‹ Dix ans d'études historiques (volume 2)Chapitre 9 sur 30 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Tavocat ^ IcTaot de nouveau souiiult «a première assertion , et prétondil qu^il allait la prouver par dea exemples du temps de Henri lU 9 du roi Jean et do roi Etienne ; alors , les huées reconuneneèrei^t >,

I^es exemples, en effet, n^euAsent pM manqué. Mais les murmures de la chambre étaient un exemple présent aussi affîrmatif que les autres- On pouvait y voir que jamais des phrases ni des témoigni^es ne saurwent opérer sur les sujets anglais cette conviction qui saisissait leurs aïeux à la vue de Fépée de Guillaume-le-Batard dans la main de son fils ou de son petit-fils.

Dans ce temps-là, une nuée de jartsconsultes se levait pour démontrer ce qui ne se démontre point, le pouvoir. Le pouvoir se déclare en s^exerçant : c*est un fait que le raisonnement ne crée ni ne détruit* Toute puissance qui argumente et soutient qu^elle existe , prononce qu^elle a cessé d^étre.

Déjà, en 1591, tous les juges de rAngleterre avaient fait de concerjt un décret , pour traduire en droits les bits de la conquête , et ressusciter par la logique une action matérielle dont le tenqps avait usé le ressort»

Ds déclarèrent ce qui se déclarait de soi'^méme trois siècles auparavant, que le vainqueur était souverain

< « I nurrd mnch that the Iumim i konld stand npon granting of a anbaidj or Om tkM of pajBMBt, wAiOk ail w« fiare i» ker majcaty's , and alto m»j UmfMj •t kor pIcMnn «ako ai hvm «• : ahe luiA m amck riglit to «11 oor landa wmà

gooda , as to anj rerenne of her cimrn » He aaid he conld pnore his fenaer

poaitioB by prccednto in the tiniA of Henry the thinl , king John , Uag Sicphen, «le. (HoM^i hmtwj ofEaglaad , ehap sut. )

DES BÉVOLQTIOIIS d'aUGLETEBRE [tSl?]. 13

maître , et qae les vaincus étaient à sa discrétion ' ;

« Que la terre, les habîtans , IHndostrre du' pays eiistaat pour les besoins , la subsistance , les «ommodilés , le Ime de Farinée conquérante , il était de droit incontestable que le général, agissant pour Tannée , disposât du travail des subjugués , le pressât, Piurrétât , le réglât à son gré ; fît fabriquer ce qu'il préférait et prohiber ce qu'il n'aimait pas } qu'il donnât des privilèges exclusifs à ceux dont l'adresse ]ui plaisait > ;

« Que le roi avait le droit légitime d'arrêter le transport des marchandises, de suspendre les ventes, de retenir les vaieseanx prisonniers dans les ports, pour faire acheter ensuite l'exemption de ces entraves ^ ; »

« Que nul sujet, sans son aveu , ne devait sortir de la torre conquise , de crainte que la possession des conquérans ne devînt moindre de l'industrie ou du corps de rémigré 4; »

< Hiune*s bbtorj ot England, cb. xur.

CH ••te q«i d^Dvâait <[«• TAotlelciw <lnt Mwa 1« poufoir «Uoln , ne spécifiait point Icf droits, de peur, aani doute , de lei borner en les ^qn,çaiit; on y affirmait simplement que rien ne pouvait limiter la Tolontë du roi, ni les ■tatats , ni les usages. CVst pour mettre sous les jeux les dÎTcrs genres de powoir que le dëciet sanctionnait, qno nous exposons quelques*nnes de pes assertions implicites.

* That ail trade was entirely suhjcct to the pleasure of tlie soverelgn ; that nren tke statnte which gafe the liber ly of commerce, admitted of ail prokibitiens of tbe crown. ( Hume*s Iiistoiy , ch. xl. )

3 Les embargos sur les marchandises , acte de ponvoir tris fr^nent jusque MMM le règne d'Elisabeth. ( Humées histor/ , appendix xu. )

4 Vo man conld trarel witbont the consent of the prince* (Id.)

Si nn paysan se réfugie dans une TiUe , dit le 34« statut d'Edouard UI i le principal officier doit le livrer ; et «'il est pris , partant pour on autre paji» il doit être marqué «n front de la lettre F.

« Que la chambre des bourgeois n^ayant été créée que pour la commodité des vainqueurs, son intervention dans les levées d'argent n'était point de nécessité absolue ; que le général seul , par un ordre du jour y pouvait faire prendre où il lui plairait, et par qui il lui plairait , les denrées dont il avait besoin , comme on exige des réquisitions en campagne ' ; »

« Qu'il avait le droit de déclarer en état de guerre la ville ou le canton qu'il lui plairait , et d^y faire opérer militairement, comme dans un jour d^invasion, sur les choses et sur les hommes ^ •

