‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 101 sur 106 · GUILLAUME-PHILIPPE ALLEN · texte numérisé non relu

GUILLAUME-PHILIPPE ALLEN

Les déclarations de Larkin et de Gould contiennent, en

ALLEX LARKIN Eï GOULD. 389

ce qui concerne chacun d'eux, des dénégations tout aussi péremploires, sont empreintes du même sentiment religieux et respirent le même amour pour l'Irlande, amour touchant, dévoué, immense. Mais Ailen, Larkin et Goulà élaient-ils les seuls qu'on eût reconnus coupables? Non : la condamnation à mort enveloppait deux autres accusés : Shore, dont il a fallu commuer la sentence, parce qu'elle a été trouvée, après coup, trop sévère, et Maguire, auquel il a fallu faire grâce j parce que, après coup, on l'a trouvé innocent. Voilà ce que c'est que la certitude des jugements humains, et voilà comment la société s'expose, pour mieux punir les assassins, à commettre des assassinats!

Et puis s'agissait-il ici d'un meurtre ordinaire? A qui €spère-t-on faire croire qu'il soit équitable de confondre, avec les crimes qui ont leur source dans un égoïsme abject et farouche, les emportements d'un patriotisme égaré, si l'on veut, mais ennobli par le dévouement? Comme le dit très bien l'auteur d'une lettre adressée hier à la Pall Mail Gazette y s'il est vrai qu'Allen, Larkin et Gould soient des assassins, rien de moins et rien de pl^s, d'où vient que, pendant leur procès, on a dû remplir de soldats la ville de Manchester ? d*où vient qu'il a fallu mettre leurs juges sous la protection d'une petite armée, et donner au bourreau une garde d'honneur? Que craignait le gouvernement? Le peuple anglais est-il dans l'habitude de disputer les malfaiteurs à la potence?

Trêve de vains prétextes ! trêve de sophismes qui ne trompent personne! Ce qu'on a voulu frapper dans Allen, Larkin et Gould, c'est l'Irlande des fénians, l'Irlande tourmentée par le souvenir de deux siècles d'oppression, l'Irlande insensible aux honnêtes efforts que l'Angleterre d'aujourd'hui fait pour se la concilier, l'Irlande inconsolable de sa nationalité perdue.

Qu'elle s'abuse sur ses futures destinées, c'est possible : qu'elle s'aveugle sur ses ressources présentes, c'est

certain; qu'elle rêve une' indépendance qui n'aurait aucune chance de se naaintenir et risquerait de lui devenii^" funeste, je le crois. Mais, réfléchi où no'n, !e sentiment où le fénianîsme a pris naissance n'est pas de ceux qu'il soit facile de déraciner: et, loin de i'intimidcf, on l'exaltë, en se Servant du bourreau, soit à ciel ouvert, soit dans l'ombre; éar, depuis la dernière' exécution sanglante, îl esi qètefstion de ne j)lus étrangler qu'en cachette !

Et cela se conçoit. Les.résultats ne sont pas encourageants! L'autre jour, une jeune fille de rfix-neuf ans, nômfnée Adélaïde Macdonald, était condamnée à cinq ans de servitude pénale pour avoir essayé dô tuer un policeman qui avait déposé contre Alleri. En entendant son arrêt, elle s'est écriée : i Merci, raîilordî j'àimè mieux être pendue; qu'on me pende où l'oflapendu les autres ! » Elle' est sortie de ta èalle d'audience, èrt répétsifit sans cesse, d'une voix entrecoupée de sanglots : « Irlande! Iflahd'e ! »

Et ce qu'on demande au bourreau, c*est dé faire peur!

Inutile de dire que, dans cette Irlande si passionnément aimée de ses enfants, l'émotion est ati comblé. Oh y placé les trois suppliciés au i*ang des martyre ; On f celéWe des messes pour le repos de leurs âmè's; on y imprime : « Souà le règne de Sa Majesté la reine Victoria' la Miséricordieuse, ont été pendus : Guillaume-Philippe Allen, Michel O'Brien (Gould), Michel Larkin ; sont morts des suites de là prison: Jean Linch, Jean Mac Geogh, Jean Fottrel, Guillaume Meagher, Guillaume Kennedy, Richard Stowell, Guillaume Harbison, Jean Kelly; ont été rendus fous ou paralytiques par la prison : J.-J. Joyce^ M. Mac Feeley, Edouard M. »

Ce n'est J)as tout : Manchester avait eu sèf processions fiméraire; Cork a eu la sienne. Rien de plus solennel et de! plus imposant que cette protestation, rien de plus sdmbre. Le deuil se composait d'environ vingt mille pet-

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