NAPOLEON III SOUPÇONNÉ PAR LES ANGLAIS DE MÉDITER UNE FOLIE
15 avril.
« Va pour une folie; mais une reculade, jamais ! » Voilà ce que Napoléon III aurait dit, selon le correspondant du TimeSf en entendant un personnage considérable poser devant lui la question du Luxembourg en ces termes : « Nous voici placés dans ralternative de faire une folie ou une reculade. »
Si le mol attribué à Napoléon III a été réellement prononcé, on pourrait, en le pressant bien pour en extraire tout ce qu'il renferme, y trouver co qui suit :
« Mon pouvoir est fondé sur ce fait, que, dans Tesprit de la nation française, Texistence de l'Empire est associée à des idées de gloire militaire et d'orgueil national. S'il m'a été possible de faire porter aux Français, avec tant de résignation et pendant si longtemps, le deuil de leurs libertés, c'est parce qu'ils ont cru que, sous mon règne, comme sous celui de mon oncle, la France verrait le monde d ses pieds. Elle s'est, jusqu'à ce jour, consolée de sa servitude au dedans par le sentiment de l'influence souveraine qu'elle exerçait au dehors. Ses chaînes, toutes pesantes qu'elles étaient, lui ont paru, sinon légères, du moins tolérables, tant qu'elle a pu les croire d'or. Et elle a pu les croire telles, après les victoires de Crimée, après la victoire de Solférino, lorsque, donnant la Lombardie à Victor-Emmanuel, je créais l'Italie; — VII. 6
i)8 DIX ANS DE L'HISTOIRB D*AN6LBTEKRE.
lorsque la reine d'Angleterre, sur un simple désir exprimé par moi, venait s'agenouiller, à Paris, devant le tombeau du martyr de Sainte-Hélène; — lorsque, m'essayant au rôle de faiseur de rois, je mettais une couronne sur la tête d'un archiduc d'Autriche, et l'envoyais représenler,par delà T Atlantique,rascçndanl rie la race latine; — lorsqu'on me considérait partout comme l'arbitre des événements, et qu'un mot tombé de mes lèvres était entendu par l'Europe inquiète comme un arrêt de la destinée. Mais, de tout cet échafaudage de grandeur, il ne me reste plus rien. Mon trône, qui semblait être dans les nuages, est aujourd'hui dans la poussière. Au lieu d'avoir à lever les yeux pour me voir, c'est d'en haut qu'on me regarde, maintenant.
» Le triste sort de Maximilien a prouvé le peu que valait ma protection. Les républicains de la Maison- Blanche m'ont ordonné de quitter le Mexique, et j'ai dû obéir.
» L'Italie m'a fait l'injure de chercher un autre appui que le mien. J'ai été le jouet de M. de Bismark comme j'avais été le jouet de M. deCavour. L'Autriche, que j'avais déclaré vouloir maintenir au rang de grande puissance allemande, a été chassée de l'Allemagne, à coups d'épée dans les reins, malgré ma déclaration, et comme pour convaincre ma politique d'impuissance, aux yeux de l'Eu* rope. La Prusse,, démesurément agrandie, m'a fait passer derrière elle, de telle sorte qu'on cessât de m'apercevoir. Il n'est pas jusqu'au don que l'Autriche m'avait fait de Venise qui n'ait été pour moi une source d'humiliation, en fournissant aux Italiens l'occasion de pousser leur pointe, absolument comme si je n'existais pas. Une misérable petite rectification de frontières, demandée avec modestie, m'a été refusée par la cour de Berlin avec hauteur. Et voici que, pour combler la mesure, le roi de Prusse empêche le roi de Hollande de me vendre le