‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 111 sur 131 · LE PLUS ANGLAIS DES MINISTRES · texte numérisé non relu

LE PLUS ANGLAIS DES MINISTRES

cation de ses facultés un jeu de la politique ;eif d'autre part, il faisait croire aux Anglais, dont il réveillait les jalousies nationales, qu'ils ne pouvaient avoir un défenseur de leurs intérêts plus actif et plus passionné que lui.

Aussi, qu'arriva-t-il? Sa popularité s'accrut au point que, malgré l'extrême répugnance des Anglais à voir s'augmenter le fardeau des taxes, on le laissa dépenser tout à son aise en armements, d'abord 1 200 000 liv. st., puis 1 600 000 liv. st. Cette altitude menaçante plaisait d'autant plus à l'Angleterre, que les dispositions bien connues de Louis-Philippe répondaient au commerce britannique de la continuation de la paix.

Mais l'empressement de lordPalmerston à créer l'occasion de poser, devant l'Angleterre, en champion de ses intérêts ou de son orgueil, ne brilla jamais avec autant d'éclat que dans l'affaire de dom Pacifico. Il y avait quelque chose de ridicule à remuer toute l'Angleterre pour soutenir les réclamations pécuniaires de cet homme, par cela seul qu'il se disait sujet anglais; et il n'y avait certes rien de bien magnanime à mettre pour cela l'épée sur la gorge à un gouvernement aussi notoirement incapable de se défendre que celui de la Grèce. Mais lord Palmerston n'était pas homme à manquer une telle occasion d'émouvoir à peu de frais la fibre nationale. Lui qui, jusqu'alors, avait toujours montré à l'égard de la puissante Russie une déférence prudente; lui qui, plus tard, consentit à présenter au Parlement, contre les réfugiés, un bill dicté par la volonté d'un souverain ayant derrière lui six cent mille hommes, il fut, en présence de ce misérable petit gouvernement de la Grèce, d'une fierté superbe, d'une susceptibilité intraitable. Une flotte anglaise parut devant le Pirée. Dom Pacifico — qui jamais se serait avisé de lui prédire semblable gloire! — fixa un moment sur lui les yeux du monde. La Grèce céda, cela va sans dire. Lord Palmerston triomphait.

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4138 DIX AJi^ jyi^ i'UlSTOUB fi'ANGL^TKRRE.

Soyons juste : tout le monde, en Angletôrre^ ne crut pas la grandeur du peuple anglais attaebée à une victoire de cette naXure; elle ne fut pas plus du goût de Joseph Hume que du go&t de lord Derby (à cet^ époque, lord Stauiey); elle eut dans MM. Cobden et John 6right des juges formidables; elle fut frappée, dans la chambre de$ lords, d'un vote formel de censure. Opposition vaine ! vaine condamnation !

L'arrêt de la Chambre haute fut cassé par U Ghamdbre liasse. Dans le débat, qui dura quatre nuits., l^rd Pal* merston, on doit en convenir, s'était défendu avec une force et une dextérité remarquables: < Noi^ sommes tous fiers de lui, > s'écria sir Robert Peel, soa grand adversaire. Le mot fut répété par tous les échos de l'Angleterre. Un banquet fut donné au protecteur de dom Pacir fico, et son portrait offert à lady Palmerston. Pourquoi non? {{'avait^U pas^ sans dépense 4'boi»fne^ et saj|3 aggravation de taxes, fourni à eh>aqu« Anglais Toecasion de s'appliquer, en portant la této haute, le mis romanw Mum ? Lord John Russell déclara qu'il se félieitait d'avoir pour collègue « un homme qui était, non pas ministre de France, ou d'Autriche, ou de Ru&sie, mais ministre d'»gleterre »•

Ministre d'Angleterre, il le fut sans nul doute, en ee sens que nul ne représenta plus fidèlement que lui, et avec moins de scrupule, les tendances mobiles du peuple anglais, ses passions variables, ses intérêts passagers; mais les intérêts véritables et permanents de l'Angleterre, les intérêts de l'Ai^eterre, dans leur rapport avec le progrès de la civilisation et le bien de l'humanité, lord PaW merston était--il capable de les servir efficacement ? Je réponds sans détour: Non. Il aurait fallu pour cela une hauteur d'intelligence, une élévation de sentiments, m désintéressement moral, une force de conviction nm suite dans les idées, un pouvoir de généralisation, q»i

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étaient absolument étrangers à $a sature. Non seulement il fduvemait au jour le jour, en vue des petites choses du moment, mais il ne coneeTatt pas qu'on pût gouverner d'une autre manière.

