LE PLUS ANGLAIS DETS MINISTRES
Navarin, et Rabaissement de Méhémet-Ali? Bien aveugles ceux qui le croient \ Le résultat le plus net de la guerre de Crimée est Tabolition du droit de visite, entendu dans te sens de la suprématie maritime des Anglais. Le traité de 1856 est là pour démontrer que, si^ devant Sébastopol, rAngleterre a tiré les marrons du feu, ce n'est pas elle qui les a mangés. Les deux parties gagnantes dans la guerre de Crimée ont été le gouvernement français et — chose fort piquante! — la Russie. Pour peu qu'on en doute, on n'a qu'à se rappeler sur quel ton elle l'a pris avec l'Angleterre à propos de la dernière insurrection de Pologne, et avec quel dédain de ce que pourrait en penser lord Palmerston, elle a écrasé les Circassiens. Pourtant, le Caucase est la clef du monde. La puissance qui est en possession du Caucase a un pied dans Constantinople; elle menace directement les Indes. Parer à un tel danger eut été plus nécessaire que d'appuyer, par l'envoi d'une flotte anglaise à Athènes, les réclamations de dom Paeifico ! Mais lerd Palmerston a eu ee rare bonheur que l'ofHnion publique en Angleterre ne lui a jamais sérieusement demandé compte ai de ce qu'il a négligé ni de ce qu'il a eu tort de faire. Quel autre que lui aurait échappé à la responsabilité d'une falsification de dépêches, découverte et démontrée? Il s'agissait cependant ici d'un fait d'une gravité énorme. Non seulement il y avait eu al*tération systématique des documents destinés à éclairer ta nation sur les causes de la guerre de l'Afghanistan, ma»s l'altération avait pour but de masquer les fautes qui avaient amené une expédition où l'or et le sang anglais coulèrent par tous les pores. Eh bien, ce fut en vain que le faux fut dénoncé dans la Chambre des communes; ce fut en vain que les pièces à l'appui furent produites; ce fut en vainque M. Bright prononça, à cette occasion, le plus terrible discours qui fût jamais tombé de ses lèvres éloquentes. Lord Palmerston n*eut, pour enterrer
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la question, qu'à rappeler comme quoi Taffaîre remontait à 1842, et qu*à tourner en ridicule, de son ton le plus dégagé, ceux qui s'amusaient à faire de l'histoire ancienne.
Autre circonstance caractéristique. Peu de personnes en France savent ou se souviennent que la querelle du Danemark avec la Prusse, querelle où, par parenthèse, le cabinet de lord Palmerston a joué un si triste rôle, eut son point de départ dans un protocole qui fut l'œuvre personnelle de ce ministre. Il était, dans ce temps-là (août 1850), chargé des affaires étrangères, sous lord John Russell. Le protocole du 2 août 1852 ayant été signé par lui, en opposition* aux sentiments de la reine, et sans égard aux formalités constitutionnelles, la reine, irritée, écrivit la lettre suivante : « La reine désire : d'abord que lord Palmerston fasse connaître distinctement ce qu'il propose dans un cas donné, afin qu'elle sache au juste à quoi elle donne sa sanction; ensuite, que sa sanction une fois donnée, l'acte sanctionné ne soit pas arbitrairement changé ou modifié par le ministre. Dans un pareil procédé, elle verrait un manque de sincérité envers la couronne, et elle le punirait par l'exercice de son droit constitutionnel de renvoyer le ministre qui s'en serait rendu coupable. Elle demande qu'on la tienne au courant de tout ce qui se passe entre le ministre des relations extérieures et les ministres étrangers, avant qu'aucune décision «importante soit prise. Elle entend que les dépêches lui soient remises en temps utile, et que les brouillons dont elle doit prendre connaissance avant l'expédition des dépêches, lui soient présentés assez longtemps à l'avance, pour qu'elle puisse se rendre un compte exact de leur contenu. La reine juge à propos que lord John Russell montre cette lettre à lord Palmerston. »
La réponse de celui-ci fut : c J'ai pris copie du mémorandum de Sa Majesté, et je me conformerai aux instructions qu'il contient. »
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