‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 27 sur 86 · SUR. LA VIE D’ANNE BOLEYN · texte numérisé non relu

SUR. LA VIE D’ANNE BOLEYN

les premiers signes de cette beauté qui la rendit ensuite si célèbre et si malheureuse, que ses parents la destinèrent à la vie qu’ils menaient eux-mêmes. 11 y avait, dans ce temps, à la cour, des places pour les complaisants et pour les belles de tout âge. Anne fut fille d’honneur à sept ans ; avec ce titre , elle partit pour la France à la suite de Marie, sœur du roi d’Angleterre, qu'un traité diplomatique unissait de force au vieux Louis XII, dans le moment où elle avait pour un autre homme une passion violente et déclarée. Mais, de même que les parents d’Anne Boleyn s’inquiétaient peu de voir leur enfant livrée aux hasards d’une éducation étrangère, et privée de leurs caresses et de leurs soins, pourvu qu’elle devînt femme de cour; de même Henri VIII n’hésitait point à faire entrer sa jeune sœur dans le lit d’un vieillard infirme, pourvu qu'elle devînt reine de France. -

Anne consuma ses années d’enfance dans de continuelles éludes de l’art de plaire; elle sut de bonne heure figurer avec grâce dans ces mascarades puériles qui aidaient les puissants du siècle à conduire à leur fin des journées vides et sans emploi; elle apprit à séduire les yeux et à encourager les hommages; elle apprit à écouter les adorations des hommes, avant l’âge de les comprendre; elle apprit surtout à exciter par ses succès l’envie de ses jeunes compagnes, non pas cette envie d’émulation qui naît du sentiment de ce qui est bien et qui double le désir d’y atteindre, mais cette jalousie haineuse qui s’indigne de voir un autre marcher plus rapidement au but commun; car la beauté même et les grâces personnelles n’étaient estimées que comme des moyens pour acquérir et avancer. Parmi les haines d’envie qu’Anne Boleyn excita quand elle revint dans son

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