^gaa au second de aes fils , Guillaume-le-Roux. L^aîné, Robert, s^appuyant de la ten* dance qu'avaient les chefs anglo*noraiands à ressaisir le droit d'élire dont ils avaient espéré la jouissance , se mit à la tète d\in parti qui fit la guerre au roi par •iiccession ; cette guerre était celle du. principe électif contre le principe héréditaire. €e dernier remporta , grâce à Tappui que Guillaume II trouva dans lapopu* lation saxonne, à laquelle il fit de fausses promesses^ et qui, avec une bonne foi singulière « mit à son service Panimosité qu'elle entretenait contre tous les Normands '. Cependant la lutte ne fut pas terminée en un seul combat ; elle se renouvela pendant longtemps à chaque commencement de règne.
Dorant plusieurs siècles , la loyauté anglo-normande resta flottante entre l'hérédité et l'élection f uoe sorte de compromis entre les deux principes borna la candidature aux seuls descendans de Guillaume-le- Conquérant , soit par les hommes , soit par les femmes 'y et c'est dans ce cercle que la dispute avait lieu. Presque toujours , à la mort d'un roi , s'élevaient deux ou plusieurs concurrens , sortis de la même famille ; et de là résultait périodiquement la plus hideuse des guerres civiles, celle de frère contre frère, et de parens contre parens, la guerre des hommes contre les enfans au berceau , une lutte d'assassinats et de trahisons. Les chroniques racontent que Guillaume- le-Bâtard , au moment où il se sentit en présence des terreurs de Taatre vie , fut saisi d'effcoi, au souvenir des actions
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qui hii avakuit prooaré k royauté , et dit qu'il n'osait léguer qu'à Dieu «enl ce royaume d'Angleterre, acquit au prix de tant de aang '. La possession qui lui causait tant de remords sembla maudite entre les raaiua de 8a>famille. Ses fils se battirent à cause d'elle; et plus d'une fois , la postérité des hommes étant étante dans les guerres civiles , le titre fut transporté à celle des femmes. Par suite de ces révolutions, la couronne de Guillaume échut à une famille angevine , puis aux enfans d'un Gallois , et enfin à un Ecossais. Durant plusieurs générations , deux familles de frères s'entr'égorgérent , et selon que l'une prit la place de l'autre, on vit les rois proscrire comme traîtres les amis de leurs prédécesseurs , et les flétrir eux-mêmes delà qualification d'usurpateurs ou de rois défait *. L'assemblée des barons , ou le parlement , qui n'avait pu établir son droit d'élection , ne put que se diviser entre les prétentions des familles rivales , et rendre leurs querelles plus sanglantes en y entraînant beaucoup d'hommes. Son autorité législative ne s'exerça que poar sanctionner le droit acquis par la victoire , et le fixer dans la postérité de celui qui se trouvait le plus fort. Le parlement prononçait encore quelquefois l'ancienne formule : Nous élisons ou nous déposons; mais , en fait , il n'avait aucune part à des changemens qui étaient l'œuvre de la guerre , et son rôle se réduisait à discuter les généalogies et les titres de succession , et à les trouver bons ou mauvais , au
I Orderic Vital, page 659.
» D.T>nw le règne de Henri IV juaqu'i celui de Henri VII , 1390-1485.
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gré des éTénemen» da jour. Tel est Tordre de choses qui se prolongea durant la longue dispute des maisons dTork et de Lancastre , et ne cessa que parce que Henri VU, le descendant en ligne coUatérale de Tune de ces deux branches royales , épousa la seule héri* tiére qui restât de la branche opposée i.
La paix dont on jouit tout à coup , sous le règne des petits-fils du Gallois Tudor, fit songer à prévenir le retour des querelles de succession qui PaTaient si long-temps troublée ; et un acte du parlement remit à Henri YIII le pouvoir absolu de léguer Ta royauté à qui bon lui semblerait >. 11 transmit à son fils Edouard la couronne , que cette nouvelle loi assimilait à une propriété personnelle. Dès lors fut réformé Tancien cérémonial observé pour le couronnement des rois ; et à celui d'Edouard Vl , premier successeur de Henri YIII, au lieu de présenter le nouveau roi aux assistans , de demander s^ils le voulaient bien pour roi et seigneur, et d'attendre , quoique pour la forme, leur réponse, on bannit ce reste d'apparence d'un droit complètement aboli , et Ton présenu au peuple le roi tout fait, en l'invitant à le saluer de ses acclamations 3. Edouard VI mourut jeune, et Marie, sa sœur ainée, lai succéda , suivant les dispositions arrêtées dans le testament de son père. C'était la première fois qu'une femme occupait, sans contestation, le trône du conquérant de l'Angleterre : cette nouveauté indiquait un grand changement dans la nature du