‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 11 sur 106 · VII · texte numérisé non relu

VII

rémonie. C'est au point que les Anglais s'étaient mis très monarchiquement à appeler le beau temps le temps de la reine. Eh bien, hier, temps de la reine a cessé d'être synonyme de beau temps. Oui, quelque invraisemblable que cela puisse paraître, il pleuvait au moment où la reine s'estrendue au Parlement; et ce qui aggrave la signification sinistre d'un pareil augure, c'est que, jusqu'à midi, l'intention du soleil paraissait être de rester fidèle à ses habitudes de courtisan. Suétone raconte que, César ayant fait un faux pas et étant tombé par terre, lors de son débarquement en Afrique, ceux qui l'accompagnaient furent saisis de frayeur. Mais lui : c Afrique, je te tiens ! » s'écriat-il aussitôt, comme si ^a chute était le signe qu'il prenait possession de la terre où il venait de mettre le pied. Il tenait effectivement l'Afrique, et il le prouva de reste. Depuis que j'ai lu cette anecdote dans Suétone, je ne crois plus que très faiblement aux présages, et il peut pleuvoir à verse quand la reine Victoria se fait voir à son peuple sans que je m'en inquiète autrement.

Les choses, du reste, se sont passées comme à l'ordinaire... Je me trompe, et peut-être me sera-l-il permis de tout dire, à moi qui ne suis ni Anglais ni naturalisé Anglais.

On ne sait guère sur le continent — grâce au silence respectueux que garde à cet égard la presse anglaise — que la reine Victoria, si digne d'ailleurs du respect qu'on lui témoigne, est sujette, depuis la mort du prince Albert, à certains caprices qui, pour avoir une cause très honorable et même très touchante, n'en sont pas moins singuliers. Exemples : Ne voulait-elle pas, lorsque la princesse Alexandra fit son entrée dans Londres, que la cérémonie du mariage présentât tous les caractères d'une cérémonie de deuil, et cela n'aurait-il pas eu lieu, si le prince de Galles ne se fût énergiquement opposé à ce qu'on attristât le cœur de sa fiancée, en transformant,.

pour elle, une fête nuptiale en une scène d'enterrement? Et, lorsque la mère de la princesse de Galles vint ici voir sa fille, n'eut-elle pas lieu de se demander avec un pénible étonnement pourquoi on ne lui faisait pas Thonneur de lui accorder une hospitalité (bute royale? Voilà ce que je me suis laissé dire, et Ton m'a conté de plus

— je vous le répète tout bas — qu'hier, arrivée au palais du Parlement, la reine a eu la fantaisie, fort peu prévue, de prendre un petit escalier dérobé, alors que sa présence sur le grand escalier était attendue par une foule de personnes venues là — et quelques-unes de très loin

— pour la voir passer et lui rendre hommage. Que ces personnes aient été désappointées, j'en suis sûr;. qu'elles soient mécontentes, je le crains.

C'est à peine ^i j'ai besoin d'ajouter que la reine est venue ouvrir le Parlement en habits de deuil; qu'elle s'est abstenue de lire elle-même le discours de la couronne, ce qu'elle n'avait jamais manqué de faire avant son veuvage, et ce qu'elle avait toujours fait d'une voix argentine, dont les Anglais ne se lassaient pas d'être émerveillés. A lord Chelmsford, en sa qualité de lord chancelier, est donc échu le soin de débiter la harangue d*usage.

Un discours de la couronne irait contre tous les précédents, il violerait toutes les règles, s'il n'était pas vague en certains endroits, d'une insignifiance parfaite en certains autres et uniformément mal écrit : ces qualités conslitutiomielles, le discours lu par lord Chelmsford les possède, ^ sinon à un degré remarquable, du moins en dose suffisante. ] Le discours delà couronne promet d'appeler l'attention *du Parlement sur la grosse question de la réforme électorale : nul ne trouvera. J'espère, cette promesse trop précise, surtout si Ton songe que l'attention du Parlement est depuis longtemps fixée sur cette question, lar quelle agite, en outre, toute l'Angleterre.

Le discours de là couronne annonce des « mesures qui étendront largement- le droit de suffrage, sans troubler mal à propos la balance du pouvoir politique »; nul ne prétendra qu'une rédaction semblable est trop significative.

Le discours delà couronne assure que le cabinet asuggéré aux États-Unis un « mode suivant lequel les questions pendantes entre les deux pays recevront une solution amiable, mode que les États-Unis accepteront, on en a la confiance, dans un esprit correspondant >; c'est bien là le patois de l'occasion, ou je ne m'y connais pas. En fait de galimatias et de mauvais style, les cabinets tories n'ont, paraît-il, rien à envier aux cabinets whigs.

Deux traits, toutefois, assignent à la pièce d'éloquence dont il s'agit un caractère distinctif.

