UNE NOUVELLE A VÉRIFIER
surprenant les plus hautes qualités militaires qu'ait jamais déployées même une nation vouée au culte sanglant des combats. Les campagnes qui ont abouti à la prise de Richmond n'ont rien qui n'égale celles du premier empire. Napoléon I", s'il sortait du tombeau , s'étonnerait de la prodigieuse consommation d'êtres humains qui s'est faite, pendant quatre ans, de l'autre côté de TÂtlantique, et il reconnaîtrait que, sous le rapport de l'extermination réduite en science, l'ancien monde n'a plus rien désormais à envier au nouveau. Depuis que les hommes s'entr'égorgent, on n'avait pas encore vu des batailles, sans cesse renouvelées, durer régulièrement trois jours. Ni à Marengo, ni à Austerlitz, ni à lena, le courage guerrier ne s'était déployé avec plus d'éclat qu'il n'en a jeté à Antietam ou à Murfreesborough.
Dans les annales de l'histoire contemporaine, Chancellorsville, Gettysburg, Chickamangha sont des noms qui ne souffriront pas du voisinage de ceux de Magenta et de Solférino.La fameuse marche de Sherman à travers )a Géorgie est certainement comparable aux plus hardis mouvements stratégiques qui aient jamais caractérisé le génie d'un grand capitaine: et il ne serait pas facile d'opposer à des soldats tels que Grant, Lee, Sherman, Shéridan, des hommes de guerre qui leur fussent supérieurs. L'Amérique, à l'heure qu'il est, se trouve avoir au service de ses desseins ou de sa sûreté une inraiense armée de vétérans, bien commandée, rompue à l'art des combats, éprouvée par des dangers sans nombre, invincible à la fatigue, familiarisée avec la victoire et en commerce avec la fortune.
Ce ne serait donc pas trop de toutes les forces militaires du second empire pour tenir en échec celles dont les États-Unis disposent en ce moment; et, comme la question de l'Océan à traverser est là, comment l'Angleterre pourrait-elle espérer conserver le Canada, s'il était
dbyGoogk
attaqué, grâce à Tassistance de Napdéon III? En aeeeptant cette assistance éventuelle aux conditions offertes,, loin de diminuer ses périls, elles les augmenterait outremesure; car elle s'imposerait l'obligation, terriblement onéreuse, d'entrer en guerre avec les États-Unis, pour peu que le gouvernement de Washington songeât à appliquer au Mexique la doctrine Monroe, et alors méaie que ce gouvernement s'abstiendrait de toucher au Canada.
Il est peu probable qu'elle commette une pareille faute.
S'il est une chose au monde que les Anglais redoutent, c'est une guerre avec l'Amérique. La défaite de Lee, complétée par ce fait qu'il a dû mettre bas les armes, a naturellement rendu cette crainte beaucoup plus vive. Au moment où je vous écris, il n'y a personne en Angleterre qui ne regarde le triomphe du Nord comme définitif, et personne qui ne s'inquiète de l'accroissement de puissance qui va en résulter pour les États-Unis. Aussi commence-t-on à parler d'eux sur un ton de respect dont oa avait étrangement perdu l'habitude. Ouvrez les journaux les plus dévoués jusqu'ici à la cause du Sud, lisez le TimeSy lisez le Daily Télégraphe vous y lirez que Grant est un général de premier ordre, un digne émule de Lee; que les fédéraux ont apporté dans cette funèbre lutte nne intrépidité, une constance, une énergie de volonté qui, autant que le courage chevaleresque des confédérés, méritent d'arrêter les regards de l'histoire ; qu'il y a enfin beaucoup à admirer chez les vainqueurs comme chez les vaincus. Ce n'était pas tout à fait le langage que tenait, â y a quelque temps, la presse sudiste ! Mais n'importe. Il y a lieu de se féliciter d'un changement d'attitude qui,, quel qu'en soit le motif, tend à calmer, en Amérique, des colères dont l'explosion serait calamiteuse pour le monde entier.
Non, les Anglais ne veulent pas d'une guerre avec les
dbyGoogk
ASSASSINAT D'ABRAHAM LINCOLN. \Sf
litats-UniSy et e'est au point que leor grande préoccupation du moment est d'éviter tout ce qui risquerait d'aigrir la situation. Jugez d'après cela s'il est vraisemblable que le cabinet de Saint*James ouvre l'oreille à des suggestions qui multiplieraient entre l'Angleterre et les nitats-Unis les motifs d'éloignement et les causes de rupture.