‹ Dix ans d'études historiques (volume 2)Chapitre 23 sur 30 · SUR LE €OIJRS D HISTOIRE DE H. DA.UNUU · texte numérisé non relu

SUR LE €OIJRS D HISTOIRE DE H. DA.UNUU

dont se compose Part des vendeurs de poison ou des coupeurs de bourse. Il a exposé , d'une manière digne d*un tel sujet, les droits imprescriptibles que les choses tirent de leur liaison avec les personnes ; en d^antres termes , la sainteté des libertés humaines. Les produits de Tindustrie (et tout ce qu^une main dUiomnie a touché est un produit de Tindustrie ) doivent, comme les hommes eux-mêmes , trouver tous les chemins libres; leur transport, aussi bien que leur existence , est toujours Pacte de la liberté d^un homme ; à ce titre , il est sacré et inviolable. M. Daunou a proclamé que , s^il est vrai que nulle société ne puisse exister sans lois , sans pouvoirs , sans une force publique , sans des impôts , il est vrai aussi que nulle société ne peut manquer de périr sous ces institutions mêmes, quand elles lui sont imposées avec excès , cVst-à-dire quand les lois sanctionnent autre chose que le respect mutuel de la liberté de tous ; quand les pouvoirs ont assez de moyens de contrainte pour faire obéir à de pareilles lois ; quand les impôts passent la mesure prescrite par les besoins d^une administration répressive et non préventive envers les citoyens , défensive et non hostile envers les nations étrangères ; quand la force publique Pemporte en intensité sur la masse des délits intérieurs possibles, ou des périls extérieurs possibles. Du moment que ces choses arrivent , la société n^est plus régie , elle est possédée ; ou , pour mieux dire, elle n^est plus société, c^est un troupeau sous des maîtres, sous un seul, sous plusieurs , sous un grand nombre : la quantité n^importe en rien. '

AV COLLkftB DB TBANCE [iSIdJ. 2S7

Ub philotophe, dout notre époque a^honore, a établi le premier cette dittinction profonde et lu* mineuse ; et c^eiit en le citant que M. Daunon Ta re« produite. 11 n'y a , dit M. de Tracy dans son Gommen* taire sur V Esprit des Lois, il n^y a que deux espèces degouTemement : celui où ceux qui gouvernent sont pour la nation , et celui où la nation est pour ceux qui gouvernent; en termes plus brefs, il y a /e gou" vemement national et le gouvernement spécial. Les diverses fermes numériques, énoncées par Montesquieu , et accréditées par son génie , viennent s'ab< sorber toutes dans cette grande division , la seule qui soit réelle. Sans dénaturer la formule de M. de Tracy, on pourrait supprimer le mot de gouvernement dans Teipression de la seconde espèce ; et alors il resterait d'un cAté le gouvernement , le gouvernement proprement dit , et de Pautre la possession , la conquête, le despotisme , soit collectif, soit individuel : le gouvernement , marqué du sceau invariable de la justice et de Putilité commune ] le despotisme , ayant mille caractères, mille modes, mille figures, mille degrés, selon les chances diverses de la force des maîtres et de la lâcheté des sujets : le gouvernement, produit de la raison et objet de la science; le despotisme, produit de la fortune , et abandonné à Thistoire , comme un fait dont on ne peut que raconter , et non qualifier l'existence.

Ramené ainsi à la considération du gouvememeni national, le seul qui doive porter ce nom, afin que Ift science parle un langage exact ^ M. Daunou a exposé les règles morales de conduite qui pèsent A la

238 SVl LB C0VB8 B ■HTOIBB DB ■• DAOROIT

fois sur les gouyemans et les gouvernés. Il a rejeté la machiavélisme hors delà science da çonvemement; il n^a compté pour bases de cette science , que la oonviction ferme de Pinviolabilité de la liberté humaine, sous quelque forme quVUe apparaisse , et la connaissance de ce qui est utile à la communauté des hommes associés. En traitant de la conduite et de Tesprit des peuples , le professeur a renvoyé de même aux sujets des despotes, la turbulence, les haines inquiètes , la satire amère , consolation de la faiblesse , et Tinsiilte, masque de la lâcheté i mais il a réservé pour le citoyen , comme ses premiers devoirs , ou , pour mieux dire, comme ses seuls devoirs , la conscience inflexible de ses droits, et une conscience égale des droits d^autrui ; une défiance continuelle de ceux qui gouvernent , défiance calme et austère , qui ne s^exhale pas en vaines agressions , mais qui tienne les yeux en éveil , et les cœurs munis pour la défense. Dans le mouvement d^une nation vers la liberté , sa marclîe doit être grave et réglée , comme celle des bataillons serrés qui , par la seule force de leur ordre , s^avancent eu chassant devant eux les obstacles , et sont victorieux sans porter un seul coup : c^est aux esclaves échappés qu^appartient la tactique des Parthes, les irruptions soudaines, la fuite simulée, les fausses trêves et les poignards.