Et d'abord, jamais on n'ouït tant de promesses à la fois. C'est à faire venir Teau à la bouche. On réconciliera le ravail et le capital; — on s'arrangera de telle sorte que, désormais, les patrons seront enchantés de leurs profits,et les ouvriers de leurs salaires; — on donnera aux villes de l'eau pure et en abondance; -^ on fera aimer aux paiipers ces workhouses dont le pain est si amer, que beaucoup d'entre eux aiment mieux mourir de faim que de le manger; — on rendra, chose prodigieuse, la justice plus abordable; — enfin, chose plus prodigieuse encore, on régénérera l'Irlande de façon à satisfaire du même coup , à satisfaire également landlords et tenanciers. Vous le voyez, si l'Angleterre, après cela, boude les tories, elle ne sera vraiment pas raisonnable. Il est vrai que promettre et tenir sont deux. La magnificence de ce programme m'a rappelé le mot de Talleyrand : (( Messieurs, pas de zèle ! »

Un autre trait caractéristique du discours de la couronne est l'esprit de conciliation dont il prêche l'excellence.

Lorsque les tories étaient dans l'opposition, ils ne res-

piraient que combats; ils se lançaient avec délices dans les ironies sanglantes et dans les injures à brûle-pourpoint vils applaudFssaient avec transport à M. Lowe jetant à la classe ouvrière les plus insultants défis; en un mot, ils pratiquaient à qui mieux mieux la tlicorie de leur chef plébéien, M. Disraeli, et semblaient considérer, comme lui, que «l'invective est l'ornement du débat»! Mais^ depuis qu'ils sont au pouvoir, ils ne rêvent que baisers Lamourette. Lisez le discours de la couronne : est-il possible de vanter d'un ton plus pathétique les avantages de la récoïicilialion et les douceurs de la concorde?

Malheureusement, voici de quelle manière ce langage, plein de miel, est interprété par les esprits grossièrement soupçonneux : « Tant que nous ayons eu le pouvoir à conquérir, batailler, c'était à merveille, la guerre étant le chemin qui mène aux conquêtes; mais, maintenant que nous sommes où nous voulions être, vous seriez bien bons, messieurs, de nous y laisser en paix ! »

Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que le parti libéral a cru devoir faire semblant d'être dupe de ces appels tardifs à l'esprit de tolérance, et de prendre au sérieux le c Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie ». Dans la Chambre des communes, M. Gladstone, parlant au nom du parti, a protesté de son culte pour la paix, en termes d'une modération évangélique. Dans la Chambre des lords, à la vérité, lord Russell n'a pu s'empêcher de donner essor à son humeur belliqueuse. Mais le gant qu'il jetait à lord Derby, ce dernier ne l'a pas ramassé, tant les tories désirent qu'on n'en vienne pas aux coups ! Dieu sait cependant si lord Derby est endurant de sa nature, lui que son impétueuse éloquence a fait surnommer «le prince Rupert de la discussion », et qui, à force de fougue, a perdu des batailles parlementaires assez semblables à celles de Marston-Moor etdeNaseby.

Mais alors, comédie que tout cela, direz-vous? Ma foi.

qui sait? A la cérémonie d'ouverture, on remarquait, parmi les assistants, des visiteurs revêtus d'un costume oriental si riche, que les yeux des dames ne s'en pouvaient détacher. « Quels sont ces étrangers? » demandait-on. Quelqu'un répondit : « Je suppose que ce sont des escamoteurs japonais, venus à Londres pour étudier le tour que vont nous jouer les ministres. »

Il est certain que tout ce patelinage ne rime pas à grand'chpse; il signifie simplement, j'en ai peur : < Embrassons-nous et que ça ... commence. » •

20 février.

On raconte qu'un jour Shéridan dit à ses compagnons de table, en leur montrant quelques objets dont il venait de faire l'acquisition : « Devinez de quelle manière je me les suis procurés. Je vous le donne en cent. Je vous le donne en mille. » Ceux-ci se creusèrent longtemps le cerveau; ils passèrent en revue tous les savants procédés au moyen desquels un homme de génie pouvait réussir à avoir des fournisseurs sans les payer. Mais à chacune de ces propositions, Shéridan répondait par ces mots : a Vous n'y êtes pas. j Ils furent obligés de jeter leur langue aux chiens. Alors Shéridan leur dit : « Eh bien, mes amis, ces choses que vous voyez, je les ai acquises en les payant. > Il n'était pas venu un instant à la pensée des compères de Shéridan, qu'un homme tel que jui eût pu avoir recours à une méthode aussi vulgaire.

Ils eurent beaucoup de peine à revenir de leur étonnement.

Non moins étonné, je pense, aurait été le public s'il avait appris que M. Disraeli, ayant à présenter un bill de réforme, avait imaginé, comme le commun des mortels, de présenter un bill de réforme. M. Disraeli tient trop à sa réputation de dextérité pour agir avec cette simplicité primitive. D'ailleurs, on le sait de reste, la réforme parlementaire n'est pas une de ces dettes qu'il ait fort à cœur de payer, surtout en bonnes espèces sonnantes.

