LA VIANDE MENAGB DE MANQUER
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« L'époque n'est pas éloignée où vous n'aurez ni viande ni chandelle. Les bœufs qu'on tue aujourd'hui ne donnent pas assez de suif pour les éclairer à leur mort. »
C'est ainsi que le boucher Legendre s'exprimait du haut de la tribune de la Convention, dans le terrible hiver de 1794. L'insurrection royaliste avait, en effet, coupé court à l'envoi de six cents bœufs que, depuis Pâques jusqu'à la Saint-Jeaa, la Vendée fournissait, avant la guerre ; les herbages étaient épuisés ; et, quant à tirer des bœufs du dehors, il n'y Cdlait pas songer. La France, séparée du monde entier par un cercle de baïonnettes, n'avait rien à attendre de l'étranger que la mort.
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L'Angleterre n'est pas placée dans une situatron à beaucoup près aussi tragique; elle n'a d'ennemis en ar« mes ni au dedans ni au dehors ; ses herbagers, comme tels, n'ont aucune raison de se plaindre; et la Hollande, la Belgique, la France, le Danemark, la Suède, l'Espagne, le Portugal, la Russie, la Hongrie se prêtent si bien aux tendances carnivores de John Bull, que, dans le mois de juin, le nombre des bœufs, taureaux, vaches et veaux importés en Angleterre n'a pas été de moins de 93477. Et, cependant, la viande mçnace de manquer.
Comme si ce n'était pas assez de cette longue série d'empoisonnements, d'infanticides, de meurtres de toute espèce, dont nous sommes condammés depuis quelque temps à savourer l'horreur, voilà qu'aux fléaux de Tordre moral viennent s'ajouter ceux de Tordre physique; et, en attendant que le choléra, qui s'avance, attaque les hommes, la peste fond sur les animaux.
Une épizootie, du caractère le plus malfaisant, dont la première apparition date, je crois, du 26 juin, n'a cessé depuis d'exercer ses ravages dans les vacheries de Londres, d'où elle s'est déjà répandue dans Norfolk, dans Suffolk, dans le Shropshire, et d'où elle se répandra infailliblement sur le royaume tout entier, s'il est vrai qu'elle ait la puissance contagieuse qu'on lui attribue, et que, non contente de se communiquer par le contact direct, elle s'attache à tout, là où le bétail qui en est atteint a passé : aux ponts des navires, aux haies, aux routes, aux hangars : « Une affection catarrhale, produisant une humeur purulente qui tend à se faire jour dans toutes les directions, » telle est la définition que donne de celte peste M. John Ganmge, principal du collège vétérinaire d'Albert. Dans le seul mois de juillet, 2 000 têtes de gro6 bétail ont péri. Il a suffi de quelques jours pour faire perdre aux nourrisseurs 30000 livres sterling. Le fléau, selon l'habitude de tous les fléaux,
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