M. Daunou pense que le peuple français est digne aujourd'hui d'embrasser la morale des nations; il croit que nous sommes enfin parvenus à Fétat social , à cet état où, comme il le dit lui-même, il n'y a rien de sûr que la bonne foi, rien de puis^santqu e la vérité

AU COLLtGI BE FftANCB [18I9]. 23»

rien d^habîleque laverta. Nous PayoDS entendaadresser cette. aMurance consolante aax jeunes gens de son auditoire; à ces générations nouvdle», qui n^ont pas eu le temps d^acheyer , sous le despotisme , Tapprentisaage de la servitude. « Puissent-elles , s^est écrié noblement le professeur, puissent-elles , ce« générations, i^y^dea d^instruçtion , de liberté et de bonheur, devenir un peuple généreux et sage ^ à jamais incapable de anpporter le joug du despotisme , et da secouer celui des pouvoirs tutélaires ! Qu^elles sachent bien qu^il n'j a de lumières pures que celles qui perfectionnent les mœurs ; qu'on cesse d'être éclairé , quand on se déprave j qu'une nation n'est libre qu'à proportion qu'elle est, juste, bonne et courageuse; que les arts et les sciences ne sauvent de la servitude que ceux qu'ils préservent des vices , et qu'un peuplb corrompu est une proie promise à la tyrannie , à peu près comme ces cadavres qu'on abandonne aux bétes farouches. »

Des exhortations si hautes et si pures rejettent , bien loin derrière nous , le temps , pourtant récent encore , où la servitude élégante professait seule dans les écoles ; où l'on faisait prédire à Virgile la naissance du fils d'un despote ; où l'on profanait devant la jeunesse les grands noms de patrie et d'honneur ; où les phrases d'une rhétorique vide , et les chiffres glacés de l'algèbre étaient l'unique pâture offerte à l'ame d'un jeune citoyen français ; où , dans des séances d'apparat , les bancs de la jeunesse se couvraient de personnages à cordons, invités par un professeur courtisan , afin de. rendre bon compte à

840 8D& U COVM B NTOimi Dl ■• BAQNOV

César de Tesprit des fils des partisans de Marhu.

M. Dannen poursuit maintenant son eours àlàè* toire, par de savantes diseussions sur les deux bases de la seienee historique, la géographie et la chronoiogie : oVsten accoutumant son jeune auditoire à la gravité de ees études , qu^illui fera oublier et méfmser les futilités et les lâchetés impériales. Que Tesprit de la jeunesse soit sérieux et droit , et la France sera soustraite aux chances futures du despotisme ; car de tels esprits sont la terreur des tyrans , bien plus que la fougue mobile des clubs populaires.

L^anteur de cet article a écouté , comme élèye , les leçons de M. Daunou ; jeune homme , il a eu sa part dans les conseils que le professeur a donnés aux jeunes gens : s^il osait exposer pour son compte les principes de conduite que ces leçons éloquentes lui semblent prescrire à ceux qui s'engagent aujourd'hui dans la carrière des intérêts patriotiques , il dirait : que dans répoque présente , qui est celle d'un grand renouvel-" lement , que dans ce temps de passage , où les vieilles formes ne sont plus, et où les nouvelles ne sont pas encore , où le genre humain se cherche et doute , l'activité de chacun de nous , pour être sage et fructueuse , doit être surtout intérieure. Chacun de nous doit se proposer sur son propre avenir la grande question que l'humanité tout entière tend à résoudre sur le sien ; que dois-je être ? Notre conscience , si file est consultée dans le calme, nous répondra : que nous aurons accompli notre destinée, si nous savons nous maintenir toujours raisonnables , courageux et libres. Voilà tout le problème politique. C'est en nous-

kV COLLkfiS DB IBAUCE [18I9]. 241

mêmes , c^est dans la solitude de nos cabinets , au milieu des méditations lentes de la science , que nous en trouyeroDs le secret, et non dans le bruit du monde et des partis , sur cette m6r de disputes , où les passions s^entrecfaoqnent , et d^oû se retire devant elles la raison paisible et craintive. Ne nous laissons pas séduire à Pambition indiscrète de faire faire à la France ce qui est bien; faisons-le : n*est-ce pas nous qui sommes la France ? Nous avons admiré M. Daunou , apprenons quelle force a créé son caractère , élevé son ame , agrandi sa pensée ; il nous le dira lui-même : quarante ans de retraite et d^études.

242 SUR LfcHPIRE ROHAIlf ,

Sar Tempin romain , le* canfM d« M ruioe «t le donUe caractère des jutitotions da moyen â|e en Orient et en Occident , à propos de V Histoire du bas empire , par M. de S^gnr *.

QaâDd les légions de César passèrent le Rubicon , elles Tenaient conquérir pour César tontes les magistratures romaines ; cette conquête , dont le premier fayori des soldats devenus traîtres ne jouit pas longtemps,grâceàBrutus,fut, par de nouveaux actes de trahison, assurée dans la suite à ceux qui héritèrent après lui de la faveur militaire. C^est ainsi que ie simple titre de général aimé des troupes, imperator, renferma en lui seul tous les pouvoirs et tous les droits ; c*eat ainsi qu^au dedans de Rome , le chef heureux que les légions de Germanie ou de Pannonie avaient élevé sur leurs boucliers, devint le protecteur unique, Punique vengeur de tous les intérêts civils , le représentant des comices , Télecteur des consuls , le président du sénat ; tandis qu^au dehors , image de Rome tout entière , il exerçait , pour son seul profit , le despotisme collectif que le peuple ci-devant roi s^était arrogé sur le peuples vaincus par ses armes. Leurs tributs se rendaient a son fisc , leur bras étaient à sei ordres. Ce-

' • Censeur Européen , n" da 12 et du 29 octobre 1819.

