‹ Dix ans de journalisme mélangesChapitre 13 sur 25 · HT · texte numérisé non relu

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Pour répondre à cette question, il faut se dégager de tout esprit de parti et se rendre compte avec calme et patriotisme de la situation que les dernières élections ont faite à notre province. Nous admettons volontiers que deux préoccupations principales peuvent empêcher les ministériels du jour de considérer avec faveur l’idée d'une coalition avec leurs antagonistes d’hier. La première est celle de la distribution du patronage. Voilà un quart de siècle qu’ils poursuivent une lutte acharnée au prix de sacrifices réels et de dépenses considérables, sans avoir pu encore obtenir de compensation pour eux-mêmes ni reconnaître les services de leurs serviteurs dévouc.. Ils doivent être en ce moment assiégés par les solliciteurs, et ils sont obligés de leur donner satisfaction autant que possible. C’est là une nécessité à laquelle personne ne peut loyalement leur reprocher de céder. Mais cette nécessité n’est pas une objection réelle, car le parti conservateur ne saurait avoir de grandes exigences dans le partage des faveurs du pouvoir, pour la bonne raison, d’abord, qu’il en a joui quasi jusqu’à épuisement, et, ensuite, parce qu'il est vaincu, non vainqueur. La seconde préoccupation est une conséquence de la première. On dit que nous prêchons l’union parce que,

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défaits complètement, nous ne voyons d'autre moyen d’atténuer notre infortune. Eh tien ! admëttons que telle soit notre pensée secrète : est-ce une raison pour vous de repousser la conciliation ? De ce que nos motifs sont intéressés, s’ensuit-il que vous ne devez ni considérer le bien qui résulterait d’une alliance, ni prendre, pour votre part, une détermination désintéressée ? Le patriotisme conseillerait plutôt de ne point sonder les reins et les consciences, de penser exclusivement à donner à notre province toute la force et l'influence dont elle a besoin dans les conseils de la Confédération pour faire respecter ses droits et ses justes réclamations. D'’ailleurs vous dites que le parti conservateur est en pleine déroute, désorganisé, qu’il n’a pas de chefs. Alors pourquoi refusez-vous de lui donner la main ? Les chefs qui vous inspiraient de l’antipathie sont disparus, et les combattants qui restent n’ont pu que gagner votre estime par la lutte loyale qu’ils ont faite contre vous.

Non, ce ne sont point là des arguments admissibles. L'intérêt du peuple prime l’amour-propre et les susceptibilités personnelles. Il faut avant tout étudier la situation sans autre préoccupation que celle du bien public.

Où en sommes-nous ?

Le fait principal qui doit nous frapper tout d’abord est que les dernières élections donnent une forte majorité au ministère dans la province d’Ontario et dans les Provinces Maritimes. Cette majorité est telle que le Variona/ a dit qu’elle pouvait permettre au cabinet Mackenzie de gouverner sans l’adhésion de la province de Québec. Ce journal ajoutait que le régime de la Confédération assurerait toujours la prépondérance à la province d’Ontario.

Sans nous arrêter à discuter cette dernière assertion, laquelle nous paraît inexacte dans sa généralité, nous prenons acte de l’aveu qu’eile contient du contrôle présentement exercé pat nos voisins, et nous demandons à tous les citoyens éclairés si une tentative qui aurait pour objet de nous soustraire à ce contrôle sans cesse menaçant, ne mérite pas toutes leurs sympathies. Or, il x’y a qu’un moyen d’y arriver, c’est de. nous unir afin d’être en position de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, selon que nous placerons le poids de nos votes.

Il me sera permis de rappeler ici quelques lignes écrites dans la Minerve le 22 décembre 1871. Llles sont une réponse aux journaux qui ont inculpé les motifs qui me font écrire aujourd’hui :

‘S'il faut des partis et des luttes de partis, que ce soit des luttes où le Bas-Canada puisse combattre en phalange compacte. Du moment que l’on met de côté les folles visions de l’annexion qui nous engloutirait et de l’indépendance pour laquelle nous ne sommes pas encore prêts, il y a des bases possibles d'entente. Le parti conservateur obéit à des idées généreuses, il a les yeux ouverts sur les intérêts du pays ; il ne refuse jamais de prendre la meilleure direction. Que l'on réfléchisse bien sur les bienfaits de l’entente et sur les désastres de la division et que l’on nous dise sincèrement ce qu’il faut au pays.

‘ Les partis s’agitent, nous le savons ; nous assistons à :

un travail sourd, perfide. Pourquoi ne pas venir plutôt saisir l’opinion publique des questions sur lesquelles le peuple aura à se prononcer et ne pas mettre le pays en position de savoir exactement quelles sont les prétentions de chacun ? Après cela, ce sera au patriotisme à s'imposer en exigeant des uns et des autres les concessions nécessaires.

‘ Nous avons eu l’occasion de le répéter souvent, il ne faut pas confondre les intérêts fédéraux avec les inté-

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