‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 80 sur 131 · LA VIANDE MENAGE DE MANQUER. • 9S · texte numérisé non relu

LA VIANDE MENAGE DE MANQUER. • 9S

à manger du bœuf et du mouton^ fait que raccroissément de la population n'y est pas suivi d'un accroissement proportionnel dans la quantité des comestibles. Notez, en outre, que Tété et l'automne de l'année dernière furent marqués par une grande sécheresse, ce qui eut pour conséquence naturelle d'effrayer les herbagers, de mettre obstacle aux approvisionnements, et de faire hausser le prix de la viande à un taux auquel les bouchers ont fort bien su le maintenir quand la pluie a ramené l'abondance des herbages; — preuve nouvelle, soit dit en passant, que l'équilibre, dans le monde des faits économiques, ne se rétablit pas aussi instantanément et avec autant de précision que le suppose la théorie du rapport de l'offre à la demande.

La viande, en dépit des circonstances qui semblaient devoir entraîner la variation des prix, n'a donc pas cessé d*ètre à la hausse, et c'est ce qui ajoute aux inquiétudes qu'éveille l'épizootie de cette année. L'Anglais n'est pas légumiste de sa nature ; il lui faut une nourriture forte, substantielle. Grand mangeur, il se passerait presque plutôt de bière que de bœuf. Cela est si vrai, que, quand les salaires montant, les bouchers sont les premiers à s'en apercevoir. Si le mal que je décris prenait les proportions que le souvenir de la crise de 1745-1757 fait craindre, il n'y aurait eu certes aucune exagération de la part du professeur Symonds à le désigner sous le nom de calamité nationale.

La chose est d'autant plus à considérer, qu'on s'attend k voir l'extrême dierté de la viande amener la cherté du pain et des autres genres de comestibles par lesquels il faudra la remplacer.

Il y va, d'ailleurs, de la santé publique. On a perdu, dans le quartier dlslington plus de cent cinquante vaches. Eh bien, quand on est allé aux renseignements, il s'est trouvé que, parmi les vaches portées aux équarhsseurs du

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district, aucune ne venait dlslington , d'où la conclusion — c'est le Médical Times qui la tire — qu'on ne se fait point scrupule d'envoyer des animaux malades au boucher, pour qu'il les abatte et livre la viande au consommateur. Comment en douter, au surplus? De diverses saisies, opérées coup sur coup, n'est-il pas résulté qu'une quantité considérable de viande gâtée a été déjà mise en vente ?

Aussi l'alarme est-elle dans les ménages. On achète du mouton, parce que la contagion a, jusqu'à présent, respecté la race ovine ; mais le bœuf est décidément suspect aux yeux de toute house keeper prudente. Le lait, non plus, n'est pas en odeur de sainteté. « Qu'allons-nous devenir, s'écriait dernièrement, sur un ton moitié plaisant, moitié lamentable, la City Press, et de quoi se composera désormais notre dîner? Il y a effectivement lieu de poser la question. Le bœuf, comme je l'ai dit, est suspect ; pour l'agneau, la saison est bien près d'être passée, et, pour le mouton, elle n'est pas encore tout à fait venue; les huîtres sont, à l'heure qu'il est, peu mangeables; le choléra nous défend, quoique de loin, de toucher aux fruits; les légumes exigent l'emploi du beurre et l'innocence du lait n'est pas démontrée. Reste à part le pain, les pommes de terre et les œufs, la volaille... pour ceux qui seront en état de la payer, bien entendu.

Vous rappelez-vous ce qui advint en France, à l'époque dont je parlais au commencement de cette lettre? L'idée s'étant répandue que l'économie de matière alimentaire tournerait au profit des pauvres, des malades et des soldats qui combattaient alors le glorieux mais terrible combat de la liberté, le Comité de salut public, dans la séance de la Convention du 3 ventôse 1794, parla en ces termes : « A Londres, lorsque George arma des escadres pour asservir les États-Unis, il ordonna des jeûnes. Dans ce moment, il y a des jeûnes en Angleterre. Nos pères,

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