DÉMISSION DE LORD WESTBURY
pétiteurssi nombreux et si redoutables en. 1863, se trou* vèrenl-ils avoir disparu en 1864? Ce qui est sûr, c'est que l'beureux créancier de M. Richard Bethell put mettre au feu le reçu des 500 liv. st. qu'il lui avait prêtées. Il entra littéralement dans l'administration par une porte, tandis que M. Wilde en sortait par une autre.
A dater de ce moment, l'action se complique.
Profondément irrité des extravagances de son fils, le lord chancelier l'avait naguère forcé de donner sa démission d'un emploi qu'il occupait à Londres. Mais M. Richard Bethell n'avait pas cessé pour cela de compter sur la tendresse paternelle et sur ce que pouvait le dévouement, soit de M. Miller, soit des autres amis de son père. C'était précisément l'époque où M. Edmund était sommé, comme M. Wilde et dans des circonstances presque identiques, de se retirer de la vie publique. Les fonctions que M. Edmund remplissait dans la Chambre des lords étant destinées à M. Slingsby Bethell, frère de M. Richard Bethell, et M. Slingsby Bethell ne pouvant prendre possession de l'héritage de M. Edmund à la Chambre des lords, qu'en laissant vide son poste de greffier de la cour de banqueroute à Londres, n'était-ce point là une admirable occasion de faire quelque chose pour le pauvre M. Richard Bethell? Pourquoi ne pas installer M. Welch à la place de M. Slingsby, et installer M. Richard à la place de M. Welch? M. Welch serait trop heureux de passer de Leeds à Londres, et les deux fils du lord chancelier seraient Tun et l'autre convenablement pourvus.
Ici, un nouveau personnage entre en scène. C'est M. Skirrow. Le surlendemain même du jour où M. Slingsby Bethell était allé occuper son siège de ^ reading clerck», dans la Chambre des lords, M. Skirrow se rendait chez le lord chancelier et essayait de l'émouvoir en faveur de son fils aînéi faiblesse de l'amour paternel ! Peut-être Richard Bethell n'était-il pas, après tout, aussi
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m DIX AKS DE L*HISTaiRE D'ANGLETERRE.
noir qu'on le faisait. Sa femme avait écrit une Lettre doat an n'avait pu se défendre d'être touché* On avait peçn de nouveaux rapports beaucoup plus satisfaifiants qut les premiers. A tout enfant prodigue niifiéricorde 1 Que H. Richard Bethell trouvât moyen lie s'acraiigeriabvidc^^e^ créanciers, et ensuite... on verrait. Lord Westbuty ne promit rien de bien positif; mais M. Skirrow empcufta^de cette entrevue l'espoir que M. Richard Betbell seipait ëans peu greffier de la cour <le banqueroute de Leeds, à b place de M. Welch, qui serait, à sa grande .satisfac^ian, tjransféré à la cour de banqueroute de Londres.
Cet espoir était si complètement paittaigé par M. Ri-» chard Bethell et par M. Welch, ^e le premier l'écvivit en termes formels à M.Miller, qui rédige les nomiiia*tions d'avance, et que le second, but la foi de l'avancemAit promis, ajouta de bonne grâce 300 liv. slerL aux ôOO qu'il avait déjà prêtées à son besoigneux coinfère.
Hélas! rien de plus brutal que la liberté de la presse^ et rien de plus incommode que sa vigilance. C'àait le 22 février qu'avait eu lieu entre le lord chancelier «t M. Skirrow l'entrevue qui avait éveiUé tant d'espérances : le 26, il y en eut une autre, provoquée par lord Westbuary lui-même. Mais, cette fois, quel changement, juste ctell le lord chancelier avait le visage animé, l'œil en feu. Il exprima très amèrement son regret d'avoir écouté, seulement écouté M. Skirrovir: il lui reprocha d'avoir nourri, par un compte rendu inexact de leur conversation, des illusions fâcheuses: il déclara qu'il ne voulait plus enten<dre parler d'une place poui' son fils.
