‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 33 sur 131 · MORT DE RICHARD GOBDEN · texte numérisé non relu

MORT DE RICHARD GOBDEN

le demande, sinon à rendre l'Angleterre indifférente aux attentats qui pouvaient 3e commettre en dehors d'elle.

Cette politique serait celle de l'égoïsme; elle serait aussi celle de l'amoindrissement. Les Anglais l'ont bien senti. Non moins que Cobden, ils avaient horreur de ce militarisme, qu'avec tant de véhémence il dénonçait devant eux; non moins que lui, et j'ajoute avec autant d'exagération que lui, ils prisaient ce génie du commerce dont il se plaisait tant à leur vanter la supériorité; mais, quand il semblait leur demander de n'être que des gens d'affaires, il les humiliait sans les convaincre.

Et puis — j'ai eu déjà occasion de le dire, si j'ai bonne mémoire — il était étrange de voir l'apôtre du Free Trade se faire l'apôtre du système absolu de nonintervention. Comme s'il n'avait pas, lui, plus que personne, travaillé à rendre l'isolement politique de chaque peuple impossible, en poussant à l'engrenage des intérêts! comme si le libre échange n'était pas, de sa nature, l'instrument de la solidarité humaine ! comme si l'extension du commerce, si chère kViWmiTe Free Trader ^ n'amenait pas forcément les diverses fractions de la famille universelle à vivre d'une même vie ! comme si ce résultat, enfin, n'était pas servi par ces puissances dont Richard Cobden ne nia jamais la légitime domination : Félectricilé, la vapeur, les chemins de fer, toutes les inventions de la science moderne!

Si j'avais à compléter cette appréciation critique, je dirais que le grand homme dont l'Angleterre porte le deuil, n'était pas assez touché des avantages de la culture intellectuelle ; qu'il n'accordait pas à l'influence de la littérature et des arts la part qui leur est due ; qu'il envisageait trop les choses au point de vue de l'intérêt commercial et de la prospérité matérielle. . . Mais quel grand homme a jamais été complet? Il suflità la gloire de celui

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Mi DIX ANS I>B L'HISTOIRE D'A.NGLETERRE.

qui vient de mourir qu'il ait été un des taeilleurs a de son espèce i>. Car en lui le génie se mariait à la bonté. Toutes les vertus de l'homme privé lui étaient échues en partage et il avait tous les genres de désintéressement comme tous les genres de courage. Semblable en cela à son puissant émule M. Bright, jamais il n'hésita, quand sa conscience l'ordonnait, à braver en face, à gourmander, à flétrir l'opinion publique, dans un pays où l'opinion publique est si impérieuse et si prompte à s'irriter. Honneur à sa mémoire !

La France, qui lui doit le traité de commerce, portera son deuil, elle aussi. Mais que dis-je î la mort de Richard Cobden est une perte pour tous les peuples. Quand un tel homme meurt, c'est un flambeau qui s'éteint. Or les flambeaux sont aujourd'hui aussi nécessaires que rares ^ car elle est bien profonde encore la nuit qui couvrç le monde, et nul ne peut prévoir le moment où il fera enûa grand jour parmi les hommes.

COMME ÛUOI RICHARD COBDEN^ ET JOHN BRIGHT ÉTAIENT NECESSAIRES L'UN A L'AUTRE.

6 avrfl.

La mort de Richard Cobden est ici la grande préoccu-» pation du moment. Pas un parti qui ne ressente amèrement la perte qu'en le perdant l'Angleterre vient de faire.

Il reste, il est vrai, pour continuer son œuvre, l'homme avec qui il l'a commencée et dont il n'avait ni la culture intellectuelle, ni la sauvage énergie, ni l'éloquence. Mais,,

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