Ponr toute politique suspecte de sentîmaitalisiiie il avait une aversion dont il ne se cachait pas.

Il se prononça en faveur de Témancipation des catho* liqnes, au moment où Topinion p^iblique, sur ce point, était devenue impérieuse au pcnnt de vaincre les répû^ gnances, d'abord hautement exprimées, du duc de Wellington et de sir Robert Peel. Il avait cessé, à cette époque, de faire partie de l'administration, et il avait à prendre ses précautions pour y rentrer. Sans cela, il est au moins douteux que les droits des catholiques lui eussent inspiré une sympathie bien active. De fait, lorsque, à la mort de Canning, le duc de Wellington et sir Robert Peel prirent les rênes, aucun d'eux n'était encore converti à la cause de Fémancipation, jusque-là que le premier ministre dédarait subversives de la loi les concessions demandées. Gela c«npêcha-t-il lord Palmerston de rester dans l'administration? Pas le moins du monde. Il n'en sortit que lors* que le duc, par la manière rude et mortifiante dont ii en usa avec M. Huskisson, eut donné clairement à entendre aux canningistes que leur place n'était pas à cèté de lui.

Ministre des affaires étrangères en 4833, lord Palmerston poursuivit avec une énergie louable la répression de la traite des noirs, c'est vrai; mais, même dans cette question, toute d'humanité, ce qui le préoccupa, ce fut un intérêt anglais. Qu'on jette les yeux sur le traité du 30 novembre 1831 et sur la convention supplémentaire du 22 mars 1833, on y verra comment la répression de la traite des noirs fut un moyen d'étendre, au profit de l'Angleterre, l'exercice du droit de visite, c'est-à-dire du droit de vexer notre marine, d'entraver notre com-

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merce, d'humilier nos matelots, de contrôler nos mouvements sur mer. La voie des représailles, dira-t-on, nous était ouverte. Soit; mais à quelle préoccupation, je le demande, se rapportait l'article du traité qui autorisait l'Angleterre à entretenir deux fois plus de croiseurs que la France? Et, s'il ne s'agissait que d'avoir raison de la traite, pourquoi ne pas en appeler, contre une telle infamie, à une croisade de toutes les puissances? Pourquoi ne pas résoudre la question par l'établissement d'une flottille neutre que l'Europe, et non telle ou telle nation en particulier, aurait commissionnée î

A un homme qui a pour principe de n'en pas avoir, et qui fait consister la sagesse d'un politique à gouverner au jour le jour, il ne faut pas demander un plan de conduite tracé avec prévoyance et exécuté avec esprit de suite. Aussi la vie publique de lord Palmerston ne présente-t-elle qu'un tissu d'actes contradictoires. Tory d'abord, et ensuite whig ; ami des révolutions en Belgique, en Espagne, en Portugal ; ennemi des révolutions en Pologne, en Italie, en Hongrie ; adversaire du principe d'intervention en paroles, et toujours prêt à mettre ce principe en action; haïssant les réformes, et chef d'un ministère censé réformiste, combien de causes n'a-t-il pas servies après les avoir combattues, ou combattues après les avoir servies? Qu'on essaye de préciser ce que fut son programme de politique extérieure, on n'y parviendra pas.

Rien de moins logique, par exemple, de moins rationnel, déplus vacillant, que sa politique dans la fameuse question de l'intégrité de l'empire ottoman. Était-il convaincu que l'Angleterre risquerait de perdre à l'occupation de Constantinople par les Russes son influence dans la Méditerranée, ses moyens de communication avec rinde par la Turquie, une partie de l'importance de ses possessions du Levant, et un débouché ouvert à Texpor-

