‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 127 sur 131 · MORT DE LÉOPOLD. ROI DES BELGES. 4C · texte numérisé non relu

MORT DE LÉOPOLD. ROI DES BELGES. 4C

tance paraissait considérable. Beaucoup trouvèrent que cet aventurier allemand visait trop haut. Il n'était guère aimé, d'ailleurs, du père de la princesse Charlotte, qui lui aurait préféré comme gendre le prince d'Orange. Et cependant, le 14 mars 1816, lord Liverpool apportait à la Chambre des lords un message du prince régent, qui annonçait à Leurs Seigneuries comme quoi un mariage venait d'être conclu entre la princesse Charlotte et le prince de Saxe-Cobourg. Ajoutons que, d'un bout à l'autre du royaume, l'événement fut célébré avec le plus vif enthousiasme. Pourquoi? Parce qu'il n'y avait presque rien dans le prince allemand qui ne fût anglais. Sa physionomie calme, ses manières réservées, la dignité de son maintien, la simplicité de son costume, le tour de ses idées, la circonspection de son caractère, tout cela portait le cachet britannique.

Vous vous rappelez ce qui advint, et comment mourut, le 6 novembre 1817, la jeune femme sut qui reposaient tant d'espérances, et comment, sans cette mort inattendue, le rôle de prince consort, qui a depuis appartenu au prince Albert, aurait appartenu à Léopold.

Devint-il pour cela étranger à l'Angleterre? Non. Naturalisé Anglais, admis au sein de la famille royale, et, avec le titre d'altesse royale, reçu à porter les armes de la Grande-Bretagne, il put continuer à regarder l'Angleterre comme sa patrie adoptive, et même, dans le cas où la main de la princesse Charlotte aurait relâché les liens qui l'unissaient à la nation anglaise, ces liens n'auraientils pas été renoués, quelque temps après, par le mariage de sa sœur avec le duc de Kent, père de la reine actuelle?

Aussi qu'arriva-t-il lorsque, en 1830, brisant le joug de la Hollande, les Belges crurent avoir besoin d'un roi? Léopold fut le candidat de l'Angleterre presque plus que le duc de Nemours n'était celui de la France, dont Louis-

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Philippe, en cette occasion, représenta bes|ucoup moins bien l'opinion, en refusant la couronné offerte à son fîls, que lord Palmerston ne représenta l'opinion de l'Angleterre, en faisant donner cette couronne à l'oncle de Victoria.

Roi des Belges, Léopold fut plus que jamais l'homme de TAngleterre. C'est à peine s'il aurait pu être utile aux Anglais sur le trône de Grèce qu'il avait refusé; mais, sur le trône de Belgique, il leur était absolument nécessaire. Ils purent, du moins, le croire.

Dans le camp des tories, on a longtemps nié et l'on nie encore que lord Palmerston ait fait preuve de sagesse, au point de vue des intérêts de l'Angleterre, en prenant sous son patronage la révolution belge de 1830. C'était, disent-ils, aller contre l'esprit et le but des traités, qui avaient coupé court à la carrière de Napoléon ; c'était affaiblir la digue opposée alors aux débordements de la France ; c'était exposer la c balance des pouvoirs » à de nouvelles et orageuses oscillations. Il est certain que lorsque, en 1814, les alliés vainqueurs créèrent le royaume des Pays-Bas, ce fut dans l'espoir que la Belgique et la Hollande unies seraient capables de tenir en échec, au nord, l'ambition de la France. Le faisceau une fois brisé, adieu cet espoir! La Belgique, abandonnée à ses propres forces, serait-elle en état de remplir une fonction européenne qui aurait mis à une rude épreuve sa puissance et son énergie, même si elle avait continué de ne faire qu'un avec la Hollande? Voilà ce que, suivant les tories, lord Palmerston aurait dû se demander.

Quoi qu'il en soit, dès que l'indépendance de la Belgique était reconnue, il importait à l'Angleterre d'avoir là un homme à elle. Cet homme fut Léopold.

Et il lui fut d'autant plus facile de jouer, comme roi des Belges, le rôle qui le rendait cher aux Anglais, que ce rôle s'accordait à merveille avec les devoirs de sa posi-

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