‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 126 sur 131 · MOUT DE LÉOPOLD, ROI DES BELGES · texte numérisé non relu

MOUT DE LÉOPOLD, ROI DES BELGES

13 décembre.

La Gazette a parlé : il est entendu qu'à partir de demain la cour prendra le deuil. Robe noire, gants blancs, souliers blancs ou noirs, plumes et éventails de Tune ou l'autre couleur,^ perles, diamants, ornements d'or ou d'argent non ouvragé : voilà pour les dames. Les hommes seront en habit de couleur noire, avec épée et ceinturon de même couleur.

Le deuil cessera le 4 janvier procha? J.

Les officiers de l'armée et ceux de la marine, en uniforme, auront à porter un crêpe noir au bras gauche : la reine ne leur demande pas davantage.

• Avis est donné à chacun qu'on s'attend à le voir prendre le deuil pour dix jours.

Ces prescriptions n'ont rien qui ne soit en parfait accord avec ce qui se pratique en Angleterre, toutes les fois qu'un membre de la famille royale vient à mourir, et, en pareil cas, pour qu'on s'y conforme, il n'est pas besoin qu'on appartienne à la cour, il suffit qu'on ait la prétention d'être une personne comme il faut.

C'est assez dire que, bien souvent, on ne revêt ici la livrée de la douleur que sous l'empire de sentiments auxquels le cœur n'a aucune part. Mais, si j'appliquais cette remarque d'une manière trop générale à la circonstance actuelle, je craindrais vraiment d'être injuste. Comment les Anglais auraient-ils pu se défendre d'une émotion

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réelle, à la nouvelle de la mort du roi des Belges? Léopold, c'était un des leurs.

Jeune, il avait combattu, sinon sous leurs drapeaux, du moins pour leur cause. C'était contre leur grand ennemi Napoléon qu'il s'armait lorsqu'il entrait au service de la Russie. Les haines de l'Angleterre, voilà ce qu'il servait indirectement, lorsqu'à Lutzen, à Bautzen, à Ulm et àLeipsig d'abord, puis à Brienne, à Arcis-sur-Aube, à la Fère, il marchait, glaive en main, dans les rangs de la coalition. Décoré par le czar de l'ordre de Marie-Thérèse, alors que les souverains alliés avaient le pied sur Paris, il considéra comme la plus précieuse récompense de ses services l'honneur de les accompagner en Angleterre. Il ne se trompait pas : cette visite lui valut un trône.

Ce fut alors, en effet, qu'il attira l'attention et toucha le cœur de la jeune princesse de Galles : sûr moyen de se concilier les sympathies puissantes qui, plus tard, le firent roi des Belges.

Aussi ne quitta-t-il l'Angleterre qu'avec regret, quand Napoléon, en s'échappant de I*ile d'Elbe, ralluma la guerre. La paix n'était pas plus tôt de retour, qu'on le voyait se hâter de nouveau vers Londres.

Il avait alors vingt-cinq ans, était bien fait de sa personne, et jouissait d'une réputation de soldat vaillamment conquise. Était-ce assez pour lui donner le droit d'aspirer à la main de la fille du prince régent, Chariot te-Aus:usta? Il s'exprimait en anglais d'une façon à peu près inintelligible; il passait pour avoir des habitudes d'économie fort peu en harmonie avec l'idée qu'on avait, en ce temps-là, des devoirs des grands, et il vivait, dans Highstreet, Saint-Marylebone, au second étage d'une maison de très chétive apparence, qui aujourd'hui est occupée, je crois, par un fruitier. De là au trône -de la Grande-Bretagne, héritage prévu de la fille unique du prince régent, la dis-

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