‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 51 sur 86 · DE JACQUES BONHOMME · texte numérisé non relu

DE JACQUES BONHOMME

corde, de labourer lui-même sa terre pour le profit des étrangers. Le nom de li tus était nouveau pour ses oreilles; il se le fit expliquer, et on lui apprit que ce mot, dérivé du verbe germanique let ou lât , permettre ou laisser, signifiait proprement qu’on lui faisait la grâce de le laisser vivre. Cette grâce lui parut un peu mince, et il lui prit envie d’en aller solliciter d’autres auprès de l’assemblée des possesseurs de son domaine , laquelle se tenait, à jour fixe, en plein air dans un vaste champ. Les chefs étaient debout au milieu, et la multitude les entourait; les décisions étaient prises en commun, et chaque homme donnait son avis, depuis le premier jusqu’au dernier, a maxirno usque ad minimum. '. Jacques se rendit à cet auguste conseil; mais à son approche un murmure de mépris s’éleva , et les gardes lui défendirent d’avancer, en le menaçant du bois de leurs lances. Un des étrangers, plus poli que les autres, et qui savait parler bon latin , lui apprit la cause de ce traitement : L’assemblée des maîtres de cette terre, lui dit-il, dominorum territorii, est interdite aux gens de votre espèce, à ceux que nous appelons liti vel litones, et istius modi viles inopesque personœ 1 2 .

Jacques se mit tristement au travail; il lui fallait nourrir, vêtir, chauffer, loger ses maîtres; il travailla bien des années , pendant lesquelles son sort ne changea guère, mais pendant lesquelles, en revanche, il vit s’accroître prodigieusement le vocabulaire par lequel on désignait sa condition misérable. Dans plusieurs inventaires qui furent dressés en différents temps, il se vit ignominieusement

1 A pmi Script, rcr. gallic. et francic., tome V, passirn,

1 Ibid., Capitulai <a, pussim.

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