« Qu'en un mot, le roi qui était le suprême gardien de la conquête , ayant à veiller toujours à ce qu'elle fût maintenue , devait être juge dé ce qui la menacerait , et des moyens de la garantir ; qu^il avait le droit conséquent de juger seul , de punir seul , de se faire assister dans les jugemens par qui il trouverait bon, et d'établir à son gré des tribunaux pour la conservation de l'ordre établi par la victoire ^. »

Ces actes de puissance s'appelaient la prérogative royale; ceux qui décrétèrent cette prérogative établirent en même temps qu'elle était incontestable , et

■ Le> ordres do jour , qu*OB appelait proclamations , ponvaient sVtAidre à font ce qoî touchait les relations des Tainqnears avec l'es Taincas; ce qa*ooy ordonnait ^tait exécuté arec la plus grande ligueur par une sorte de cour prévôtale, qui portait le nom de Chambre- Étoilée, Star- Chamber. [J3.nvait?% history, appendiz m. j

> C'était la loi martiale. On faisait ces exécutions militaires à la moindre apparence d'un soulèvement ( Hnme's hisforjr, appendix m. )

3 Lorscjne le roi était présent i la Chambre-Étoilée, il était le seul juge; les antres ne pouvaient que dire leur avis. Ce tribunal , compose' du conseil du roi et déjuges nommes par lui, avait le pouvoir d'imposer à discrétion des amendes, d'emprisonner, d'infliger des peines corporelles, (/rf.)

DIS RÉVOLUTIONS d'aNGLETERBE [iSl?]. 75

que c'était un crime &ea douter : prœrogativam nemo audeat disputare <.

Mais leur assertion n'était pas une puissance contre des intérêts révoltés ; si Tépée de la conquête , si le bras même de Dieu , présenté à l'esprit des sujets , ne les domptait plus , que ponyait prétendre un légiste armé de sa plume ? Aussi l'on ne tint pas compte de la défense , et l'on osa contester.

Il semble que , dans l'extrêipe de la misère , le besoin d'être mieux agisse moins violemment sur nous que dans une condition déjà supportable. Quand les premiers besoins absorbent toute l'attention, l'esprit, fatigué d'y songer toujours , quand ils sont satisfaits, se relâche , et n'est plus capable d'une autre acl^ivité. Mais quand on n'a pas trop de peine à vivre, la pensée moins circonscrite se jette en avant : alors on examine de plus près sa situation; on y découvre plus d'obstacles, parce qu'on a plus de désirs, et l'on se tourmente pour changer. Tant que les hommes subjugués d'Angleterre ne tirèrent de leur travail qu'un chéîif revenu , il se laissèrent garrotter et dépouiller sans murmure ; ils supportèrent la prérogative. On se résignait sous les Guillaume, lorsque les vainqueurs avaient tout et que les vaincus n'avaient rien ; on se souleva sous Jacques I«', lorsque la richesse des communes était devenue trois fois plus grande que celle des lords ».

C'est alors que la conquête commença d'être mise

I Hnmc'a historj , ch. zLir.

> HanieVliistorj,cb. ti.

en question , et que des voix s^élevèrent contre êes actes naturels. Le plus natuiel de tous ^ c^étak sans doute rimpôt que les Yainqueturs exigeaient pour leur subsistance; citaient les mesures par lesquelles ils opéraient sur Tindustrie, les biens et les persoMies de$ sujets f afin de grossir leur rsT^a annuel et de faire des profits extraordinaires : la lutte s'ouTritpAr Fattaque de ces mesures.

Ce fut dans leur propriété , dans leur industrie, que les vaincus songèrent à s^afTranchir:. de tous cètés leur industrie était gênée ; les prohibitions arrêtaient les entreprises ; les monopoles décourageaint le tra* vail et renversaient les établissemens fondés; les tri* bunaux, par leurs arrêts, suspendaient toutes les affaires; un bommeemprisonné subitement était miné et ruinait ses correspondans ; la justice arbitraire qui frappait un seul industrieux , nuisait par contre-coup aux autres qu^elle épargnait. Quand les sujets furent parvenus au point de sentir ces rapports de Tindépendance avec la richesse, de sentir les liens d^intérét qui le^ attachaient les uns aux autres ^ psi* le besoin que chacun avait de la liberté de tous, ilsseralliôrent ensemble ; ils devinrent une nation , ils devinrent une puissance.

Car il ne faut pas qu^on croie qu^ii y eût, avant ce temps-là , une nation anglaise. Il y avait dans le pays d^ Angleterre une nation en campement , une nation d'étrangers; mais les indigènes n'avaient entre eux rien de commun que leur misère. Chacun, isolé, servait son maître ; il ne faisait rien pour ses pareils , qui ne faisaient rien pour lui ; c'était une multitude

BSS BtVOLUTIOlfS d'aNGLETERRS [iSl?]. 77

éparse. L^induttrle les rénnitpar des services mutuellement rendus ; Pindustrie leur inspira le désir d^ane liberté commune '.

