UN THEATRE INCENDIÉ
vue, non point apparents mais réels, produisaient les effets que Montaigne décrit en ces termes : « Quelquefois on y a faict naître une haulte montaigne pleine de fruîctiers et arbres verdoyants, rendant par son faiste un ruisseau d'eau, comme de la bouche d'une vifve fontaine ; quelquefois on y promena un grand navire, qui s'ouvroit et desprenoit de soi-même, et, après avoir vomy de son ventre quatre ou cinq cents bestes à combat, se reperroit et s'esvanouissoit sans ayde; autrefois, du bas de cette place, ils faisoient élancer des surgeons et filets d'eau quirejaillissoient contremont, et, à cette hauteur infinie, alloient arrousant et embaumant cette infinie multitude. > Mais ce qui était plus admirable encore que tout cela, c'était l'art de pourvoir à la sûreté des spectateurs, art poussé si loin, que c'étaient des rets tissus d'or qui leur servaient de rempart contre les bêtes fauves déchaînées dans le cirque, et que l'empereur Probus put, un jour, sans faire courir à la foule aucun danger, donner l'ordre qu'on assommât, pour son amusement, cent gros lions, cent léopards et trois cents ours. Ces fêtes de sang ne sont certes point à regretter; mais n'avons-nous pas quelque droitide chercher querelle au progrès, si nous ne pouvons aujourd'hui aller entendre chanter madame Titiens avec le même sentiment de sécurité qu'avaient les Romains, lorsqu'ils allaient voir assommer trois cents ours, cent léopards et cent lions?
mn DIX ANS DE L'HISTOIRE I)'ANGLETEI\l'i */..