‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 52 sur 86 · HISTOIRE VÉRITABLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE VÉRITABLE

paye ont pour premier devoir de faire mon bien, et qu’ils ne sont à proprement parler que les intendants de mes affaires. De ce qu’ils sont les intendants de mes affaires, il s’ensuit que j’ai droit de régler leurs comptes et de leur donner mes avis. Cette suite d'inductions lui parut lumineuse; il ne douta pas qu’elle ne fit le plus grand honneur à sa sagacité ; il en fit le sujet d’un gros livre qu’il imprima en beaux caractères. Ce livre fut saisi , lacéré et brûlé; au lieu des louanges que l’auteur espérait, on lui proposa les galères. On s’empara de ses presses; on institua un lazaret où ses pensées devaient séjourner en quarantaine avant de passer à l’impression. Jacques n’imprima plus, mais il n’en pensa pas moins.

La lutte de sa pensée contre la force fut longtemps sourde et silencieuse; longtemps son esprit médita cette grande idée, qu’en droit naturel il était libre et maître chez lui, avant qu’il fît aucune tentative pour la réaliser. Un jour enfin, qu’un grand embarras d’argent contraignit le pouvoir que Jacques nourrissait de ses deniers à l’appeler en conseil pour obtenir de lui un subside qu’il n’osait exiger, Jacques se leva, prit un ton fier, et déclara nettement son droit absolu et imprescriptible de propriété et de liberté.

Le pouvoir capitula, puis il se rétracta ; il y eut guerre, et Jacques fut vainqueur, parce que plusieurs amis de ses ci-devant maîtres désertèrent pour embrasser sa cause. Il fut cruel dans sa victoire, parce qu’une longue misère l’avait aigri. Il ne sut pas se conduire étant libre, parce qu’il avait encore les mœurs de la servitude. Ceux qu’il prit pour intendants l’asservirent de nouveau en proclamant sa souveraineté absolue. Hélas! disait Jacques, j’ai subi deux conquêtes, on m’a appelé serf, tributaire, ro-

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