‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 2 sur 106 · LES TRADES* UNIONS · texte numérisé non relu

LES TRADES* UNIONS

19 janvier.

Chac^ue jour, elle s'étend; chaque jour, elle s'aggrave et s'euvenime, la funeste guerre engagée, de ce côté du détroit, entre les ouvriers et les patrons. Les maux qu'elle a déjà produits, et ceux, plus terribles encore, qui menacent d'en sortir, sont, à l'heure qu'il est, la grande préoccupation de tous les esprits sérieux.

Aussi n'est-il question, depuis un mois, que de ces vastes ligues d'ouvriers connues ici sous le nom de Trades'unions. Leur influence, leur développement, le pouvoir qu'elles ont de paralyser l'action du capital, le poids dont on prétend qu'elles pèsent sur le travailleur isolé, le dommage qu'on les accuse de causer à l'industie nationale par les avantages qu'elles donnent à la concurrence étrangère : tout cela est devenu le sujet d'une polémique passionnée. Avant-hier encore, les Trades'unions étaient vivement dénoncées, dans une longue lettre adressée au Times par MM. Creed et Williams. Déjà des actes de sauvage violence commis, à Sheffield, par des unionistes sur la personne d'ouvriers regardés par eux comme traîtres, avaient fourni matière à des protestations fort animées et àdes plaintes fort amères. A Staveley, dans le Derbyshire, un mouvement contre le principe des Trades'unions s'étant produit au sein même de la classe ouvrière, beaucoup de ceux qui n'en sont pas se sont hâtés de crier : a Bravo ! courage ! continuez I » Bref, les Trades'unions sont, en ce moment, sur la sellette.

Avanlde les juger, il importe de les bien connaître.

Les Trades\inions sont des associations d'ouvriers, établies non en .vue du travail coopératif, mais en vue, si je puis parler ainsi, de la défense coopérative. Leur principal but est d'empêcher la baisse des salaires, et, dans certaines circonstances, d'en déterminer la hausse; de pousser à la diminution des heures de travail; de couper court à la pratique de Yoverlime, c'est-à-dire du travail prolongé au delà des dix heures qui constituent la journée régulière ; en un mot, de protéger les intérêts de l'ouvrier contre les exigences injustes, ou jugées telles, du capitaliste.

En réalité, le Trade'tmionism fait de la classe ouvrière une armée, une véritable armée qui a ses chefs élus, ses approvisionnements, son commissariat,son point d'honneur militaire, ses règles de discipline, son code pénal. Les batailles livrées par le Trade'unionism sont des grèves ; et un système bien entendu de cotisations fraternelles fournit l'argent nécessaire pour nourrir les soldats pendant la campagne.

Une grève étant une bataille, quiconque est surpris travaillant, lorsque la suspension des travaux à été décidée, est tenu pour déserteur, insulté quelquefois, et maltraité comme tel. La liberté en souffre : c'est la règle dans les armées!

Le Trade'unionism couvre toute la surface du Royaume-Uni. Il a envahi presque toutes les branches du Iravail humain. Dans un très substantiel et très lumineux plaidoyer en faveur des Trades' unions, M. Frédéric Harrison, grande autorité en ces matières, constate que le nombre total des Trades' unions est de 2000; que Londres en compte 290, Manchester 97, Liverpool 57, Scheffield 60, Birmingham 42, Glasgow 50, Dublin 45; quelques-unes de ces sociétés se présentent sous un aspect vraiment imposant :

Page 1