LS8 CAVSIS DE SA BUINB [iSlo]. 243

pendanl, après cetle révolution, le citoyen romain, priyé de la part quUl avait eue au pouvoir de Rome ou à Tempire romain , n^en conserva pas moins le privilège passif de la condition romaine , la franchise de sa personne et de ses biens, Texempti on de tout tribut arbitraire. Khomme des provinces se distinguait encore de rborame de la cité ; mais cette distinction ne dura guèréa. Sous le prétexte humain de gratifier le monde d'un titre flatteur , un Antonin appela , dans se» édits , du nom de citoyens romains, les tributaires dePempire romain , ces hommes qu'un proconsul pouvait légalement torturer , battre de verges , écraser de corvées et d'impôts. Ainsi fut démentie la puissance de ce titre autrefois inviolable, et devant lequel s'arrêtait la tyrannie la plus éhontée ; ainsi périt ce vieux cri de saùve-garde , qui faisait reculer les bourreaux : Je suis citoyen romain.

Depuis ce temps , il n'y eut plus de Roihe ] il y eut une cour et des provinces : nous n'entendons pas, par ce mot, ce qu'il signifie aujourd'hui dans les langues vulgaires , mais ce qu'il signifiait primitivement dans la langue romaine , un pays conquis par les armes ; nous Voulons dire que la distinction primitive entre Rome conquérante et ceux qu'elle avait soumis , s'établit alors, entre les hommes du palais et les hommes qui étaient hors du palais ; que Rome elle-même ne vécut plus que pour une famille , pour une poignée de courtisans , comme autrefois les nations asservies par elle n'avaient vécu que pour elle. C'est alors que le nom de subjugués , subjecti , que notre langue a corrompu dans celui de sujets , fut transporté des

244 avi LBKHftB BOKAIIf-,

habitant TainoQ* de TOrient ob des Gaule», amliabitana yiotoriem de Fltalte, attachés déaormais an joag d'an petit nombre d'hommes , comme les antves rayaient été à leur jong, propriété de ees hommes, aussi lûen que les antres avaient été leur propriété, dignes, en un mot, de ce titre dégradant de sujets , subfecti, qa'il faut prendre à la lettre. Voilà Tordre de efaoses qui, depuis Augiute, s'accomplissait graduellement; chaque empereur se faisait gloire de hâter le moment de sa perfection ; Constantin y donna le coup da nmi* tre. Il effaça des enseignes romaines le nom de Home , et mit à la place le signe de la religion que Tenait d'éftonser l'empire. Il rabaissa les noms révérés des magistra-» tures civiles, au-dessous des ofiîces domestiques de sa maison. Un hispecteur de la garde-robe avait le {mis sur les consuls. L'aspect de Home rinq>ortmiait ; il croyait voir l'image de la liberté , gravée encore sur ses vieilles murailles ; l'effroi l'eu chassa : il s'enlbit vers les rivages de By zance ; il y bâtit Constantinople , plaçant la mer pour barrière entre la nouvelle vilie des Césars et l'antique cité des Bruftus.

Si Home avait été la patrie de l'indépendanee, Constantinople fîit la patrie de la servitude ; c'est là que naquirent les dogmes d'obéissance passive à l'église et au trône; il n'y eut qu'un droit , eelui de l'ei^pire f il n'y eut qu'un devoir , celui de la aoumission. Le nom commun de citoyen , qui égalait, dans le langage, les hommes vivant sous la même loi , fut remplacé par des épithètes graduées selon le crédit des pnissans on la lâcheté des faibles. Les qualifications d'i^minence, à'' Altesse, de Révérence, se prodiguèrent à

LES CAU8B8 M SA ECIIfB [iSld]. 345

ee qjBtHï y avait de plu» bas et de plus méprisable an monde. L^empire , à la jbanière d^n domaîne privé , fut transmis aint enfans , aux femmes , aux gendres ; il fut donné, légué, substitué : Vuniyers s^épuisaitpour rétablissement dhine famille ; les impôts croissaient •ans mesure ; Constantinople seule en était exempte : ee privilège de la liberté romaine était pour elle le prix de Tinfamie. Le reste des villes et des peuples était traité à la façon des bétes de somme , qu^on use sans scrupule , qu^on fouette quand elles sont rétives, qu^on tue quand elles se font craindre. Témoin la po« palation d^Antiocbe , condamnée à mort par le pieux Théodose , et celle de Thessalonique , massacrée par loi tout entier , i>our une taxe refusée , et pour un malheureux soustrait à la justice de ses prévôts.