Aussi, qu'a4-il fait? D'abord, il s'est enveloppé de mystère. Le maréchal Bénédeck ne couvrit pas les opérations stratégiques qu'il méditait d'un secret plus difficile à pénétrer. Avant la séance de lundi, 11 février, personne, mais absolument personne, ne connaissait les profonds desseins du cabinet. La gent des coulisses ellemême n'avait pas été mise dans la confidence. « Que médite le maréchal Bénédeck? » se demandait-on de toutes parts. L'impatience était extrême, et non sans un mélange de mauvaise humeur; car c'est merveille de voir avec quelle ardeur ceux qui insistaient le plus, il y a un an, pour qu'on renvoyât la question aux calendes grecques, en pressent aujourd'hui la solution; — ce qui, soit dit en passant, tendrait à prouver que les démonstrations servent à quelque chose. On ne s'accommodait pas trop, par conséquent, d'un secret si bien gardé. Mais quelle n'est pas la puissance du mystère? Évidemment, le maréchal Bénédeck mûrissait un plan de campagne qui serait l'admiration du monde.

Cependant, lundi 11 février, l'oracle allait parler. Oh! comme les cœurs battaient! A la Chambre des communes, il y avait foule. On allait donc tout savoir! M. Disraeli arrive, grave et solennel, comme il convient à un homme d'État. Il ouvre la bouche. On écoule. IF

commence par déclarer que la réforme parlementaire ne doit pas être — cela était bon jadis — une de ces questions qui décident du sort d'un ministère. On sourit, sur les bancs de Topposition. Il continue, et rappelle que des bills de réforme ont été proposés, toujours en vain, par « un gouvernement de coalition, sous lord Russell, en 1852 >>; par « un gouvernement conservatiste, sous lord Derby, en 1859 »; par a un gouvernement libéral modéré, sous lord Palmerston, en 1860 », et par « un... un... gouvernement..., sous lord Hussell >. On rit, sur les bancs du ministère. M. Disraeli poursuit. Il remonte vers le passé. Il touche à 1832. Il arrive aux Tudors. Le voilà aux Plantagenets. Espérons qu'il ne nous ramènera pas au déluge. Vous vous figurez bien, n'est-ce pas? l'attitude de la Chambre pendant que,

En mots longs d'une toise, En grands mots qui tiendraient d'ici jusqu'à Pontoise,

on lui parlait du pouvoir dont elle avait été investie il y a deux siècles; et des mérites de la Constitution anglaise, et des défectuosités du régime représentatif, tel qu'on le pratique en France ; et des défectuosités de ce même régime, tel qu'on le comprend à Washington, — de tout ce qu'elle savait enfin, sans lui rien dire de ce qu'elle brûlait de savoir? Volontiers, elle aurait crié à l'orateur, comme Dandin à Petit-Jean :

Venez au fait ! Un mot Du fait !

Mais non : il était écrit que, ce jour-là, elle'ne saurait rien. Toutefois, d'un discours qui avait duré trois heures, elle pouvait conclure :

l"" Que le gouvernement n'entendait pas faire de la réforme une question de parti ;

2^ Qu'au lieu de présenter un bill de réforme, il aurait recours à la procédure inusitée des « résolutions >;

3» Que ces résolutions seraient naturellement très iragues;

4* Qu'il serait loisible à la Chambre de les manier et remanier, de les changer, de les rejeter, sans que le cabinet se crût obligé pour cela de renoncer aux douceurs du pouvoir.

C'était comme si le ministère eût dit à la Chambre :

« Vous attendez de nous un bili de réforme. Parbleu ! messieurs, voilà un beau venez-y totr/ Mais, en premier lieu, vous n'êtes pas gens à ignorer que, nous autres tories, nous avons eu toujours très peu de goût à ces sortes de choses. Et puis, par ce temps de prétentions populaires exorbitantes, et de meetings monstrueux, et de démonstrations qui n'en finissent pas, le mojen d'arranger un bill qui nous contente, qui vous contente, et qui contente le peuple! En pareilles circonstances, nous nous sommes rappelé le sage proverbe : Quand on met la main à la pdle^ il en reste toujours aux doigts. Or, nous sommes bien où nous sommes, et, montés jusqu'au faite, nous n'aspirons nullement à descendre. Nous avons donc pensé que, si vous vouliez bien vous charger de la besogne, à notre place^ tout irait pour le mieux. Alors, en effet, soit que la besogne se fit mal, ou ne se fît pas, à vous la responsabilité. Quant à nous, dociles metteurs en œuvre de vos volontés souveraines, nous aurions joué un rôle peu éclatant, c'est vrai; mais, d'une part, nous resterions nûnistres, et, d'autre part, le peuple, quoi qu'il arrivât, n'aurait pas à s'en prendre à nous. »

Ceci, j'en conviens, est une traduction libre du discours de M. Disraeli ; mais la preuve que cette traduction est la bonne, c'est qu'elle a été faite partout le monde, le public n'étant pas aussi bète qu'on l'imagine.

Le plus curieux, c'est que le texte de ces résolutions,

que M. Disraeli annonçait dans son discours du il février, n'élail publié que le lendemain, tant le ministère tenait à rester le plus longtemps possible dans son nuage.

En est-il sorti, du moins, par cette publication ? Non pas. Il n'y a qu'un cri sur Finanilé du canevas qu'il invite la Chambre à broder, il n'y a qu'un cri sur le vague des treize propositions — car elles sont au nombre de treize — qui vont être soumises à la manipulation parlementaire.

