COUP D’OUIL
furent des hommes pleinement libres qui occupèrent les maisons et les remparts désertés par la fuite de l’ennemi; ce furent des hommes pleinement libres qui devinrent bourgeois et citoyens. La propriété urbaine et la propriété rurale n’établirent entre les hommes aucune distinction de rang. Le grade ou la considération personnelle ne passèrent point du possesseur au domaine; et nul domaine ne put communiquer à celui qui l’obtint pour son lot des droits sur les terres ou sur les hommes. Personne ne pouvait prétendre d’un autre que le respect de ses droits légitimes; personne ne pouvait arracher des mains d’un autre les armes qu’ils avaient portées ensemble. Ainsi l’homme du fort et l’homme de la ville, le châtelain et le paysan , également libres dans leurs possessions diverses, vivaient en voisins et non en ennemis. Ce n’était pas que, dans ces contrées, les hommes valussent mieux qu’ailleurs ; c’est que là tout s’établissait sur un fond d’égalité et de fraternité primitives : tandis que, dans les pays voisins, les révolutions roulaient au contraire sur la base d’une inégalité absolue, imprimée au sol par les pas de la conquête, et se dégradant peu à peu sans jamais pouvoir s’effacer.
Toute ville repeuplée de chrétiens devint une commune, c'est-à-dire une association jurée, sous des magistrats librement élus : tout cela naquit sans effort, sans dispute, par le simple effet de l’occupation de la cité. Les citoyens n’eurent rien à payer hors la contribution civile; ils n’eurent aucune obligation, hors celle de maintenir leur société et de défendre son territoire. Ils devaient se rallier, dans les dangers communs, au chef suprême du pays; chacun se rendait à l’appel, sous la bannière de la commune; et sous des capitaines de son