‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 29 sur 86 · FEMME DE HENRI VIII · texte numérisé non relu

FEMME DE HENRI VIII

voix du pape, acheta celle des universités catholiques. Le divorce fut prononcé, et Anne Boleyn , pour prix de sa jeunesse, livrée à un homme plus vieux que son père., reçut le titre de reine, que, depuis sa première enfance, elle avait appris à envier.

Son père, satisfait jusqu’alors de la faveur dont il jouissait, s’irrita et devint mécontent, parce qu’il n’obtint point un accroissement de fortune proportionné à l’élévation de sa fille; le chagrin qu’il en ressentit fut tel qu’il s’éloigna de la cour, laissant celle qu’il devait protéger à la merci des ennemis nombreux que son nouveau rang lui créait. Parmi tous les parents de la nouvelle reine, il n’y en eut qu’un seul, un de ses frères, qui garda quelque affection pour elle : les autres la détestaient par envie, ou l’accusaient amèrement des mécomptes de leur ambition. Elle-même, dans le premier mois de son prétendu triomphe, se vit humiliée, sous son dais de pourpre, par un pauvre frère franciscain, qui, dans la chapelle même de Henri VIII, et en sa présence, reprocha à ce prince d’avoir rompu sa foi envers une épouse fidèle. Tous les moines de cet ordre furent bannis de l’Angleterre; mais leur bannissement ne put effacer le remords du cœur du despote, et la rougeur du front de sa compagne. Des gens de rien, qui ne craignaient pas la mort, répétèrent plus d’une fois cet outrage à celle qu’ils appelaient usurpatrice, et lui assaisonnèrent d’amertume les mets de la table royale : son âme douce s’aigrit peu à peu : elle conçut une haine lâche et injuste contre celle dont elle occupait la place , contre la pauvre Catherine, retirée au fond d’un cloître et désabusée des pompes du monde ; elle souhaita la mort de cette femme, qu’elle avait aimée autrefois, et qui l’avait beaucoup

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