Prenez les deux premières, pour commencer par le commencement : « Cette Chambre est d'opinion :

» 1* Que le nombre des électeurs, pour les comtés et les bourgs en Angleterre et dans le pays de Galles, doit élre augmenté;

» 2® Que le meilleur moyen de réaliser une telle augmentation serait de réduire la valeur de la propriété, qui procure le droit de voler dans les comtés et dans les bourgs, et d'établir de nouvelles franchises non dépendantes de cette valeur. "»

N'est-ce point là parler pour ne rien dire?

Le nombre des électeurs doit être augmenté ! Eh ! sans doute; mais qui prétend aujourd'hui le contraire? Le point essentiel, celui sur lequel les avis différent, celui sur lequel on était impatient de connaître l'opinion du nouveau cabinet, le voici : dans quelle mesure le nombre des électeurs doit-il être augmenté?

Le cens électoral doit être réduit. Eh! sans doute; mais chacun, aujourd'hui, convient de cela : le point essentiel, le point controversé, est desavoir jusqu'où cette réduction doit aller.

Ainsi qu'un journal le fait remarquer plaisamment, le ministère ressemble à une maîtresse de maison à qui Ton demanderait combien de personnes son salon contient, et qui croirait répondre en disant : « J'ai donné une soirée. »

M. DISRAELI fiT LE BILL DE HÉFORltE. 17

Au reste, le vague qui caractérise en général les « résolutions » proposées n'empêche pas qu'il ne s'y soit glissé une assertion si précise, que c'est là son défaut. Où donc le ministère a-t-il pris qu'il était « contraire à la constitution de ce royaume de donner à une seule classe ou à un seul intérêt un devoir prédominant, sur la communauté? 1^ Est-ce que ce pouvoir prédominant, l'aristocratie, en Angleterre, ne Ta pas toujours exercé? est-ce qu'elle ne Texercé pas encore, bien qu'on cherche à nous faire croire que, depuis 1832, il appartient à la classe moyenne? J'ai eu déjà occasion, si je ne me trompe, de signaler le nombre des prétendus commonerSy qui, dans la Chambre des communes, représentent les familles patriciennes. Mais,fùl-il vrai que, depuis 1832, c'est la classe moyenne qui domine, Tassertion contenue dans la classe 3 des « résolutions » n'en serait pas moins ce qu'il y a au monde de plus faux.

La classe 5 mérite une mention particulière. Elle est ainsi conçue : « Que le principe de la pluralité des votes, s'il est adopté parle Parlement, faciliterait l'établissement de la franchise dans les bourgs sur une très large base. »

Que signifie ce principe, inexpliqué, de la pluralité des votes?

La question est-elle de permettre à chaque électeur de reporter tous les votes dont il dispose sur un seul candidat, dans les districts électoraux qui envoient plusieurs députés au Parlement? Ce serait pourvoir d'une manière assurément fort désirable à la représentation proportion* nelle de la minorité, dans les districts où il y a trois députés à élire, parce que, là, les membres d'une minorité formant, par exemple, le tiers du corps électoral^ n'auraient qu'à réunir tous leurs votes sur le candidat de leur choix pour le faire passer. Malheureusement, la plupart des districts électoraux n'envoient à la Chambre que deux membres ou un seul. Le principe de la pluralité

des votes^ entendu de cette façon, manquerait donc de portée.

El il en aurait une sinistre, s'il exprimait l'intention de donner à chaque électeur un nombre de votes proportionné à celui de ses écus. Je ne doute pas que le parti çonservatiste ne trouvât fort ingénieux un procédé qui reprendrait aux ouvriers de la main gauche ce qu'on leur aurait offert de la main droite, et qui reposerait sur cette théorie, éminemment respectable : un faquin en voiture vaut deux, trois, quatre bonnêles hommes à pied; mais je suis sûr que la nation anglaise, prise en masse, n'entendrait point de cette oreille-là,et, s'il arrivait, par impossible, que la Chambre des communes oubliât la maxime : Donner et retenir ne vaut, le peuple, lui, s'en souviendrait I

27 février.

En ce qui touche la réforme électorale, les esprits sont toujouri dans l'attente. Cependant le terme de la gestation ministérielle approche. En substituant à la présentation du bill qu'on attendait une série de résolutions que la Chambre était invitée à discuter préalablement comme moyen de faire connaître ce qu'elle pensait et ce qu'elle voulait, le ministère comptait échapper à toute responsabilité, et garder le pouvoir quoi qu'il advînt; mais la tentative n'a pas réussi. Les résolutions proposées étaient, d'ailleurs, si vagues, si ambiguës! Une vraie tempête de protestations et de cris s'est élevée. Il a donc fallu que

le ministère renonçât au bénéfice de ses grandes opérations stratégiques, le système de résolution est un système mort-né. M. Disraeli a dû prendre l'engagement de présenter sous peu de jours un bill où les vues du cabinet seraient formulées nettement. Il les a même indiquées déjà. Je n'en dis pas, pour le moment, davantage. Il sera temps de peser ce que vaut le projet ministériel, quand la Chambre des communes en sera saisie.

