ET SUR CELLE DU XIX
auraient fructifié largement au sein de la terre forte du bon sens plébéien et de la conviction nationale.
En 1789, la nation, agitée par le vieux ferment d’insurrection qui couvait sous la terre de France depuis que l’anéantissement des villes libres avait rallié tout le pays dans le besoin d’un commun effort , la nation se leva et somma la philosophie (puisqu’on disait qu’il y en avait une ) de lui donner un état social à la fois plus juste et plus digne. La philosophie, qui, des écrits où elle était née, avait passé dans les cercles frivoles, et qui s’était arrêtée là, entre les mains de commentateurs en jupe de cour et en veste brodée, ne put donner une réponse assez profonde ni assez complète. La nation , une fois ébranlée dans sa masse, ne put se rasseoir ; force fut à la révolution de se faire; et elle se fit comme elle put. Appuyée sur la base flottante de quelques axiomes vagues et de quelques théories mal achevées, elle trébucha au premier choc; du moment qu’on la sentit chanceler, les têtes se perdirent , et l’on devint cruel par effroi. La France fut ensanglantée, non point, comme on le prétend mal à propos, parce que les philosophes du xvm* siècle s’étaient fait entendre au peuple, mais parce que leur philosophie ne s’était pas rendue populaire; les philosophes et le peuple n’avaient pu s’expliquer ensemble; une classe d’hommes, raisonneurs par désœuvrement et patriotes par vanité, était venue se placer entre eux. Ces hommes, nés dans une sphère inaccessible au mal comme au bien public, s’investirent de l’emploi de disserter sur ce qu’ils ne pouvaient comprendre; ils établirent dans leurs salons une sorte de monopole des idées morales et politiques, sans véritable besoin de la science, sans véritable amour pour elle , poussés par le désir d’échapper à l’ennui , la