ET LA POLITIQUE DES FRANKS. Ï
de ce qu’ils possédaient , dit une ancienne chronique, si ce n’est la terre seule que les barbares ne pouvaient pas emporter ' . »
Telles étaient les relations de voisinage qu’entretenaient les Franks avec les populations gauloises restées en dehors de leurs limites. Leur conduite à l’égard des indigènes des provinces septentrionales n’était guère moins hostile. Lorsqu’en l’année 584 Hilperik, fils de Chloter, voulut envoyer sa fille en mariage au roi des West-Goths 3 ou Wisigoths, établis en Espagne, il vint à Paris et fit enlever des maisons qui appartenaient au fisc un grand nombre d’hommes et de femmes qu’on entassa dans des chariots pour accompagner et servir la fiancée. Ceux qui refusaient de partir et pleuraient étaient mis en prison : plusieurs s’y étranglèrent par désespoir. Beaucoup de gens des meilleures familles, enrôlés de force dans ce cortège, firent leur testament et donnèrent leurs biens aux églises. «Le fils, dit un contemporain, était séparé de « son père, et la mère de sa fille : ils partaient en sanglo- « tant et en prononçant de grandes malédictions : tant de « personnes étaient en larmes dans Paris, que cela pou- « vait se comparer à la désolation de l’Égypte 3 .»
Dans leurs infortunes domestiques, les rois des Franks éprouvaient quelquefois des remords et tremblaient du mal qu’ils avaient fait. Fredegonde , femme de ce Hilpe-
1 «... Prretcr terrain solam, quarn barbari sccum ferre non poterant. » (llugonis Chron. virdun., apud Srripi. rer. gallic. et francic., t. III, p. 356.)
s Ce nom signifie Goths occidentaux ; il provenait de la situa'ion réciproque des deux grandes branches de la population gothique (jus leur ancienne patrie, au nord du Danube. Ce fut l’invasion des Huns qui contraignit cette population à émigrer par grandes masses sur le territoire romain.
3 «...Tantusque planctus in urbe Parisiaca eratut planctuieomparnretur Ægyptiaco. » (Greg. Turon., Uiilor. Francor., ibid., t. Il . p. 2 9.)