ALLEN. LARKIN ET GOULD
7 décembre.
Un jour, pour avoir trop aimé Flrlânde, son pays, unjeune homme de vingl-trois ans fut condamné à moarir. Il se nommait Robert EmmetL C'était une âme généreuseet un noble esprit. Son adolescence avait eu le caractère de l'âge mûr. Il s'était préparé paf une vie sans tache à la gloire de se dévouer. Voici quelles furent ses dernières paroles : « Ma carrière est Unie. Qu'on n'écrive pas mon épitaphe. On l'écrira lorsque mon pays aura pris sa place parmi les nalions de la terre. »
Aujourd'hui, Robert Emmett est un des saints de l'Irlande. On compte par centaines de mille ceux dont le cœur bat et dont l'imagination s'enflamme au seul bruit de son nom. Sa mémoire est une puissance. Le juge qui le condamna est depuis longtemps descendu dans l'oubli; mais lui, le condamné, est toujours là, debout sur son tombeau, présent quoique invisible, et vivant de sa mort.
Eh bien, c'est trois ennemis de celte espèce que l'Angleterre vient de se donner, en appelant la potence à canoniser Allen, Larkin et Gould.
C'étaient des meurtriers, a-ton dit, voilà tout.
Un instant, s'il vous plaît !
Est-il bien sûr que le coup dont est mort le sergent Brett soit parti de la rtiain d'Allen?
Est-il sûr qu'une accusation juste ait pesé sur Larkin et Gould, qui, eux, n'ont tué personne, mais qu'on n'en
a pas moins livrés au bourreau, comme complices d'une tentative suivie d'un meurtre ?
Est-il sûr que, cette fois du moins, aucune erreurn'ait été commise dans Tapplication de ce châtiment monstrueux, qui fait que la réparation d'une erreur possible est impossible?
Il y a en ce moment à New- York un homme qui assure être le véritable meurtrier de Bretl, et qui s'en vante!
J'ai sous les yeux les déclarations qu'au moment de quitter ce monde les trois condamnés remirent à leurs confesseurs, déclarations dont la presse irlandaise afQrme l'authenticité et publie des copies qu'elle donne comme textuelles. Que les partisans de la peine de mort lisent ce qui suit :
«... Dans quelques heures, je paraîtrai devant Dieu. En présence de ce grand Dieu, je déclare n'être pas l'homme qui a tué le sergent Brett. Si sa femme existe, qu'elle ne pense pas que c'est moi qui l'ai privée de son mari. Si ses enfants existent, qu'ils ne pensent pas que c'est moi qui les ai privés de leur père. Je déclare ceci pour qu'à l'avenir les jurés apportent plus de soin à vérifier les témoignages et ne s'exposent pas à frapper des innocents. Du reste, je ne me plains pas de mon sort J'avoue avoir pris part noblement à la tentative qui avait pour but de délivrer le brave capitaine Deasy. Ce que mon pauvre pays souffre est connu de la terre entière... Quel Irlandais pourrait rester indifférent au spectacle de ses compatriotes faits prisonniers, et traités, dans les cachots de l'Angleterre, comme des assassins et des voleurs?... Que Dieu sauve l'Irlande!