Cependant des peuples sauvages et libres s^armaient contre le monde esclave , comme pour le châtier de »a bassesse. Lltalie , opprimée par Tempire, vit bientôt dans son sein des vengeurs impitoyables. Rome fut menacée par les Goths. Le peuple , las du joug impérii^l , ne se défendait point. Les hommes des campagnes , encore imbus des vieilles mœurs et de la vieille>eligion romaine , ces hommes , les seuls dont les bras fussent encore robustes , et Pâme capable de fierté , se réjouissaient de voir au milieu d^eux des boames libres et des dieux ressemblans aux anciens dieux de Pltalie. Le général que Fempire chargea de sa défense, Stilieou, parut aux pieds des Alpes; il cria aux armes ; et personne ne se leva ; il promit la Hberté aux esclaves , il prodigua les trésors du fisc ; «t de toute Fimmensiié de l'empire , il ne rassembla

246 8VR LBHPiaB lOMAIN ,

que quarante mille hommes , la cinquième partie des combattant qu'Annîbal avait rencontrés aux portes de Rome libre. Rome esclave fut prise et saccagée deux fois dans Tespace d'un demi-siècle. Bientôt lllalie fîit traversée en tous sens par les hommes dm Nord ; ils s*f cantonnèrent , en exigeant la plus grande partie des terres. Les Gaules, PEspagne, la Grande-Bretagne, Plllyrie , furent envahies et partagées de même ; le nom romain fut aboli dans FOccident.

Ainsi la domination dont les trahisons de Jules- César jetèrent, le premier fondement, et qu'établit César- Auguste , était reléguée loin de son premier siège, et bornée aux côtes de la Grèce, de TAsie- Mineure et de PAfrique. Bientôt seé secondes limites forent forcées ; d^autres barbares , non moins faiblement repoussés par les peuples , que les Goths et les Franks ne Pavaient été , envahirent la Thrace , et attaquèrent Pempire en Asie. Bélisaire , homme digne de reconquérir le monde romain pour la liberté, tenta, en dépit de la nature humaine, de le reconquérir pour ses maîtres. Partout , il trouva les hommes immobiles à sa voix. L'Italie elle-même s'indigna contre lui des efforts qu'il faisait polir la remettre violemment sous un joug qu'elle ne préférait pas à l'autre, et de ce que ses terres devenaient des champs de bataille pour une lutte qui ne lui importait point. Bélisaire s'éloigaa, en versant des larmes , de cette contrée , qui répudiait le nom romain , avec autant d'empressement qu'elle le revendiquait jadis, quand ce nom était celui de Pindépendance.

Les nations Slaves occupèrent la Thrace et la Mésie ;

LIS C&VSIS DE SA BUIHE [18I9]. 247

les Perses s^ayàncèrent : toutes les tribus de VArabie, réunies sous les mêmes drapeaux , animées du même fanatisme , conduites par le même chef, à la fois guerrier, prêtre et demi-dieu, s^emparèrent de tout le pays entré TEuphrate et la Mer-Rouge. Les nations acceptèrent sans résistance cette ïiouvelle servitude; et , comme le dit Montesquieu , ce furent les impôts excessifs et les vexations de Pempire qui firent la fortune de Mahomet. Les généraux qui lui succédèrent , conquirent la Phénicie et PÉgypte , puis la Nnmidie et la Mauritanie ; leurs flottes parurent sur les côtes de PAsie , à la vue de Gonstantinople. Les empereurs , au milieu de leurs voluptés , et des intrigues qui occupaient leurs journées , s^indignaient de ce que leurs sujets n^étaient pas braves comme des hommes libres. Dans leurs misérables accès de colère, ils décrétaient des supplices contre ceux qui ne se dévouaient pas à leur cause , s^imaginant que la terreur suppléerait au ' patriotisme. Mais , de même que les flots de la mer ne devenaient pas plus calmes sous les fouets de Xerxès , de même , à la vue des échafauds , les esclaves de Pempire romain ne devenaient pas plus fidèles.

Ce n^est pas que le sentiment dePindépendance eût péri alors dans le cœur des hommes ; mats ceux en €p il apparut encore ne se rangèrent sous les drapeaux d^aucun maître : ennemis des barbares et de Pempire, ils élevèrent des ensei^^es qui n^étaient qu*à eux , et se renfermèrent avec la liberté dans quelques lieux d^un abord difficile, dans quelques forteresses abandonnées. C^est ainsi que les iles de la

246 son LBKPIBB ftOHAIR,

Vénitie te peaplèreot , el que naquît la cité libre de Venise. Rome, malgré elle, en proie à tes tootenirt, supportait impatiemment la conquête ; n^aymat plus de force pour se faire libre , elle fonda Tespoir de eon afirancbisaement sur let prestiges et sur la rase ; elle encouragea les prétentions de ses éyèques à une autorité unÎTerselle , qui devait tourner à son profit. Ce fut par leur entremise quVlle obtint, contre le ^lef des Lombards, ses qouTeaux yainqueurs , lignés poor sa ruine avec le despote grec , successeur de ses an* ciens maîtres , le secours du frank Karl Martel. G^est aussi en vertu d^une sommation du pontife de Rome , que le petit-fils de ce Karl , devenu roi des Franks , passa lea Alpes, et fit respecter la ville menacée de nouveau par les Lombards. En retour , Rome proclama empereur romain ce fils de ses anciens tributaires. Ce fut dans Tannée 800 que le nom à^imp^ru- > tory triste signe de la servitude romaine , après avoir été relégué pendant quatre siècles bors des contrées de rOccident, fut ainsi rapporté dans les Gaules ; des Gaules, il passa dans la Germanie , et, ce qui est plus bizarre, il y existé encore. Les mots ont aussi leurs destinées.

