SUR L’ANCIEN ESPRIT
parce qu’à la force matérielle elle joignait la force logique, et pouvait argumenter de son droit en même temps que de sa fortune. Chose déplorable et pourtant conséquente, les villes qui avaient payé de leur sang et de leur or le droit d’être exceptées de l’ancienne 'sujétion furent revendiquées par la nouvelle, à ce titre qu’étant logique, c’est-à-dire universelle dans le temps et dans l’espace, elle n’admettait ni prescription ni réserves. Les légistes du tiers-État, avocats, juges, conseillers, furent contraints, sous peine de mentir à leurs propres maximes, de poursuivre et de condamner juridiquement la liberté des cités et des communes, patrie de leurs pères, boulevard de leur nation contre toutes les tyrannies. Ce fut l’un des plus beaux caractères, l’un des plus grands talents de cet ordre, ce fut le chancelier de l’Hôpital, qui signa l’ordonnance rendue à Moulins, en 1570, par laquelle furent confisquées, au profit du roi, la justice civile, l’administration élective, toutes les libertés de cent villes de France. Ce grand homme dut souffrir beaucoup sans doute quand il lui fallut céder ainsi à la tyrannie d’un faux principe : car c’est sous ce joug, bien plus que sous celui de la corruption , que plièrent les gens de loi , qui dans l’intervalle du xiv* au xvii® siècle, anéantirent par des arrêts tout ce qu’il y avait dans notre pays d’indépendance individuelle, soit nuisible, soit inoffensive. Les juges, chargés de poursuivre l’exécution de la funeste ordonnance de Moulins, souffrirent que les villes plaidassent pour la défense de leur liberté. Celles qui purent prouver par des pièces que cette liberté leur était acquise à titre manifestement onéreux furent exceptées de la sentence qui en dépouilla les autres : fait remarquable, qui atteste que l’idée de la justice, dans l’es-