(1605.) Dans ces conjonctures, le roi, pour raffermir la conquête menacée, se leva à la tête , non de ses guerriers , mais de ses chapelains. Armé de théologie , il soutint , de sa propre bouche , à la face des communes , que Dieu avait déclaré dieux , comme luimême , les généraux vainqueurs et letirs fils : Dixi qubd DU estig '. En élevant de pareilles prétentions , il détournait contre lui seul la colère et les efforts ét^ tuJ9ts ; il se dévouait , lui ou son successeur , piour la cause dont il était le chef.

La querelle s^engagea ainsi entre la chambre des comnunea , entropies députés du peuple sujet, et le roi , qui se mettait seul , ne laissant à la nation privilégiée que le soin de lui prêter secours dans les oecasiona pressantes.

Les communes déclarèrent, au nom de tous les sttfeU, leur volonté unanime de ne plus supporter les monopoles ni les taxes mises sur les denrées. Elles représentèrent que les taxes allaient croissant , et les entraves se resserrant de plus en plus ; qu^il allait qu'on s'arrêtât enfin , et qu'on songeât que si \e% sujets s^époisaient de travail, ce n'était pas proprement pour

' thtj twtàâd no conuBonity; w«ra not refirâed as • bodj polilie ; and w«re Ralfjr notkiog but a onsabcr of low dépendent txadMmatt, li? ing withoot anj particular civil tie in neighboarhood togetber. (Hanfl's hiatorj, appendix m. )

* C« aaot fat dit dans le parlement par un arocat da pontoir rojal ; le roi sontenait loinnéine cette doctrine dans let dtscoars et dans ses imU, ( Voj. Rome, ch. xi,t et xlti.)

SIX AlfS D^iTVnCS HIST. 7

fournir matière aux impôts f qn^iis voulaient vivre aus9 pour eux-mêmes , travailler pour eux-mêmes , jouir eux-mêmes des fruits de leur travail '.

A toutes les réclamations des sujets y le roi ne répondait qu^un mot , et le seul qu^il eût à répondre , fuse de nia prérogative '• Les communes alorjs dressaient des bilis , où , en abolissant les usages qui les gênaient, elles entamaient la prérogative. Mais la chambre des maîtres ou des lords n^avait garde de sanctionner ces résolutions : elle se tenait à son poste, xalliée au tour de son chef, et le soutenant de sa résis- . tance. Ainsi , les mêmes hommes qui s^étaient rencontrés autrefois les armes à la main , se retrouvaient en présence après six siècles, et se faisaient une guerre d%lrigne et de paroles, avant d^en venir à la force , la dernière des raisons.

he^ communes ne se relâchaient point ; les bills se suivaient en foule : le pouvoir des ordres du jour ou proclamations , le pouvoir des tribunaux fut attaqué ] mais c^était peine perdue. Les lords arrêtaient tout par leur refus de sanctionner les décisions ; et le roi, de son côté , emprisonnait les députés qui «levaient la voix ; en vertu de ces pouvoirs même quMls travaillaient à détruire ^.

(1614 — 1631.) Pour|ànt,ces débats le fatiguèrent: il cassa le parlement, espérant que les nouveaux élus seraient plus dociles. Pour les bien préparer^ à Fouverture de la session , il leur fit la leçon en ces

e, ch. iLTi.

ald.

9 Id., ch. XLTtl.

M8 RiYOLVTIOnS D*A1I61BTERBB [iSl?]. 79

termes : « Dites-mot , qu'est-ee que tos privilèges? de simples licences de nos ancêtres , et des concessions libres de notre munificence : en tous permettant quelque chose , on ne s^est pas engagé à ne vous rien refuser; la complaisance a ses bornes. Rappelez- TOUS mieux qui vous êtes et qui nous sommes ; vous aves des devoirs , et nous des droits >. »

Les communes auraient pu répondre i « Les faits que vous attestez sont exacts ; nous ne voulons pa» les nier. Vos ancêtres nous ont vaincus : nous étions pour eux une proie de guerre ; ils ont trouvé commode que nous devinssions plus libres; ils ont re* lâehé nos- liens , comme ils les eussent resserrés, dans la vue de leur seul intérêt ; ils nous ont octroyé ^ maintenant nous exigeons. Vous, croyez -vous forts? refusez, et nous verrons après. Vous sentez- vous faibles? subissez le sort de toute puissance usée , cédez. Il n^y a ici ni droits à défendre, ni droits, à réclamer f c'est le destin des choses humaines , qui ont des bornes. •

Mais au lieu de s'exprimer avec cette vérité, et de» braver les faits , les communes les éludèrent. Elles trouvèrent mieux de répliquer au roi dans son propre langage , et de s'attribuer , comme lui , des droits. Elles protestèrent que tout ce qu'elles revendiquaient

1 Your priTilegps were demed from the grâce and prrmûaioo of oor ance«ton and tis (for the muai of Uiem grew from precedenU , tvkich aliowa rather » tolentioB tluB hiherilanee); yet aa long as yon contain yonnelves within the liniiaof yonr dniy we will be aa carefnl to nMtntain and picaerre your lawfnl iiberiies and privilegea, aa any of our predeceaaora were, nay as to prworvo onr royal pnrogaUve (Humera hîrtoiy , ch. strin.)

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