‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 31 sur 131 · MORT DE RICHARD GOBDEN · texte numérisé non relu

MORT DE RICHARD GOBDEN

se méprendre, ne cessa de le protéger. On lui pardonna toujours sa généreuse ardeur à préparer Tavenir, en considération deis avantages, aisément appréciables, matériels, palpables, dont le présent lui était redevable. Le libre échangiste en lui demandait et, jusqu'à un certain point, obtint grâce pour Tennemi systématique du meurtre en ;grand.

Mais, d'un autre côté, ses succès d'avant 1846 et de 1846 durent naturellement lui rendre plus sensible son impuissance radicale à faire accepter la dernière partie de son programme. De quel serrement de cœur ne dut-il pas être saisi, lorsqu'il vit traiter de rêveries creuses ses aspirations les plus chères; lorsqu'on mit presque en doute son patriotisme, parce qu'il protestait contre les dépenses militaires, les forts, les canons, les attitudes martiales, et tout ce qui nous montre les gouvernements courant à la poursuite de la paix, Tépée au poing! Lorsqu'il s'entendit accuser en face d'être un rêve creux, un utopiste, lui qu'on avait proclamé, et qui se savait l'homme pratique par excellence ! Il n'avait pas reçu, lui, dès ses premiers pas dans la vie active, la fortifiante discipline que donnent à subir aux utopistes les dédains ou les attaques de l'opinion ; il n'avait pas pu s'accoutumer de bonne heure à être méconnu ou vilipendé ; la popularité l'avait tout d*abord porté dans ses bras ; l'éducation de la sérénité lui avait manqué.

Voilà ce qui explique les emportements auxquels il était devenu sujet, et les accès de découragement dont il ne lui fut pas toujours possible de se défendre; témoin l'envie qu'il manifesta d'abandonner la vie publique, après son inutile croisade contre la guerre de Crimée.

De fait, quel étonnement pouvait être plus douloureux que le sien, lorsqu'il lui fallut savoir qu'il prêchait maintenant dans le désert? Était-ce lui qui avait changé? était-ce la nation à laquelle il s'adressait? u'était-il plus V. 7

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no DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.

ce Cobden qui, du rappel des lois sur les céréales, si timidement et si vainement demandé avant lui par M. Charles Williers, avait fait une question formidable? n'était-il plus ce Cobden dont la voix avait éveillé tant d'échos, dont le peuple avait béni Tinfluenec, et auquel il avait suffi, pour être le héros de la classe moyenne aussi bien que du peuple, d'écrire sur le drapeau de l'agitation : « Le pain à bon marché ! » Quels jours que ceux-là ! Jamais, peut-être, mortel n'en connut de semblables.

Ce n'est pas que la lutte n'entraînât de rudes fatigues et de sérieux périls. Lorsque l'Anti-Corn-Law-League se forma en 1838, le système protectionniste était fortement appuyé par les deux Chambres, par tous les chefs de parti de quelque autorité, par la puissante classe des landlords, par Tuniversalité des fermiers.

11 n'y avait qu'un cri dans le camp des conservalistes sur l'immense folie de toucher à un régime dont la suppression ne pouvait manquer, à les entendre, de tuer l'agriculture. Parmi les wighs eux-mêmes, beaucoup étaient contre un changement. Lord Melbourne ne se cachait pas pour dire qu'il n'y avait qu'un insensé qui pût vouloir le rappel des lois sur les céréales. Lord John Russell, qui finit par se rallier à cette mesure, commença par la combattre. Elle avait à vaincre l'opposition d'un parti qui ne comptait pas moins de cent voix de majorité, dans la Chambre des communes, qui dominait complètement la Chambre des lords, et que conduisait au combat le premier des hommes d'État de cette époque. Il n'était pas Jusqu'aux efforts de M. Poullett Thompson, de M. Charles Williers et des autres avocats du libre échange, qui ne prouvassent, par leur stérilité, combien les obstacles à surmonter étaient considérables. Nul doute qu'il ne fallut à Cobden, pour les affronter, un grand fond de courage et une conviction d'airain.

Heureusement c'est ce qu'il possodail. Le S/^r raconte

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