En attendant, j'ai à vous entretenir d'un autre genre de réforme dont un jurisconsulte éminent, sir Boundell Palmer, vient de* proclamer hardiment la nécessité, et dont l'idée me ramène au travail que j'ai commencé déjà. Il s'agit du système judiciaire tels que les Anglais le comprennent et le pratiquent.

Vous avez pu juger, d'après ce que je vous en ai déjà dit, i® que ce système est loin d'être parfait, xjuelquesuns de ses vices — seulement quelques-uns — ont été mis en relief avec beaucoup de force par sir Boundell Palmer, dans la séance de vendredi dernier.

Le premier abus qu'il a signalé se rapporte à l'existence de trois cours distinctes, pour juger les cas .dits de lois communes, savoir : la cour du banc de la reine, la cour des plaids communs et la cour de l'échiquier.

Que chacune de ces trois cours eût une existence séparée, lorsque chacune d'elles avait une juridiction spéciale, on le conçoit ; mais à quoi bon,, maintenant que la loi écrite a effacé ce qu'il y avait de distinctif dans le caractère de leurs fonctions?

Il est vrai qu'à cet égard la loi écrite n'a pas rompu avec la tradition d'une manière absolue. C'est ainsi, par exemple, que la cour du banc de la reine a conservé une juridiction spéciale, exclusive, pour les affaires criminelles et les appels en matière de taxe des pauvres; mais, comme l'a fort bien fait remarquer sir Boundell Palmer, en quoi ces questions sont-elles étrangères à la compé-

ience des juges qui composent les deux autres cours, lesquels ont passé par les mêmes études préparatoires que ceux de la cour du banc de la reine, ont reçu la même éducation judiciaire et possèdent la même expérience? Ne vaudrait-ii pas mieux que les trois cours fussent réunies en une seule, divisée en trois chambres? C'est ce que sir Boundeli Palmer propose; et une des raisons qu'il donne à l'appui est tirée des obstacles que Torganisâtion actuelle oppose à la prompte expédition des affaires. Il arrive souvent, en effet, que, tandis que l'une des trois ^ours manque de besogne, les deux' autres sont surchargées; ce qui apporte dans l'administration de la justice des retards aussi ruineux qu'inévitables et expose ceux qui ont charge de la rendre à voir s'aggraver outre mesuré le fardeau de leurs fonctions. Si les trois cours n'en formaient plus qu'une seule divisée en trois chambres, il est clair que le travail y serait distribué d'une façon beaucoup plus égale, au grand avantage des magistrats et des plaideurs.

Du reste, même alors, il resterait quelque chose à faire peur alléger les cours supérieures de loi commune, dont chacune se compose seulement de cinq juges, y •ifompris le président. Aujourd'hui, elles ont à juger une foule de causes qui pourraient tout aussi bien être portées devant les cours de comté. Il serait facile de remédiera cet abus, soit en traçant avec plus de précision la limite des compétences, soit en n'allouant pas les dépens au plaideur, qui, pouvant s'adresser aux cours de comté, se serait adressé aux cours supérieures.

Mais le point le plus vulnérable, dans le système judiciaire anglais, c'est la nature et la multiplicité des juridictions d'appel en matière civile.

J'ai dit, dans une lettre précédente, qu'il y avait en Angleterre trois cours d'appel : 1° la cour de la chambre de l'échiquier (juridiction de loi commune) 2° la cour

DU SYSTEME JUDICIAIRE EN ANGLETERhE. 51

d'appel de chancellerie (juridiction d*équité) 3* la chambre des lords ; j'aurais pu en ajouter une quatrième : le comité judiciaire du conseil privé dont la juridiction embrasse les affaires des Indes, celles des colonies, celles de l'amirauté, les questions d'aliénation mentale et les matières ecclésiastiques.

De ces quatre cours, les deux premières ne sont que des tribunaux d'appel intermédiaire, les deux autres jugent en dernier ressort.

Une particularité à noter, c'est qu'un plaideur, condamné en cour de chancellerie, peut, si bon lui semble, en appeler à la Chambre des lords, sans avoir à passer naturellement à la cour de chancellerie, tandis que, au contraire, un plaideur condamné par une des trois cours supérieures de loi commune ne saurait arriver à la Chambre des lords qu'après avoir passé par la cour de la chambre de l'échiquier, et se trouve de la sorte exposé aux ennuis et aux frais d'un double appel.

Pourquoi cette différence? C'est une de ces étranges anomalies, auxquelles on se heurte à chaque pas dans ce pays singulier. Elle n'est pas plus facile à expliquer que la différence, toute artificieUe, établie en Angleterre entre la juridiction d'équité, et la juridiction de loi commune.

Et pourquoi quatre tribunaux d'appel, dont deux n'ont pouvoir de rien décider définitivement? Est-ce qu'un seul, jugeant en dernier ressort, ne suffirait pas? C'est l'avis de sir Boundell Palmer, et il me semble que ce devrait être celui de quiconque n'a pas dans ses veines le sang de la comtesse de Pimbêche ou celui de Chicaneau.

