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DES LÉGISTES FRANÇAIS

Mais, dans l’année 1814, se réveilla tout à coup la révolution française. Sortie du bourbier de l’empire, la France libérale reparut aux yeux, brillante et jeune, comme ces villes que nous retrouvons intactes après des siècles, quand nous avons brisé la couche de lave qui les couvrait. L’Ame de cette France renaissante passa dans le barreau français et dans les écoles de droit, si longtemps sans couleur et sans vie. Cette vie nouvelle a produit en foule, depuis cinq ans, des ambitions généreuses, de nobles efforts et des réputations nationales. Le dogme de la sainteté de la liberté humaine a retenti devant les tribunaux et dans les chaires; quoiqu’il y ait été démenti par plus d’un arrêt, toujours a-t-il pris possession d’un terrain qu’il ne cédera plus.

Le Journal général de Législation et de Jurisprudence nous semble une inspiration de l’esprit profondément vrai et généreux qui doit être un jour l’esprit de corps de tout l’ordre des légistes de France. Rédigé par des magistrats patriotes et par de jeunes avocats d’un talent déjà célèbre, cet ouvrage peut être considéré comme le centre et le point de ralliement des doctrines diverses, soit de droit général, soit de jurisprudence particulière, qui composeront la grande doctrine de la nouvelle école judiciaire. A ce titre, il sera utile aux étudiants, et il ne sera point sans fruit pour le public, qui a besoin d’un appui fixe, dans l’état faux où nous nous trouvons aujourd’hui, placés que nous sommes entre la liberté que nous voulons et des lois faites sous l’esclavage.

YII

SCR LA PHILOSOPHIE DO XVIII e SIÈCLE ET SÛR CELLE DU XIX*.

A propos de l'ouvrage de M. Garai, intitulé : Mémoires historiques sur la rie de M. Suard '.

Une haine acharnée, une haine implacable, une haine que l’histoire inscrira parmi les aversions célèbres, est celle des nobles d’aujourd’hui contre la philosophie du dernier siècle. A voir la véhémence de cette aversion, on la croirait antique; on la prendrait pour une de ces inimitiés héréditaires qui se transmettaient en grandissant, d’une génération à l’autre; il n’en est rien cependant : les pères de presque tous nos nobles, bien plus, un grand nombre d’entre nos nobles eux-mêmes, furent les disciples serviles et les prôneurs effrénés des philosophes : en se déchaînant contre les philosophes, ce sont leurs maîtres qu’ils renient. Et plût au ciel que les penseurs du xvm* siècle n’eussent point été l’objet de leurs indiscrètes affections; plût au ciel que des fauteuils dorés n’eussent point été les premiers bancs de cette école; elle eût été bien autrement grande, si elle eût été populaire; les semences de raison que ses fondateurs répandaient, au lieu de languir à demi étouffées dans la poussière des salons,

1 Censeur Europieu, (820.

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