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talion annuelle d'une quantité considérable de produits anglais? Était-il de l'opinion de lord Chatam, disant : « Avec un homme qui ne voit pas l'intérêt de l'Angleterre dans la conservation de l'empire ottoman, je n'ai pas à discuter? ^ Oui; car, nommé premier ministre après la dissolution du cabinet où il avait occupé, sous lord Aberdeen, le poste de ministre de l'intérieur, il mit une vigueur singulière à pousser la guerre de Crimée. Non; car il était ministre au département de la guerre, lorsque, en 1827, l'Angleterre eut l'extrême bonté d'aider la Russie à anéantir la marine turque dans le guet-apens de Navarin. Non ; car il était ministre des affaires étran^ gères lorsque en 1833 l'Angleterre laissa la Russie imposer à la Turquie vaincue, foulée aux pieds, le traité d'Unkiar-Skélessi, confirmation et consécration du traité d'Andrinople, lequel avait, comme on sait, arraché aux Turcs les bouches du Danube ainsi que plusieurs provinces, reconnu l'indépendance de la Grèce, et préparé ainsi ce démembrement de l'empire ottoman.

Quant à l'appui que lord Palmerslon, en 1840, prêta au sultan Mahmoud contre Méhémet-Ali, il n'est pas sûr qu'en faisant bombarder Saint-Jean-d'Acre par sir Charles Napier, et en arrêtant la marche victorieuse d'Ibrahim, il ne se soit pas trouvé jouer le jeu de la Russie. Quel était, en effet, — la question du partage de la Turquie une fois écartée, — le meilleur moyen de ranimer la puissance dont le sultan Mahmoud, par des réformes essayées au hasard, avait tari, sans les renouveler, les anciennes sources? N'était-ce pas d'appeler à Gonstantinople l'homme qui avait accompli de si grandes choses, transformé l'Egypte et mis avec tant d'éclat, tant de succès, au service de sa souveraineté orientale, la science, l'industrie et les arts de l'Occident? Si la Turquie, que le général Sébastian! appelait un cadavre, était impossible par Mahmoud, n'y avait-il pas lieu de la rendre possible par Mé-

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941 DIX A.m i^Ë L'HISTOIRE O'ANGiSTERRE.

hémet-Ali? Le géoie a4iaiai$traUf de Méhémet-Ali, seni par le génie miliUJ-rede sonûU Ibrahim>Q's^atrait-il pas plus efficacemeQt co.ntrUHié, ea protégeant Can^iaatw Qople coiatre les Russes, à lui (nériter ua^ p^u nûeux son surnom de SêimAoul la bien gardée ? ÉtaiVee déjouer les desseins de la Russie, «piie de préférer au SJuUaa son esclave, le viee-roi d'Egypte, son ejiaemi? Je ne parle pas de ee que les progrès de la civilisation semblaient exiger* Vouloir riutégrité de TeuApire ottoman par la resUtuUon de la Syrie au souverain de Coostaptiikople, c'était vou*^ loir rendre à la stérilité, au désordre, aux querelles san* |[lantes des Druses et des Maronites, à la permanence des révoltes dans la montagne, un pays que la Porte s'était montrée absolument incapable d'administrer, et qui avait, au eontraire, retrouvé la prospérité et le calme sous l'ad* ministration dure mais intelligente du vice-roi.

I>u reste^ à quoi bon insister? Quand il s'attachait à écraser le vainqueur de Koniah et de Néj^ib, lord Pal-* merston ne songeait qu'à une chose ; mater la France, cette France avec laquelle cependant il devait plus tard $'allier contre la Russie, dans cette même question d'Oi» fient. Ce qu'il combattait en 1840, ce n'était pas l'in^ fluence des Russes à Constantinople, c'était l'influence des Français au Caire. La preuve en. est dans le traité du 15 juillet 1840, qui appelait l'Angleterre^ la Russie, l'Autriche et la Prusse, à résoudre la question orientale, à rexelusio»n de la France. Si en cela Icu'd Palmerslon <xni avoir Grappe un coup de maître, il se trompait gro^i* «ièrejuenU La suite Ta prouvé. Qu'on rapproche le traité de la quadruple alliance, formé en 1840, de la guerre dç Criittée : sur l'imprévoyance, l'inconsistanee, le peu de portée de la politique palm^stonienne, ee rapprochement dit tout.

Mais la guerre de Crimée a-t-ello du moins enlevé à la Aussie ce qu'elle &vait gagné par la victoire navale de

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