Encore si chacune de ces cours d'appel pouvait, prise à part, soutenir le regard de la critique ! Mais non.

Prenons d'abord la cour de la chambre de l'échiquier. J'ai expliqué précédemment qu'elle se composait déjuges des plaids communs et de ceux de l'échiquier, quand il

s'agissait de la révision des jugements rendus par la cour du banc.de la reine; desjugesdubanc de la reine et de ceux de l'échiquier, quand il y avait à connaître en appel des jugements rendus par la cour des plaids communs, et enfin des juges du banc de la reine et de ceux des plaids communs, quand Tappel portait sur les jugements rendus par la cour de Téchiquier. Or voici ce qui résulte de ce système. Supposons qu'un plaideur perde son procès devant la cour du banc de la reine, quatre juges s'étant prononcés contre lui. Il interjette appel. La cour de la chambre de l'échiquier rentre en scène. Mais, comme il est très rare que tous les juges soient présents, l'appel ne sera peut-être jugé que par deux juges des plaids communs et quatre de l'échiquier. Maintenant, imaginez, et l'hypothèse n'a certainement rien d'inadmissible, que les deux juges des plaids communs soient de la même opinion que ceux du banc de la reine, et les quatre juges de l'échiquier d'une opinion contraire, le jugement sera cassé, au profit de notre plaideur, quoiqu'il se trouve avoir eu contre lui six voix, et, en sa faveur, quatre seulement. En d'autres termes, étant donné des juges qui se valent ou sont censés se valoir, la minorité l'aura emporté sur la majorité.

Non moins graves, quoique d'une nature différente, sont leè inconvénients que présente l'organisation de la cour d'appel de chancellerie. Cette cour se compose du lord chancelier, et de deux juges appelés lords justice of appeaL Fort bien! Mais il y a deux personnages dans le lord chancelier, un personnage judiciaire et un personnage politique. Or le second prend, sur ma foi, presque tout le temps du premier. Quand ce dignitaire à double visage est attendu à la cour de chancellerie, il est à la Chambre des lords; quand on espère le voir assis là sur son siège, il est assis ailleurs sur son sac de laine. Il arrive donc souvent que les cas d'appel, en chancellerie,

sont portés, non pas devant trois juges, mais seulement devant deux; et, si le lord justice of appeal n° 1 dit oui, le lord justice of appeal n° 2 disant non, il faut que le plaideur se pourvoie devant la Chambre des lords, et les frais du premier appel se trouvent avoir été faits en pure perte.

Quant au comité judiciaire du conseil privé, il constituerait une excellente cour d'appel s'il n'était formé d'éléments très difficiles à réunir. Ce comité se composant de tous les « chiefs justice », lesquels ont de l'occupation de reste dans les cours qu'ils président, et d'un certain nombre de juges en retraite, dont le travail n'est point payé, et dont, par conséquent, la présence ne saurait être rigoureusement exigée, d'autant qu'ils sont vieux et ont besoin de repos, le gros de la besogne pèse sur deux magistrats nommés ad hoc, et, trop lourde pour eux seuls, elle les écrase.

Reste la Chambre des lords. Et c'est ici que l'abus se montre sous des proportions énormes. S'il est un principe essentiel au maintien des libertés publiques, c'est celui qui veut qu'on élève une barrière infranchissable entre l'exercice des fonctions législatives et celui des fonctions judiciaires. Ce principe, violé erx France, où les juges ne sont pas exclus de la représentation nationale, l'est aussi en Angleterre, où la Chambre des lords cumule avec le pouvoir législatif les attributions judiciaires les plus élevées. Cumul monstrueux, surtout quand on songe que les pairs d'Angleterre deviennent ^ ainsi juges par droit de naissance! Oui, tel pair d'Angleterre, qui n'a pas plus de vingt et un ans, peut être appelé à se prononcer comme juge, avec toute l'autorité d'un lord chief justice » ou du lord chancelier! Cela est, tranchons \e mot, ridicule !

Il est vrai que la pratique ne répond guère à la théorie. . Généralement parlant, la haute juridiction dévolue à la

Chambre des lords n'est exercée que par quatre ou cinq lords, et elle ne l'est bien souvent que par un seul, le lord chancelier, devant lequel il n'est pas rare qu'on appelle de ses propres décisions! Pendant cinq ans, de 1801 à 1806, lord Eldon fut seul à réviser, dans la Chambre des lords, les jugements rendus par lui-même, en cour de chancellerie. Vous sentez bien que les appels ne furent pas nombreux!

Tant d'anomalies et d'abus n'ont été dénoncés par sir Boundell Palmer qu'avec des précautions infinies et toute sorte de rélicences. Sachons-lui gré cependant d'une initiative qui ne sera pas sans fruit, il faut l'espérer. La Chambre des communes n'a encore rien décidé, mais l'opinion publique s'est émue : c'est beaucoup.

SUBITE CONVERSION DES ADVERSAIRES DE LA RÉFORME PARLEMENTAIRE. — CAUSES DE CETTE CONVERSION.

l" mars.

Le spectacle de ce qui se passe aujourd'hui en Angleterre a quelque chose de plaisant, de triste et de solennel à la fois.