Le neuvième siècle nous montre PEurope partagée en deux zones politiques : Pune comprend les pays qui demeurent encore sous la vieille domination, fdiidée par les conquêtes de Rome ; Pantre renferme les contrées récemment envahies par les peuples du Nord, conquérans des sv^ets de Rome. L^tat reliKtif des hommes , maîtres on sujets , vainqueurs ou vaincus , diffère beaucoup dans ces deux régions diverses. Dhin

IBS CA08KS M M ftVIHK [l81»]. 249

e6lé , tout le poHYoir acqvM par dès siècles de conquêtes est la profHriété d^aiie «eule personne , qnî le dispense à son gré autour dVlle; de Pautre , ce pou^ voir est le par;lage régulier de toutes les familles issues des vainqueurs. Les Saxons dans la Bretagne, dans la Gaule les Franks, les LoodMurds dans Fltalie, sont tous propriétaires par tête d^une portion du sol que leurs aïeux ont «avahi , tous gouyemeurs et arbitres souverains des hommes vaincus par leurs aïeux. En Grèce , il n'y a qu'on maître , et , sous ce maître, , différens degrés de service ; dans rOocident , ce sont des milliers de maîtres , libres sou» un chef qui n'est que le premier entre des égaux. Tandis que , dans l'empire dea despotes romains , aucun ordre ne part que du palais , aucun tribut ne se lève que pour le palais, aucun jugement ne se rend que par le palais ; dans les régioBs soumises aux guerriers du Nord , le tribut de chaque funille vaincue est le patrimoine de tous lès vainqueurs. Le chef suprême n'a que son lot d'hom^ mes et de terres , qu'il ménage et.gouveme à son gré. S'il eat despote , c'est dans l'enceinte de ce partage ; et le moindre soldat l'est autant, que loi dans le sien. Les honunes vaincus , que le sort n'a point rangés dans la portion du chef 5 du roi, comme disak la langue romaine, n'ont aucun rapport à lui; ils consiituent un domaine privé f ils forment , avec les arbres, les plantes , les animaux , les maisons , ce que les chartes de ce temps nomment le vêtement de la terre ; ils reesortissent à la i^rniiUe et non à la société. Quant afnx hoannea de la race victoriense , ib vivent sens un ordre et sons des règles sociales. Nul ne leur parle

ai.

250 8VB L EMPIRE MOKAllV ,

en maitre ; le roi y créé par leur choix ou confirmé par lenrs suffrages, les appelle t6n9 ses compagnons, 11 ne leur impose point de lois ; il les convoque pour ^uMls s'en donnent eux-mêmes : il n'exécute poiot contre eux des jugemens décrétés par lui; il leur prête secours pour le maintien d'une police mutuelle, et pour la protection de la j ustice,qae les hommes libres se dispensent entre eux sous la garantie du serment. Rome conquérante ne se répandait point sur les terres des peuples yaincus ; ces peuples n'étaient point entièrement désassociés par ses conquêtes. Possédés en masse , exploités en masse , ils gardaient encore leur nom de nation. Ce nom périt pour les sujets des guerriers septentrionaux ; isolés riolemment les uns des autres par l'interposition des vainqueurs , possédés par tètes bu par petits troupeaux , ils échangèrent le titre de leur race ou de leur société commune, contre celui de leur condition individuelle. Ceux qui antérieurement à leur défaite > s'appelaient Gaulois , Romains, Bretons , prirent le nom de travailleurs ^ serfs f gens de peine y gens de possession; tanchs que leur terre , occupée avec eux par leurs vainqueurs , prenait le nom de contrée des Franks, des Angles ou des Lombards. En temps de guerre , ils ne combattaient point à la manière des auxiliaires que Rome tirait de ses provinces, sous les- drapeaux de leur nation unis à ceux de la nation maîtresse ; on les rassemblait an hasard , sans ordre , sans enseignes, presque sans armes , pour les jeter , comme une sorte de rempart , en avant du front de bataille , ou pour les user aux travaux de la route et du campement. L'ar-

