‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 22 sur 86 · G SUR L’ESPRIT NATIONAL · texte numérisé non relu

G SUR L’ESPRIT NATIONAL

prononcer son nom, et à confondre l’amour qu’ils lui vouent, cet amour austère et périlleux, avec ce qu’il y a de plus doux et de plus fortuné parmi les affections du coeur. 11 semble que, sous le voile de ces illusions agréables, ils veuillent déguiser à leur âme la réalité des dangers auxquels s’expose le patriote, et s’entretenir d’idées gracieuses, en attendant l'heure du combat; comme ces Spartiates qui se couronnaient de fleurs, sur le point de mourir aux Thermopyles.

Nous citerons pour exemple le morceau suivant, que l’auteur suppose adressé par un paysan à sa maîtresse ;

« A travers mille dangers, à travers mille malheurs, « ton sourire a égayé ma route. Plus notre destin devenait « sombre, plus la flamme de nos cœurs était vive. J’étais « esclave, mais dans tes bras mon âme retrouvait l'indé- «pendanee; et je bénissais jusqu’à mes misères, qui me « rendaient plus cher à tes yeux.

« J’ai vu ta rivale honorée, quand le mépris était ton « partage; j’ai vu ton front ceint d’épines, quand l’or étin- « celait sur le sien ; elle m’offrait une place dans ses tem- « pies, quand le creux des rochers était ton refuge. Mais « que je tombe sans vie à tes pieds, si je me donne à celle « que je n’aime pas, si je te dérobe une seule de mes v pensées. »

Un autre morceau, d’un ton plus élevé, est placé dans la bouche d’un de ces vieux poètes errants qui parcouraient l’irloide en pleurant les destinées de la patrie :

« Oh ! ne blâmez pas le barde , s’il fuit vers ces réduits c secrets où le plaisir repose, et sourit nonchalamment à

DES IRLANDAIS

« la gloire; il était né pour des projets plus nobles; dans « des temps moins contraires , son âme eût brûlé d’une « flamme plus sainte. La corde, qui maintenant languit sur « sa lyre, aurait tendu l’arc redoutable et lancé les flèches a du guerrier. Sa bouche, qui ne sait plus soupirer que le « tourment des vains désirs, aurait versé à larges flots les « accents mâles du patriote.

« Mais, ô mon pays! ta gloire est perdue; ils sont brio sés ces courages qui ne devaient plier jamais; tes fils se « cachent et fuient le jour pour gémir librement sur tes « ruines; car on les nomme traîtres lorsqu’ils t’aiment, et « la mort les punit de te défendre; Le mépris est leur par- « tage, à moins qu’ils ne te soient infidèles; ils sont con- « damnés à vivre obscurs, s’ils refusent de renier leurs « pères; et le flambeau qui les conduit aux honneurs s’al- « lume au bûcher funeste où la patrie gît expirante.

« Quoique ton orgueil soit abattu, quoique ton espoir «ait fui comme l’ombre, je t’aime, ô Erin! et ton nom « vivra dans mes chants; jamais, dans ses heures de joie, « mon cœur ne repoussera le souvenir de tes maux. Je « veux que l’étranger entende retentir tes gémissements « dans ses plaines; je veux que le son de ta harpe s’élance «au delà des flots qui nous entourent; je veux que tes « maîtres eux -mêmes, dans le moment ou ils rivent tes « fers, s’arrêtent à la voix de leur esclave, et laissent « échapper une larme. »

Souvent M. Moore rétrograde vers les temps de l’indépendance irlandaise, et chante les héros de la patrie libre ; «Qu ’Erin se rappelle les anciens jours, ces jours « où ses enfants ne la trahissaient pas. — Honneur aux a épées du vieux temps, honneur aux hommes qui les por-

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