Qui jamais se serait imaginé, il y a quelque deux ou trois ans, que ceu}^ qui alors ne voulaient à aucun prix 4*une réforme parlementaire, en viendraient à demander, avec une fougue presque juvénile, qu'on leur en donne une, et sur l'heure? Vous ne vous figurez pas quel est à tel égard l'emportement des désirs. La Chambre des com-

munes, qui a sur la conscience ravortement de tant de bills de réforme, brûle d*cn voler un. La Chambre des lords soupireaprès cet heureux moment. Sur la nécessité absolue d'une solation prompte, que dis-je, d'une solution immédiate! lord Derby est d'accord avec lord Russell; M. Disraeli, d'accord avec M. Gladstone; le Daily iVatrs, d'accord avec le Times, Le Times / Ah ! il faut l'entendre; il se meurt d'impatience. Voulez-vous faire fkViT un libéral? voulez-vous faire pâlir un conservatisie? Parlez-leur d'un ajournement. Ajourner? ciel ! Auguste avait coutume de dire : On fait assez vite ce qu'on fait assez bien; et l'Angleterre avait jusqu'à ce jour estimé que cette maxime était la bonne : mais la furia francese a passé la Manche.

Pourquoi le discours de M, Disraeli, dont je vous ai rendu compte dans une de mes dernières lettres, a-l-il été regardé comme une mauvaise plaisanterie? Parce qu'il n'apprenait rien, et qu'on avait hâte de tout savoir?

Pourquoi la procédure des résolutions, substituée à la présentation d'un bill, a-t-elle soulevé tant de clameurs? Parce que cette substitution imprévue conduisait au but par un chemin détourné, et qu'on voulait coûte que coûte y arriver par le chemin le plus court : la ligne droite- Pourquoi, enfin, le parti libéral, que les tories ont si malmené l'année dernière, se montre-t-il à leur égard si tolérant, si doux, si bénin, qu'en vérité c'est à n'y pas croire? Parce que le parti libéral craint, sur toute chose, d'être la cause d'un retard.

peuple grave, peuple patient, quelle mouche vous a donc piqué ?

Rappelez-vous, monsieur, ce que je vous ai dit de la portée des démonstrations auxquelles la question de la réforme parlementaire a donné lieu, et vous aurez le secret de cette rage d'en finir qui a tout à coup saisi les classes gouvernantes. Ceux qui en font partie, conserva-

Sf) DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.

listes de l'école de lord Derby, demi-conservatistes de celle de lord Stanley, progressistes à la façon de M. Gladstone, libéraux de la couleur de M. JJaines, demi-libéraux de la couleur de M. Lowe : tous ontcomprisquel'agitalion des classes ouvrières n'était pas un jeu; que cette agitatioa irait s'élargissant, comme ces cercles que forme une pierre jetée dans l'eau; que, plus on tarderait, plus le mouvement s'étendrait; si bien qu'à la fin il deviendrait irrésistible. Le vires acquirit eundo, voilà ce qui trouble nos sages. Le suffrage universel leur fait peur, et ils se disent : « Coupons court, san3 hésiter, à une agitation qui, à chaque minute, grandit; ne nous laissons pas arrérager outre-mesure; ayons une petite réforme aussitôt que possible, pour reculer autant que possible le moment de la grande réforme ; et dépêchons-nous, car les morts vont vite. »

Vous avez maintenant la clef de la situation.

Que de choses s'expliquent de la sorte, qui, sans cela,, seraient peu faciles à expliquer.

Et d'abord, remarquez, je vous prie, que toutes les cassolettes de la presse, je ne dis pas libérale seulement, mais conservatiste, fument aujourd'hui en l'honneur de la classe ouvrière. Jamais, dans ce pays de la respectability, on n'avait eu pour le travail manuel pareille profusion de bonnes paroles. M. Lowe, il est vrai, s'était exprimé, lui, un peu durement sur le compte de ceux d'en bas. Pur emportement oratoire! M. Lowe n'a cessé de répéter, depuis, ou qu'on l'avait mal compris, ou qu'on avait feint de ne le pas comprendre. Toujours est-il que, pour le moment, l'ouvrier ici est en odeur de sainteté. C'est dans son intérêt, Dieu me pardonne, qu'on craint le despotisme du nombre; mais, quant à lui refuser sa part dans le maniement des affaires publiques, qui donc pourrait songer à cela, grand Dieu? Il y a eu deux démonstrations populaires, Tune organisée par des partisans

tiu suffrage universel, ouvriers; l'autre orgauisée par des partisans du suffrage universel, bourgeois : quelle différence! Oli! combien la première l'emportait sur la seconde, pour Tordre, la discipline, la bonne tenue des hommes! M. Potter, ouvrier, voilà un général d'armée comme on en voit peu; mais Tavocat Beales? mais le colonel Dickson? Allons donc! C'est ainsi qu'on s'exprime. Divideut imperes. Heureusement, les ouvriers sont plus fins qu'on ne pense. La difficulté est là.