LB8 CAC81S W 8A MIHR [18I9]. 251

mée consistait dans les Tainqaeiirs , subordonnés les uns aux autres par difiPërens grades , et dont les domaines respectifs , marqués du titre militaire de leur premier possesseur , avaient conservé par le maintien de ce titre consolidé, pour ainsi dire, avec la terre, Tordre et Tarrangement régulier que la dispersion des conquérans devait dissoudre ou affaiblir. Les domaines ayant des grades, on faisait Pappel des domaines au lieu de Tappel des personnes ; les hommes qui sortaient de terres d^un titre égal ,se groupaient autour de ceux qui sortaient de terres supérieures; ceux-là se rangeaient sous des chefs choisis pour le besoin , ou sous les fils des premiers chefs , si la race n'avait point dégénéré. Ainsi se passaient les choses , quand il y avait une entreprise d'un intérêt égal pour tous les hommes libres , ou un danger menaçant pour tous; lorsqu'une partie du territoire était en péril , sa défense était abandonnée à ceux qui Phabitaient. Les injures privées se vengeaient par des guerres privées ; le roi lui-même ne pouvait entramer dans ses propres qoerelles , dans les guerres que la communauté n'avait pas décrétées, d'autres hommes que ses propres amis, ou ceux qui s'étaient liés envers lui par des engagemens de fidélité indépendans du devoir social et de la discipline commune. Au contraire, dans l'empire d'Orient, nulle par rie du territoire n'avait le droit de se protéger elle-même; nul n'étant rien de lui-même, ne pouvait se faire droit à lui-même , et les querelles de l'empereur devaient être embrassées par chaque babitant de l'empire , sous les peines que Rome libre avait portées contre les traîtres à la patrie. Telles

2A2 «DE I.BUIBI 10X4»,

étaient leê différencet d'orgaBitation politique qui die* tioguaient lea contrées orîentalet de TËurope dee contrées occidentales, lorsque, vers le donsième siècle 9 un grand moayement rapprocha les faomaiee de ces contrées , et mit en contact sur le même eol leurs mœurs et leurs situations diverses. Ce mouvement fut produit par les croisades.

Du moment que les incursions des Sarrasins meMi* cèrent TEurope , la crainte de leurs progrés et la haine de leur religion arma de tontes parts contre eux e«e hommes du nord , qui vivaient oisifs sur le sol de la Gaule, de TEspagne et de Tltalie. Des aventuriers francs allèrent les vaincre plus d'une fois sur lee rivages de la Galabre et de la Sicile; et, quand un pape, secondé par Péloquence du moine Pierre , sev* leva contre eux toute TEurope chrétienne, oetie grande insurrection ne ftit que le complément dee entreprises partieUes et obscures qui depuis longtemps la préparaient. L'empereur grec supplia les guerriers de POccident de détourner yerê ses domaines menacés une partie de ces armées qui devaient inonder l'Asie et l'Afrique : il l'obtint, et une multi* tude sans frein et sans règle se répandit sur le sol de la Grèce ; tout fut ravagé pour sa subsistance ; l'empire épuisé se repentit de s'èére attiré ees auxiliaires incommodes; des haines naquirent entré les Grecs et les chrétiens occidentaux , qu'en Grèce on appelait latins. Des traités les réconcilièrent pour un temps, mais leur aversion mutuelle éclata enfin avee tant de violence , que Gonstantinople fut assiégée et pillée par les alliés de l'empire. La conquête ne s'arrêta pas à

LES CAUSES nS 8A BUIlfl [18I9]. 25S

ces commenoemeus $ et bientôt la plus grande partie des Tilles et des provinoes fut partagée entre l.es sol-* date et ]«s chefs de Tamiée latine. Son général , Baudoin d« Flandres , établit ses quartiers dans la cité impérial^ et prit , du consentement des troupes , le titre dVmpereur grec , qui ne changea rien à son pouvoir sur elles , ni à leur indépendance envers lui. La partie de la Grèce occupée par cette armée prit alors le même aspect que le reste de l'Europe. La subôrdi*nation des terres y naquit de rétablissement de Par*mée qui se les distribua sans se dissoudre elle-même; Les guerriers de tout rang élurent leurs chefs suprêmes sous le nom d'empereurs , comme autrefois sous edui de généraux. Les affaires communes, furent décidées par le suffrage commun. Les Grecs dépouillés, mais non chassés ^ devinrent les fermiers et les tributaires des vainqueurs ; la féodalité passa en Grèce. Mais Fempire grec n'avait point péri tout entier par cette conquête. Retranché dans Nicée, il se fortifiait chaque jour de la haine qu'inspiraient les exactions des nouveaux maîtres , et leur joug plus rude , parce qu'il se faisait sentir de près , et qu'il écrasait sans dbtinction. Ne sachant pas se faire libres , les Grecs conspirèrent pour être rendus à leur premier esclavage : ils réussirent $ et les latins ; chassés après 60 ans de règne , remontèrent sur leurs vaisseaux , emportant de la Grèce le goût du luxe , le goût des titres vains y l'idée de l'unité despotique, et y laissant en retour quelques sentimens d'indépendance que leur exemple avait lait concevoir. En revoyant son palais, l^emperenr grec rencontra , pour la première fois, des

254 &DI LEHPIII R0KA1V ,

volontés en présence de la sienne. Ses courtisans se distinguèrent de lai; ses délégués prétendirent à «ne autorité personnelle ; les liens de Tempire fiirent relâchés. Si alors Tindépendance eût été acquise pour tous , si Pégalité sociale eût succédé à la distinction des hommes en gens de cour et gens d^esclavage, sans doute la population de ces contrées eût trouvé dans ce changement moral une force et des ressources que Tempire n'avait jamais eues. Mais les dignitaires et les courtisans , qui s'approprièrent le pouvoir , eurent soin de le conserver tel qu'il avait toujours été, hostile et dur pour les peuples ; et les peuples n'eurent pas plus d'intérêt qu'auparavant à s'eiposer aux périls delà résistance contre Tinvasion étrangère. Ainsi ces mœurs demi-libérales furent pour l'empire une nouvelle cause de ruine ; elles le désunirent comqie puissance , sans l'établir comme société. Quant à TOccident, c'est de là que lui vint le système d'idées qui servit à créer l'échafaudage mystique d'une puissance royale absolue, centre de tout, objet de tout, étant sf propre raison , sa propre fin à elle-même ; c'est à l'aide des mœurs et des dogmes politiques importés de la ville impériale, que le pouvoir d'un Henri YIII, ou d^un Louis XI , succéda sous les mêmes désignations politiques à l'autorité du chef saxon Hengbist, on du chef sicambre Chlodowig.

