‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 26 sur 86 · PAR LES NORMANDS · texte numérisé non relu

PAR LES NORMANDS

mence de ce soldat farouche, qui, dans le combat, renversait des rangs entiers, et qui, dans le commerce de la vie, abaissait les hommes comme le vent abaisse les roseaux.

Il y a, dans ce roman, bien d’autres choses dont nous ne rendons pas compte. On y trouve des scènes de gaieté tellement naïves, tellement vivantes, que, malgré la distance des temps où l’auteur se place, on se les figure sans effort. C’est qu’au milieu du monde qui n’est plus, Walter Scott a soin de placer le monde qui est et qui sera toujours, c’est-à dire l’humanité, dont il connaît tous les secrets. Tout ce qu’il y a de particulier aux temps et aux lieux, l’extérieur des hommes, l’aspect du pays et des habitations, les costumes, les usages, sont décrits avec la vérité la plus exacte ; et pourtant l’érudition immense qui a fourni tant de détails ne se laisse apercevoir nulle part. Walter Scott semble avoir pour le passé cette seconde vue que, dans les temps d’ignorance , certains hommes s’attribuent pour l’avenir. Dire qu’il y a plus de véritable histoire dans ses romans sur l’Écosse et sur l’Angleterre que dans les compilations philosophiquement fausses qui sont encore en possession de ce grand nom, c’est ne rien avancer d’étrange aux yeux de ceux qui ont lu et qui ont compris les Puritains, Waverley , Rob-Roy, l'Officier de Fortune et la Prison d'Éd imbourg.

SUR LA VIE d’aNNE BOLKTN, nulle de iiesiu Mil

A propos de l’ouvrage de miss Benger, intitulé : ilemoirs of lhe lift of Anne Boleyn , queen of llenry VI II

Cet ouvrage est une des pièces du procès que la morale et la raison doivent intenter au xvi® siècle. Si la mort violente d’Anne Boleyn appartient au seul Henri VIII, les circonstances de ce qu’on appelle l’élévation et la chute de cette femme appartiennent aux mœurs de l’époque et surtout à l’esprit des cours, esprit qui, dans la France d’alors, était le même qu’en Angleterre.

Anne fut l’arrière-petite-fille de Geoffroy Boleyn, négociant de Londres, que son crédit et sa fortune acquise avaient élevé à la place de premier magistrat municipal de la première ville d’Angleterre. Les enfants de cet homme, abjurant la condition paternelle, dispersèrent ses biens dans des maisons nobles où ils s’allièrent; ils achetèrent des brevets de courtisans au prix des richesses de leur famille; et c’est ainsi que la descendante du riche roturier naquit noble et pauvre à la fois. Le père et la mère d’Anne Boleyn vivaient comme parasites à la cour du roi Henri VIH, dont ils étaient fort goûtés tous deux, l’un pour son esprit, l’autre pour ses grftces. A peine Anne fut-elle hors du berceau, à peine eut-elle montré

1 Article inséré dans le Courrier Français, 1821.

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