‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 42 sur 131 · UNE NOUVELLE A VÉRIFIER · texte numérisé non relu

UNE NOUVELLE A VÉRIFIER

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Voici une nouvelle qui n'a pas encore transpiré dans le public, dont je ne trouve aucune trace dans les journaux de ce matin, mais que je tiens d'un personnage auquel sa haute position donne les moyens d'être bien renseigné sur les choses de la politique et sur se qui se passe dans les coulisses de la diplomatie.

Frappé de la prise de Richmond, inquiet des conséquences que la soumission, désormais inévitable, du Sud doit avoir sur le sort du nouvel empire mexicain, et convaincu que la grande république américaine, quitte de la guerre civile et débarrassée de l'esclavage, sera plus en* treprenante, plus ûére, plus puissante que jamais, Napoléon aurait soumis au gouvernement anglais, par Tinter* médiaire de lord Cowley, l'idée d'une alliance spéciale, en vertu de laquelle il s'engagerait à défendre, au besoin, le Canada, à condition que l'Angleterre prendrait, de son côté l'engagement de prêter main-forte, s'il le fallait, aux Français dans le Mexique.

Si cette suggestion arrive à l'importance d'une proposition formelle, je doute fort que l'offre soit acceptée.

D'abord, ainsi que j'ai eu souvent occasion de vous le dire, le gouvernement anglais n'a aucune confiance dans les Tuileries. Il regarde tout projet venant de là comme un piège, et cette disposition d'esprit est particulièrement celle de lord RusselL '

Pourquoi s'en étonner? Il est certes bien naturel que

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les hommes d'État d'un pays dont chaque moayement est éclairé par une publicité immense et qui ne peut avoir rien de caché, hésitent à se commettre avec une politique souterraine de sa nature, îndiscutaMe, incontrôlable, irresponsable, sujette aux caprices qu'encourage le ma* niement impuni du despotisme, et dont la loyauté n'est garantie que par l'intérêt d'un pouvoir issu d'un second IS brumaire.

L'Angleterre, d'ailleurs, n'est pas sans savoir par expérience ce qu'il en coûte de se risquer dans de semblables alliances. Qu'a-t-elle gagné à unir ses drapeaux à ceux de l'Empire sur les champs de bataille de la Crimée? Elle y a perdu d'avoir à jouer un rôle secondaire dans le drame guerrier où l'empereur «des Français avait su se réserver le rôle principal ; elle y a perdu de voir le principe de la liberté, qu'elle représente, traîné dans les bagages du militarisme triomphant; et le seul résultat d'une guerre dont le profit pour son allié était incalculable, a été pour elle l'abandon de ce droit de visite que si longtemps, et avec tant de raison, elle avait regardé comme la condition essentielle de sa souveraineté navale.

Peut-être mes lecteurs n'ont-ils pas oublié ce que je leur ai dit des humiliations auxquelles l'Angleterre s'était exposée en comptant sur l'appui du gouvernement français en faveur de la malheureuse nation danoise. Les déceptions qu'elle éprouva en cette circonstance n'étaient que le châtiment mérité d'une confiance dont le résultat de l'expédition du Mexique aurait dû lui montrer plus tôt le danger. On sait que, quand cette expédition fut con* venue entre la France, l'Angleterre et l'Espagne, son but fut déterminé et limité de la manière la plus précise, la plus formelle. Il s'agissait de contraindre le gouvernement mexicain à payer ses dettes, à remplir ses obligations envers les étrangers résidlmt au Mexique; mais^ quant à intervenir politiquement dans les affaires de ce

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pays; quant à changer le régime qui y était établi ; quant à le conquérir enfin et à y disposer, Tépée au poing, de la souveraineté populaire, c'est ce que les puissances contractantes s'interdisaient par un traité solennel. Ce fut sur la foi de ce traité que l'Angleterre consentit à faire partie de l'expédition, et ce fut par suite de la violation de ce traité que l'Angleterre se retira du concert, après une protestation véhémente dont son fidèle allié ne tint pas le moindre compte.

La fable de Bertrand et Raton avait été ainsi transportée dans les régions de l'bistoire, précisément à propos de ce même royaume du Mexique qu'on voudrait aujourd'hui que les Anglais s'engageassent à maintenir à leurs risques et périls. C'est leur demander de tirer les marrons du feu dans la cheminée où il leur est déjà arrivé de se brûler les doigts. Bertrand n'osa jamais attendre autant que cela de la bonhomie de Raton.

D'autre part, il n'est pas aisé de comprendre quel intérêt l'Angleterre pourrait avoir à adopter celte politique d'assurance mutuelle.

La France possède sans contredit une armée extrêmement valeureuse, bien organisée, formidable. Mais cette armée, oh ne saurait la jeter sur l'Amérique comme on la jetterait sur l'Autriche ou la Prusse. Il faut compter avec les distances, avec l'Océan à traverser, avec un gaspillage d'argent dont la seule idée ferait frissonner la France qui travaille et qui paye.

Il importe aussi de considérer que les États-Unis, ayant une épouvantable guerre civile de moins sur les bras, ne sont pas une puissance dont on puisse se flatter d'avoir raison en se jouant. Ils ont montré ce qu'ils savent faire, en matière de grands coups d'épée, ces boutiquiers transatlantiques. £ux aussi, ils s'entendent à pourfendre les gens. L'affreuse lutte à laquelle il vient d'être si heureusement coupé court, a développé chez eux à un degré

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