Que s'était-il donc passé entre le 22 et le 26 ? Le népotisme du lord chancelier avait été dénoncé en teiunes véhéments par un journal du samedi : voilà tout.
Tels sont les faits qui, mis au jour par une laborieuse enquête,et exposés en détail dans un rapport qui forme un volume, ont amené l'attaqua dirigée par M. Hunt
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Dâ4fI8SI0Jf D£ bORB WESTBURY. SHr
contre lord Westhury dans U Chambra des communes, et ont donné lieu au vote de censure sous lequel cet habile et puissant ministre a succombé. On ne Ta, pas accusé de s'être rendu cou{>able de concussion, ou même de l'avoir fii¥0iisée sciemment : non, mats on Ta accusé, avec raison, selon moi, d'avoir manqué de cette inflexibilité, de ce désintéressement moral, de cette austère vigilance, ¥6Ptus indispenisabies à l'exercice des hautes fonction^ qui lui avaient été confiées. Nul doute qu'il ne fût devenu le centre d'intrigues et de tripotages indignes ; nul doute que «es parants et ses familiers n'en fussent venus affaire de son iiamense pouvoir un inunense instrument de c(»rn4ption. Geax-là se tromperaient qui negarderaient sa >chutecommele. résultat d'une cause unique : la haine de parU. Ceux-là .se tromperaient plus encore qui compareraient soR«ort à la destinée 'de M. Stansfeld.
11. Stansfeld fut renvetrsé par une véritable manœuvre de-parti, qui non MUlement n'avait rien à voir à la moule publique, «maisNquî en fat la négation la plus andaeiause, et dont m peuvent aujourd'hui s'empêcher de rougir les hommes qui ne rougirent pas alors d'y avoir eu recours. Mais, cette fois, le cas est bien différent. Il est très vrai que le parti conservatiste a saisi avec joie l'occasion de frapper dans lord Westbury un éminent et formidable adversaire; mais ce qui est vrai aussi, c'est que cet adversaire a été réellement blessé au défaut de la cuirasse.
Lord Westbury, du reste, s'était créé beaucoup d'ennemis, ce qui est le propre de tous les hommes de son caractère. Tout plein de la conscience de son mérite, que de personnages influemts sa vanité n'a-t-elle pas humiliés profondément? Sur combien d'orgueilleux n'a-t-il pas^ fait orgueilleusement passer la roue de son char? Non que sa vanité soit, comme celle de lord Brougham par exemple, inquiète, bruyante, nettement agressive, j'al-
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lais dire féroce. Lord Westbury a la sérénité de la force. Il n'a jamais reconnu à ses ennemis le pouvoir de le troubler. Il les dédaigne sans se mettre en frais de colère; quelquefois en silence, mais de façon pourtant à ce qu'ils n'en ignorent. Qu'y a-t-il au monde de plus blessant, qu'y a-t-il de plus insolent que l'insolence polie et calme?
Je m'assure donc que le malheur qui vient d'atteindre lord Westbury sera pour certains un grand sujet de joie : mais, pour la nation, en général, il sera un sujet de deuil. Sans parler des misères que révèle ce voile à demi soulevé ; sans parler de ce que présente d'attristant le spectacle d'un tel homme précipité d'une telle hauteur, lord Westbury a rendu, non seulement à son pays, mais à la cause de tous les pays, des services d'une incalculable portée. J'en rappellerai un seul, parce que celui-là suffit à sa gloire. Nul n'a porté de plus rudes coups que lui à la bigoterie et à l'intolérance. On a dit de lui que, V enfer ayant un jour comparu à son tribunal, il l'avait renvoyé avec dépens. Pourquoi faut-il que, par une condescendance imprudente, quoiqu'elle n'ait été en aucune sorte criminelle, il ait donné à l'enfer la satisfaction de se croire vengé?