‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 70 sur 86 · SUR L’AFFRANCHISSEMENT · texte numérisé non relu

SUR L’AFFRANCHISSEMENT

et des magistrats de leur choix : de temps immémorial, Narbonne, Beziers, Lyon, Marseille et Arles, étaient des villes de communes. Si donc Louis le Gros affranchit, comme on le dit , les villes du nord de la France , et y fonda le gouvernement municipal, il ne fit qu’imiter ce qui déjà existait au Midi; il ne fut pas créateur, il fut copiste. Et encore, le mérite de cette imitation lui appartient-il? C’est une chose fort douteuse. La teneur même des chartes royales répugne à cette croyance. Les chartes disent : J’ai accordé, concessi ; cette clause implique, ce me semble, l’idée d’une sollicitation préalable ; elle laisse douter au moins si le régime libre qui devait faire de la ville ce qu’on appelait alors une commune , si l’imitation du gouvernement des cités méridionales ne fut pas un projet conçu d’abord par les habitants eux-mêmes, puis soumis par eux à l’agrément de la puissance dont ils redoutaient l’opposition ; si, en un mot, la communauté des citoyens n’eut pas l’initiative , et par conséquent la plus grande part dans l’acte qui constitua d’une manière fixe et durable son existence indépendante.

C’est une chose bien singulière que l’obstination des historiens à n’attribuer jamais aucune spontanéité, aucune conception , aux masses d’hommes. Si tout un peuple émigre et se fait un nouveau domicile, c’est, au dire des annalistes et des poètes, quelque héros qui, pour illustrer son nom, s’avise de fonder un empire; si de nouvelles coutumes s’établissent , c’est quelque législateur qui les imagine et les impose; si une cité s’organise, c’est quelque prince qui lui donne l’être : et toujours le peuple et les citoyens sont de l’étoffe pour la pensée d’un seul homme. Voulez -vous savoir au juste qui a créé une institution, qui a conçu une entreprise sociale? Cherchez

DES COMMUNES

quels sont ceux qui en ont eu véritablement besoin ; à ceux-là doit appartenir la pensée première, la volonté d’agir et tout au moins la plus grande part dans l’exécution : is fecit cui prodcst, l’axiome est admissible en histoire comme en justice. Or, à qui profitait le plus, au xii® siècle, le système d'indépendance municipale, d’égalité devant la loi , d’élection de toutes les autorités locales, de fixation de toutes les redevances , qui faisait qu’une ville devenait, suivant le langage du temps, une communauté ou une commune 1 ? A qui, sinon à la ville elle-même? Était -il possible qu’un roi, quelque libéral qu’on le suppose, eût plus d’intérêt qu’elle à l’établissement d’institutions qui devaient la soustraire, sous beaucoup de rapports , à l’action de la puissance royale ? La participation des rois de France au grand mouvement social d’où naquirent les communes n’a dû être et ne fut réellement qu’une sorte de non -résistance, plus souvent forcée que volontaire.

Dans les vieux murs démantelés des antiques cités gallo-romaines enclavées dans la conquête des Franks, vivait une population qui n’avait pu être asservie et partagée avec la terre, comme la population des campagnes. Les conquérants l’avaient frappée au hasard d’impôts levés sur les rôles de la capitation impériale, ou sur de nouveaux rôles arbitrairement dressés. Elle s’était conservée péniblement au milieu de la violence et des exactions des barbares, se nourrissant de son industrie, des restes de l’industrie romaine qu’elle exerçait sans concurrence , à cause de la vie oisive et orgueilleuse des vainqueurs.

1 Voyez la formule des droits de commune : Scabiriatus, collegium, majoratus, sigillum, campana, berfredus cl jurisdicUo. ( Ducange, Clôt», ud Scriiit. mal. cl tnflma: lutinit., sub bis verbis.J

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