Remarquez aussi que, de mémoire de Parlement, on n'avait vu des personnages politiques brutalement renversés du pouvoir, pratiquer avec une humilité plus persévérante la vertu chrétienne de l'oubli des injures. Vous savez par quelle série de manœuvres, par quel habile mélange de violence et de ruse, les tories sont parvenus à faire rejeter le bill Gladstone et à s'emparer des rênes. Eh bien, à l'heure qu'il est, l'opposition n'a qu'un but, une préoccupation, une idée : venir en aide au pouvoir, lui faciliter la besogne. Lord Russell s'étant permis, l'autre jour, de prendre le cabinet à partie dans la Chambre des lords, on l'a beaucoup blâmé de sa franchise. En revanche, on n'a pas assez d'éloges pour la modération de M. Gladstone, pour sa longanimité, pour ce généreux désir qui le possède de tendre la main à ses adversaires dans l'embarras. Mardi dernier, les membres du parti libéral s'étant réunis chez lui pour se concerter sur la marche à suivre, quel langage leur a-t-il tenu? Il leur a dit : « J'ai tant à cœur de voir la question de la réforme résolue sans délai, que j'espère qu'on ne fera pas au gouvernement une opposition factieuse ; ce qui est sûr, c'est qu'il n'a rien de tel à craindre de ma part, i» Et le seul regret qu'il ait exprimé, c'est qu'on eût déjà perdu tant de temps. Le nombre des membres présents s'élevait à 289 ; et, si M. Brîght n'avait pas été parmi eux, la politique de l'entente cordiale n'aurait pas rencontré un contradicteur.

Le ministère, de son côté,^ est de si bonne composition ! Les résolutions déplaisaient : il les a retirées. On lui demandait un bill de sa façon : il a promis d'en présenter un. On tenait à ce que, d'avance, il exposât ses vues, il les a exposées.

Voilà un accord singulièrement patriotique, penserezvous? Oui, sans doute, patriotique en ce sens, que ceux de droite et ceux de gauche ont en vue ce qu'ils croient l'intérêt de la patrie. Mais cet intérêt, où le placent-ils? Quel est cet ennemi commun devant lequel ils sentent si vivement la nécessité de s'unir et de serrer les rangs? Soyons justes, mais ne confondons pas la naïveté avec la justice.

Le fait est que, sur le chemin de la Chambre des communes, y compris l'opposition libérale, la réforme parlementaire est un bloc qu'on ne saurait trop tôt mettre de côté. C'est l'avis du véridique M* Punchy et c'est le mien. Rien de tel, pour rapprocher les partis et aiguillonner les courages, qu'un progrès qui se trouve être un embarras !

Aussi qu'entendez-vous dire de toutes parts?

— il est temps de nous débarrasser de cette maudite question. — Il faut en unir. — Décidons-nous une bonne fois, pour qu'on n'en parle plus.,., etc..

Et notez bien qu'on ne se borne pas à cela. L'opinion des classes gouvernantes est non seulement qu'il faut bien vile,parune concession adroite, couper court à Tagilalion, mais que cette concession doit être assez adroite, partant assez large pour que l'agitation ne se renouvelle pas d'ici à longtemps. Voici un mot qui a fait fortune : « Tranchons la question pour une génération au moins (tel us seule the question far a génération at least). Vous le voyez, c'est comme si l'on disait : « Après nous, le déluge. ^

Or la question aurait-elle été tranchée pour une gé-

Dération, au moins si, conformément aux vues exposées par le ministère, Ton se contentait d'admettre dans la catégorie des électeurs :

1° Les maisons (pardon... je voulais dire ceux qui les occupent) dont la taxe est de 6 livres sterling;

2° Les gradués et les gens que je nommerai, avec votre permission, les capacitaires ;

3° Quiconque a placé dans les fonds publics jusqu'à 50 livres sterling, — faute d'intelligence pour les employer, peut-être ;

4"^ Quiconque a 30 livres sterling à la caisse d'épargne,. — un valet de milord, par>exemple.

5"" Quiconque paye une livre sterling d'impôts directs — par exemple, un ratier qui a quatre chiens ^?

Non, non, monsieur Disraeli, n'espérez pas que le peuple mette vingt ans à ronger un os de cette espèce. Il faut évidemment que le ministère se résigne à être plus adroit, ou, ce qui revient au même, plus libéral.

Ainsi est prouvée sans réplique la portée de ces démonstrations populaires dont se sont moqués si agréablement certains observateurs accoutumés à ne voir le jour que par un trou. Ces démonstrations? elles ont créé la situation que je viens de décrire. Sans elles, en ce qui touche la réforme parlementaire, la Chambre des communes aurait continué à dormir de son sommeil d'Épiménide.

C'est ce que les ouvriers sentent à merveille ; et, comme ils appartiennent à cette race saxonne qui a la tête dure, mais faite pour garder les idé^ qu'on y enfonce, ils n'abandonneront pas de sitôt la partie.

M. Lov^e, d'ailleurs, est là pour les piquer au jeu. Tout dernièrement encore, parlant des dernières manifestations dont la capitale de TAngleterre a été le théâtre, il se félicitait de leur peu d'importance. Que veut-il donc? Que les

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