Nous ne raconterons point les misérables événemens qui précédèrent l'arrivée des Turcs jusqu'aux murs de Constanlinople. Ce qui s'était passé dans toutes les conquêtes faites par les barbares sur l'empire, eut encore lieu dans ces momens extrêmes ; les peuples

LIS CAUSES Dl SA «DIIIB [18I9]. 255

se laissèrent «nyahir , et les fils des Grées furent enrôlés parmi les soldats barbares ; il n^y eut guère que les montagnards de PAibanie, hommes que lai servitude romaine n^àvait jamais trouvés dociles, qui résistèrent alors au nouveau joug. Â Tassautde la cité des empereurs, on vit paraître , le sabre à la main, et le turban snr.la tète, des légions grecques, armées contre ce nom romain, si pesant depuis tant de siècles. Gonstantinople fut mise au pillage ; le dernier des empereurs , Constantin Dragosès , périt sur les murs. Ceux qu^on appelaibles grands , les gens de cour , les puissans du palais reconnurent le pouvoir des vainqueurs i ils conservèrent sous d'autres titres leurs emplois et leur bassesse. Le reste du peuple fut tributaire, et, comme toute contrée habitée par ses envahisseurs , la Grèce perdit son ancien nom.

«'Dans cette dernière lutte de l'ancien monde contre le nouveau , dit M. de Ségur , les armes de Fantiquité et celles des temps modernes semblaient s'unir pour attaquer et pour défendre la ville des Césars. L'air obscurci par des nuées de javelots et de flèches retentissait à la fois du bruit sourd des lourds rochers lancés par les catapultes , du sifflement des balles, de l'éclat terrible du canon.

« L'amée.. musulmane victorieuse entre et se répand à grands flots dans la ville conquise ; la veille encore , Gonstantinople, dépôt des trophées et des richesses de Tunivers , offrait aux regards une image vivante de Rome et de la Grèce- On y voyait des Césars , des Augustes , des patriciens , un sénat, des licteurs , des faisceaux , une tribune , des cirques , des assemblées

29« ISrilB BOXAIlfy SA RVIRB [iSltt].

du peuple , des lycées , des acadénies, des théâtres ; en un instant le fer de Mahomet a tout détruit , et les vestiges de rancien monde ont disparu. »

Le style de cette histoire , élégant et correct , est varié avec art aelon la nature des récits. Lea -jeunes gens s'y plaircMit , et les esprits déjà formés y trouveront souvent du pro6t. L'étude de la liberté est presque toute dans Tétude de Thistoire ; c'est là qu'il faut l'observer pour la bien reconnaître , pour ne pas poursuivre , au lieu d'elle , sa vaine image* Ceur qui, du baut de l'époque actuelle , jettent de nouveaux regards sur les situations antérieures du genre humain , nous préparent le fil qui doit nous guider dans les routes incertaines de l'avenir : adressoiia-nous surtout à eux ; ils ue donnent point de ces encouragemens vagues qui fourvoient l'activité san» expérience^ ils n'eUrent point de conseils dont ils ne présentent l'épreuve^ ils n'enlradnent point sans montrer le but.

SUR LE SENS BU TITEE HE SOI [l 8 19]. 257

Svr le sens primitif et Tétendae da titre de roi , â propos de ronrrafe intitalë : De la Rojraute selon les lois divines révélées, les lois naturelles et ta charte eoneiieulionnelle , p«r M. de la Senne i.

Parmi les choteis bisearres qui deTraient Dout «tonner, et qui ne noas étonnent point , one des pins singolières, peut»étre, est le préjugé qui attache an mot latin de roi une signification unÎTerselle, et l^idée absolue de la destruction de toute liberté , pour les honmes dans les lois desquelles s'est une fois introduit ce mot fatal. Pourtant, ^ nous allons chercher le sens réel de ce mot dans la langue qui Pa créé $ nous trouveronâ qu'en lui-m^me , et selon sa destination primitive » il n'implique , en aucune manière , l'idée d'anéantissement de toute personnalité au profit d'une seule personne , et qu'il signifie simplement et vaguement le conducteur, ccbU qui mène, celui qui va devant. Voilà ce que démontrent les locutions latines de rex gregis, rex avium , rex sofirorum. Quand , chez les Peuples dont ils ignoraient l'idiome 9 les Romains voyaient un homme , jouissant de la prééminence sur les autres hommes, soit comme chef de guerre, soit comme magistrat de paix , ils le qualifiaient, dans leur

' Censeur Européen du 24 tl^rmbie 1819.

