‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 48 sur 86 · SUR L’ANTIPATIIIE DE RACE · texte numérisé non relu

SUR L’ANTIPATIIIE DE RACE

lisation encore imparfaite; vainqueurs et vaincus, maîtres et sujets , ils n’ont vu dans tous qu’un même peuple, dont les uns étaient arrivés de meilleure heure à la liberté et au bonheur, afin de frayer et de montrer la route.

Us appelèrent société, ils appelèrent amitié les services conquis à la pointe du glaive et exigés sans nul retour. « Il y a trois classes, disaient-ils, qui concourent diversement au bien de l’état commun : la noblesse sert par son courage guerrier, le clergé par ses exemples moraux, la roture par le travail de ses mains : ces classes reçoivent de la communauté un salaire proportionné à leurs peines et à leur mérite; la moins favorisée ne doit point envier les autres, ni les autres la blesser de leur orgueil ; toutes s’entr’aident et contribuent en commun pour l’utilité commune.»

Voilà ce que proclamaient, au xvu e siècle, les publicistes du Tiers-État ; pour être accommodants , ils faussaient l’histoire; mais la noblesse rebuta leurs avances, et ses écrivains en appelèrent aux faits contre ces théories indulgemment factices. « Il est faux , dit le comte de Boulainvilliers, il est faux que ce ne soit pas la force des armes et le hasard d’une conquête qui aient fondé primitivement la distinction qu’on énonce aujourd’hui par les termes de noble et de roturier * . Il est faux que nous soyons nobles pour un autre intérêt que pour notre intérêt propre. Nous sommes, sinon les descendants en ligne directe, du moins les représentants immédiats de la race des conquérants des Gaules ; sa succession nous appartient, la terre des Gaules est à nous.»

Lorsqu’en 1814, échappés par. miracle à un grand

boulainvilliers, Histoire de l’ancien gouvernement de la France, tome I, p. 91 , 24. 29, 33, 35, 38, 40, 57, 59, 61, 243, 32*2.

naufrage, soustraits au despotisme que nos propres mains avaient élevé , nous songeâmes à nous reposer tous ensemble dans un établissement social de longue durée, une main amie dressa spontanément le nouveau pacte de l’union française ; elle y inscrivit le titre de noble , ce titre qui avait succédé au titre de franc, comme le titre v de franc à celui de barbare. Par amour de la paix, nul de nous ne réclama contre cette résurrection singulière. Nos écrivains se hâtèrent de détourner nos esprits des faits qui rappelaient le mot de noblesse; la théorie vint encore les envelopper de ses voiles : « Nobilis , disait-on, se dérive de notabilis ; un homme est notable ou noble quand son nom est lié à de grands services ou à de grands exemples; la noblesse, c’est la couronne civique décernée à toute une famille pour les mérites d’un de ses membres. On peut approuver ou blâmer ce genre de récompense , on ne peut pas dire qu’il soit antisocial et contraire à la liberté. » Nous nous égarions ainsi à plaisir dans des hypothèses complaisantes, quand uiîe voix sortie du camp des nobles est venue nous rappeler durement sur un terrain plus matériel : « Race d’affranchis, s’est écrié M. le comte de Montlosier, race d’esclaves arrachés de nos mains, peuple tributaire, peuple nouveau licence vous fut octroyée d'être libres, et non pas à nous d’être nobles 2 ; pour nous tout est de droit, pour vous tout est de grâce 3 . Nous ne sommes point de votre communauté; nous sommes un tout par nous-mêmes 4 . Votre origine est claire; la nôtre est claire aussi : dispensezvous de sanctionner nos titres; nous saurons nous-mêmes les défendre. »

• De ta monarchie française , tome I, p. 136, 149, 133. — 2 Ibid., p 136.

— * Ibid., p. 161. — 1 Ibid., p. 176.

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