‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 5 sur 86 · SUR LE CARACTÈRE DES GRANDS HOMMES, ETC · texte numérisé non relu

SUR LE CARACTÈRE DES GRANDS HOMMES, ETC

paraissait pas assez dans cet ouvrage. Pour donner quelque valeur à cette remarque, il eût fallu citer les endroits précis du livre où l'apparition aurait dû se faire et ne se faisait pas; il eût fallu, pour parler nettement, mettre sous les yeux du public le”, faits altérés ou les circonstances omises. Sans toutes ces précautions, le reproche fait à l’historien est nul; et il semble ne lui avoir été adressé que pour le plaisir de hasarder ce mot pompeux de grande fi (jure , qui est une insulte à la révolution de 1610 et aux révolutions qui ont eu le même sort.

Il n’y a peut-être pas de pays où l’on ait moins lu qu’en France les faits de l’histoire de Cromwell, et il n’y a pas de pays où l’on affirme plus intrépidement que Cromwell est grand. Il ne faut qu’un peu de mémoire pour découvrir d’où nous vient cette opinion consacrée, et qu’elle est pour nous une partie des traditions de l’ancien régime. Dans le temps où l’Anglais Sidney, chaque jour de sa vie, appelait Cromwell tyran, et agissait en conséquence de cette malédiction répétée', dans ce temps-là, le ministre français Mazarin le saluait comme le génie du siècle, et le roi de France Louis XIV se tenait la tête découverte en parlant à ses ambassadeurs 2 . Voilà les opinions imposantes, sans doute, qui ont formé la nôtre. Le jugement de Sidney a disparu devant ces grandes autorités. Qu’est-ce, en effet, qu’un factieux en présence de deux hommes d'Étal? de quel poids peut être la raison de celui qui n’a su que mourir pour la liberté , devant la raison de ceux qui ont su gouverner en paix et longtemps? Sidney, il est vrai , a pour garant de son jugement sur Cromwell la conscience du peuple anglais énoncée par

1 Histoire de C'omwell, éd. de 1819, tome II, p. Î39. — 5 Ibid., p. COI.

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