DIX ANS D'iTVI)BS HIST. 33

25B 8IIB LE SERS

propre langae, de ce titre vagne de rex, od du titre aussi vague de dux ^ par lesquels ils n^'avaient point la prétention de traduire exactement les titres de la langue étrangère , par lesquels ils ne pensaient point exprimer un degré précis d^autorité,'roais seulement le iait général delà prééminence et du commandement. L^émigration des tribus gotbiques , germaniques et saxonnes, dans^les contrées de langue romaine, fut Taccident qui attacha les noms romains de reges ou de duces aux cbefs de différent grade, et de pouvoir diversement limité , qui guidèrent ces tribus dans la conquête , ou qui les régirent après rétablissement. Ces deux mots coutinnèrent à élre employés îndistinctement par la population romaine conquise , laquelle désignait aussi indistinctement, par le mot ancien de regnum , et par le mot nouveau de ducatus , les territoires possédés ou régis par les chefs supérieurs ou subalternes de la nation conquérante. Que si ces mots eurent alors , dans la bouche de ceux qui parlaient le romain , une signification plus décidée , c^est parce qu'ils désignaient pour eux , nation asservie , les magistratures ou les juridictions de leurs vainqueurs et de leurs maîtres. Mais cette nouvelle force , ajoutée aux titres de rex et de dux par le fait • matériel de la conquête, n^était réelle que pour les vaincus; pour les vainqueurs, rien n'avait changé. Les chefs de leurs tribus diverses , redoutés commQ dés maîtres .par les hommes que T-épée avait fait descendre au rang de sujets , n'étaient pas pour cela plus élevés au-dessus de la société victorieuse ; et , quand un membre de cette société , quand , par exemple, un

DV TITftB DK am [I8I9]. *259

Frank , ou le fils d'un Frank , dans la Gaule , prononçait Tun de ces mots latins, qui, pour les fils des Gaulois , exprimaient la domination de la concpi^te, il ne leur accordait pas plus de sens que nVn avaient les mots de sa propre . langue qui lui désignaient Pautortté sociale des magistrats de son consentement ou de son choix.

Afin donc de découyrir quelle était la mesure de raulorité de ceux qui , après le démembrement de l'empire romain , furent appelés reges ou rois, dans l'Europe occidentale, il faut laisser de côté la langue latine, et recourir aux langues germaniques.-

Ces langues, qui ne sont guère que les dialectes divers d'un seul et même idiome, parmi plusieurs titres de commandement qui leur sont propres , en présentent un qui leur est commun à toutes , peut-être comme plus expressif, et plus conforme à Pidée que se îaï^ saient ces peuples de Tautorité sociale; cVst le mot de koningy ou de kœning , maintenant corrompu en haut allemand par le mot de kœnig, et en anglais par celui de king. Ce titre , constamment rendu dans les chroniques latines par le mot rex, et traduit à cause de cela par le mot roi, dans notre langue demi-latine , n'était rien de plus que le nom commun qui désignait le fait du commandement , sans distinction de degré ni d'attributs. Le directeur de toute entreprise de guerre , le président, de toute commission de paix publique, s'appelait koning; ce nom s'appliquait à beaucoup de chefs de divers ordres et de fonctions diverses; on distinguait les rois supérieurs, oberkoning ; les rois inférieurs , unterkoning ; les demi-rois ,

26fiP 8U1 LB 8Blli

hédfkaningf les rois pour les courses de mer, seekonimgs les rois pour Parinée, heereskoning ; les rois pour la peuplade, ^/Ae«Â:o/ii/i^. Cette Tariété d^appHcations du même mot n^étouoera poîut , quand on saura que ce titre de^koning, maintenaut absolu dans le Nord , aussi mal à propos que le nom de rex oa de roi Test dans le Midi, n^est probablement que le participe actif d^un verbe qui signifie savoir ou pouvoir j et que par conséquent il ne signifie , lui-même , rien autre chose qu'un homme habile ou capable, à qui les autres obéissent par la conviction de son habileté reconnue. Telle est l'idée qui se présentait à Pesprit des Franks delà Gaule, quand ils prononçaient les mots ûe/rankono koning ' , en latin , rej: Francorwn ; telle était Tautorité des Clhodowig et des Kari, cheU des Franks, que nos historiens modernes, estropiants U fois les noms propres et les trtres , appellent Clovis et Charles, rois de France,

L'homme que les Franks appelaient ehef ou rot, même au premier rang, n'agissait jamais sans lears eonseils, et subissait leurs jugemens sur ses actes. Plusieurs rois de la première et de la seconde race furent dégradés du commandement suprême pour cause d'inhabilelé ou de mauvaise conduite. Mais, depuis l'électiende/Ti^uef^ surnommé Cci^^, la race des Franks «e voyant établie invinclblemâit sur les terres gauloises , relâcha , par indolence , les liens de son antique discipline ; elle s'isola , et laissa ses chefs s'isoler d'elle , se p^srpétuer à plaisir dans lec

> Foënet do moine Olfrid, «u ncafième fiècle.

Page 1