‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 27 sur 106 · GRANDE MANIFESTATION DE LA REFORM LEAGUE · texte numérisé non relu

GRANDE MANIFESTATION DE LA REFORM LEAGUE

' ~ 8 mai.

Quel contraste entre là quiétude de Londres^ au moment où je vous écris; et l'anxiété qui y régnait dans les derniers jours de la s.emaine dernière!

Jamais, depuis que je vis en Angleterre, je n'avais vu pareille paniqué. Ce n'était pas même d'une émeute prochaine qu'on parlait; il était question, Dieu me pardonna, d'une révolution imminente, d'un bouleversement social, d'une guerre civile, que sais-je? Içifanterie, cavalerie, artillerie, policemen à pied, policemen à cheval, on avait mis en réquisition tout ce qui porte épée, mousquet ou bâton court, tout ce qui sert à faire peur ou à tuer; et, comme si ce n'était pas assez des forces régulières, on avait appelé Iibs forces irrégulières au secours ; on avait invité chaque bon citoyen à s'enrôler parmi les « specials constablesj», comme fit le 10 avril 1848, lors du fameux mouvement des' chartistes , Louis-Napoléon Bonaparte; car le présent empereur des Français n'est, pas sans avoir figuré, à Londres, comme sergent de ville volontaire. Bref, la rymeur était dans la ville. On se serait cru au jour de la « patrie en danger ». -

De quoi s'agissait-il donc, grands dieux? Il s'agissait d'une promenade que les membres de la «Réform League » se proposaient de faire au parc, dimanche, pour jouir sur le gazon vert de l'arrivée du printemps et entendre discourir sur la réforme parlementaire.

Quel mal y a-t-il à cela? me demanderez-vous, peut-

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«être. Je serais fort empêché de vous le dire ; mais, si, au lieu de vous adresser à moi, vous. vous adressiez à messieurs les ministres, ils vous expliqueraient, je suppose, que les membres de la « Reform League » se comptent, dans Londres, par quarantaine et cinquantaine de mille; qu'ils forment une véritable armée ; que leur marche à travers les rues trouble l^ repos des âmes titriides et fait fermer mainte boutique; que ces grands assemblages d*hômmes ne manquent jamais d'attirer du fond de leurs repaires nombre de vauriens trop heureux de la facilité qui leur est offerte de savoir ce que contiennent les poches des honnêtes gens, que les environs de Hyde-Park sont habités par d'opulentes personnes, très nerveuses de leur nature, et que c'est dommage de les déranger.

Voilà ce qu'ils vous diraient, si vous n'étiez pour eux que le premier venu; ils vous avoueraient qu'à leurs yeux ces promenades ont l'inconvénient énorme d'être des démonstrations réformisteSy des manifestations de l'opinion publique d'autant plus insupportables qu'elles ont un caractère pacifique et ont fini par forcer la Chambre des communes à s'occuper sérieusement d'une réforme politique dont elle ne veut pas.

Au fond, la vraie raison, c'est celle-là. Qu'importe, en effet, que l^s membres de la « Reform Leagjue ^ ne soient guère moins de cinquante mille dans la seule ville de Londres, s'ils ont fourni mainte et mainte fois la preuve irrécusable qu^ils peuvent parcourir processionnellement les rues, sans causer le moindre désordre, et sans donner — si ce n'est à ceux qui trouvent leur compte à feindre d'être alarmés — le moindre sujet d'alarme? Que les démonstrations réformistes puissent,' par l'entassement des curieux, donner l'éveil à quelques filous, à ceux qu'on nomme ici Tes « roughs >, cela est vrai ; mais cela est vrai de tout concours de peuple : d'une revue de soldais,

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d'une revue de volontaires, d'une fête quelconque. Et pour ce qui est du respect que méritent les paisibles habitudes des voisins fortunés de Hyde-Park, c'est pousser bien loin ce respect que de lui sacrifier ce que le peuple regarde comme l'exercice d'un droit inviolable et sacré.

Il fallait donc au gouvernement un prétexte qui lui permit d'interdire lé meeting de Hydc-Park en particulier, sans se prononcer contre le droit île meeting en généra). Qu'a-t-il imaginé? Il a imaginé de soutenir que Hyde-Park était la propriété privée de la reine, bien que l'usage en eût été de temps immémorial accordé au public, d'où la conclusion que, s'il plaisait à la reine de concéder cet usage pour tel ou tel objet, à l'exclusion de tel ou tej autre, le public n'avait rien à y voir.

Mats les parcs étaient-ils réellement une propriété privée ?Ety même en admettant que cela fât, quel était à l'égard de cette propriété l'état de la législation ?

Vendredi dernier, le ministère de l'intérieur, M. Walpole, déclarait qu'il n'y avait rien'de plus clairement, de plus incontestablement légal que le pouvoir de la couronne de permettre ou d'interdire dans les parcs ce que bon lui semblait. Le ministre affirmait n'avoir pas le moindre doute, en ce qui concernait, sur ce point, le droits de la couronne. Enfin, il ajoutait, en parlant des membres de la « Reform League > : « J'espère qu'ils respecteront assez la 'oi de leur pays, pour se désister d'un projet contraire à la loi. i^

Ehr bien, le croiriez-vous? Lorsque M. Walpole s'expliquait ainsi, il savait à merveille que l'appui de la loi lui manquait. Dès le mois de juillet 1866, les conseillers légaux de la couronne, consultés, avaient répondu que l'usage des parcs ayant été cédé au puBlic pendant un aussi grand nombre d'années, là permission ne pou-

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