COUP D’ŒIL SUR L’HISTOIRE D’ESPAGNE
tation laissée à ceux qui n’avouaient pas le droit des conquérants sur la demeure de leurs ancêtres. Resserrés dans ce coin de terre devenu pour eux toute la patrie, Goths et Romains', vainqueurs et vaincus, étrangers et indigènes, maîtres et esclaves , tous unis dans le même malheur, oublièrent leurs vieilles haines, leur vieil éloignement, leurs vieilles distinctions; il n’y eut plus qu’un nom, qu’une loi, qu’un état, qu’un langage; tous furent égaux dans cet exil.
Ils descendirent de leurs côtes escarpées, et reculèrent dans la plaine les limites de leur demeure; ils bâtirent des forteresses pour assurer leur progrès, et le nom de pays des châteaux- resta encore à deux provinces qui furent successivement les frontières du territoire reconquis. Ils firent alliance, pour ces expéditions, avec la vieille race des habitants des Pyrénées, race dans tous les temps indépendante, qui n’avait point cédé à la fortune des Romains, dont elle ne parla jamais la langue, qui n’avait point cédé à la valeur féroce des Franks, dont elle écrasa l’arrière - garde à Roncevaux, qui avait vu le torrent des guerriers fanatiques de l’Orient gronder vainement à ses pieds. Cette union enleva aux Maures, vers le commencement du xn e siècle, les grandes villes de Saragosse et de Tolède; d’autres cités eurent bientôt le même sort. La plus belle partie de l'histoire d’Espagne est l’histoire politique de ces villes, successivement reconquises par la vieille population du pays.
L’égalité qui régnait dans les armées patriotiques des Asturies et de Léon ne pouvait périr par la victoire : ce
1 C’élait le nom que la race gothique donnait à la race espagnole, comme les Franks le donnaient aux Gaulois.
* Caslilla.