IL N'Y A QU'UN ANGLAIS DE MOINS
mer et M. Gladstone ne sauraient être continuellement sur la brèche. Pourront-ils être là, toutes les fois que l'assaut sera donné, toutes les fois qu'il y aura à repousser les attaques d'assaillants tels que M. Disraeli, sir Hugh Cairns, sir E. Bulwer Lytton, AI. Whiteside, le général Peel, M. Henley, M. Walpole?
Il semble donc impérieusement commandé au ministère de se recruter, de se rajeunir. Mais comment?
Outre que lord Russell doit naturellement éprouver une très vive répugnance à renvoyer quelques-uns de ses collègues actuels, sans autre motif que leur insuffisance supposée, les hommes d'État qui pourraient, dans les premiers postes, lui apporter un concours utile, sont bien peu nombreux. Il en est trois que l'opinion désigne, trois seulement : lord Stanley, M. Horsman et M. Lowe. Mais lord Stanley est à moitié engagé dans l'opposition. D'ailleurs, ni lui, ni M. Horsman, ni M. Lowe, ne seraient possibles que dans le cas ou la réforme électorale, dont ils ne veulent pas, serait de nouveau une question enterrée.
Quant à M. Bright, quelle place lui faire dans lo gouvernement d'un pays où son amer et puissant génie de tribun a dénoncé tant de choses qui, selon lui, sont à détruire? Comme le demande avec raison la SaturdayReview, lui offrira-t-on le titre de chancelier du duché de Lancastre, à lui, l'inexorable ennemi des sinécures? Lui donnera-t-on à diriger les affaires de la guerre, ou celles de la marine, ou celles des Indes, à lui qui maudit la guerre, abhorre l'emploi de la force sous tous ses aspects, et ne se lasse pas de flétrir l'esprit de domination et de conquête? Serait-ce le ministère de l'intérieur qui lui conviendrait, à lui l'effroi des gentilshommes campagnards? Ou bien irait-on jusqu'à lui confier les rênes de l'Étal, au risque de voir le cheval prendre le mors aux dents sous un tel cavalier?
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364 DtX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.
Peut-être la place de M. Bright serait-elle marquée à la tête du bureau de commerce (Board of tradé), s'il n'y était déjà représenté en partie par M. Milner Gibson, son ami... Mais non : un homme de la trempe de Caïus Gracchus n'est pas né pour emprisonner dans les obligations de la vie officielle son orageuse intelligence. Au ministère sa coopération paraîtrait plus formidable encore que son hostilité.
Beaucoup de journaux ont recommandé au choix de lord Russell, pour les postes de sous-secrétaires d'État, M. Stansfeld, qui a déjà fourni des preuves de son habileté administrative, et qui possède à un haut degré le don de la parole; M. Forster, qui à un talent oratoire distingué joint l'avantage de représenter, sans que la Chambre en prenne alarme, les aspirations de la classe ouvrière dans le Yorkshire; et enfin M. Goschen, à qui ses connaissances économiques, ses aptitudes financières, une éloquence nerveuse, et le crédit dont il jouit dans la cité de Londres, frayent le chemin du pouvoir. Nul doute que le cabinet de lord Russell n'eût dans ces trois messieurs d'excellents auxiliaires, et, pour m*on compte, j'estime que la force qu'ils apporteraient au cabinet serait, dans les circonstances données, à peu près suffisante.
Rien n'indique, en effet, que l'Angleterre soit à la veille d'entrer dans une de ces périodes d'agitation féconde qui mettent à l'exercice du pouvoir de rudes conditions. Je le répète : il est probable que la mort de lord Palmerston disposera quelque peu les esprits à secouer leur somnolence; mais je ne pense pas qu'il en résulte un mouvement d'opinion bien sérieux. Ceux mêmes qui demandent au ministère de marcher, n'expriment ce désir que dans l'espoir qu'il avancera lentement, bien lentement, à pas comptés, après avoir soigneusement tâté le terrain. Dans son discours de jeudi dernier, au banquet du lord maire, lord Russell a dit que sa politique serait une politique de pro-
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