DE L ESPRIT GUERRIER
gagement pris serait* dérisoire, et, pour nommer les choses par leur nom, frauduleux. Franchement ce serait trop jouer la comédie, même pour des diplomates.
Lord Derby et lord Slanle'y ont beau dire : l'Angleterre se trouve par eux bel et bien engagée.
Est-ce un mal? L'Angleterre aurait-elle tort de no plus prendre pour point de départ de sa politique cette maxime des avares et des'égoistes : c Qui répond paye » ? Ici, je me sépare complètement des critiques de lord Stanley.
Sans doute, le principe d'intervention ne doit pas être recommandé indépendamment du but et des circonstances. Il y a des actes d'intervention qui sont slupides; il y en a qui sont criminels. De ce nombre fut l'intervention de l'Angleterre pour étouffer la révolution française. Mais sûit-il de là qu'on doive d'avance, absolument, systématiquement, se prononcer contre toute intervention, alors même qu'il s'agirait de faire triompher la justice, de sauvegarder le droit, et de donner raison à la raison?
Cette politique ne manque pas de générosité ; seulement, elle manque de sens pratique. Quoi de plus absurde que l'idée de condamner une nation à vivre conime Robinson Grusoedans son île? Et cela, dans l'âge de l'électricité, de la vapeur, des chemins de fer!
Pour qu'un peuple eût intérêt à ne jamais se mêler de ce que font ses voisins, au moins faudrait-il qu'il fût en état de se suffire. Est-il aujourd'hui un peuple qui soit dans cette condition? Eh! la Chine elle-même ne peut plus s'emprisonner chez elle. La civilisation a renversé décidément les murailles de Chine et tout ce qui y ressemble.
Et combien la politique de l'isolement n'est-elle pas
-. plus absurde, appliquée au peuple anglais, à ce peuple
anglais qui, par l'Océan qu'il domine, touche à chaque
point du globe, à ce peuple anglais qui s'étudie à pro-
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duire pour tous les peuples, à gouverner tous les marchés, à chercher ou à conserver partout des consommateurs, à être partout?
Ahl TAugleterre n'a pas besoin de consulter une autre histoire que la sienne, pour savoir comment une ^ question d'industrie peut être enveloppée dans une question de morale, et combien ïl est difficile 'd'écha{4>er à la solidarité des intérêts. Que lui faisait, à ellet, <|ue, par delà TÂtlantique,. il y eut des esclaves l C'était un mal^ d'accord, mais enfin elle n'était pas chargée de la police de l'univers. On raisonna de la sorte jusqu'au jour oà, l'esclavage ayant déchaîné le Sud contre le Nord, on s'aperçut que, pour chaque homme qui, de Tauti'e côté de l'Océan, mourait d'un coup de fusil, il y avait dans le Lancashire un homme qui mourait de faim l
Non, la politique de l'isolement zie^ saurait être celle d'un peuple tel que le peuple aJiglais. Une politique pareille ne convient pas plus à la sécurité de PÂngleterre qu'à sa grandeur; elle n'est pas moins contraire à ses intérêts qu'à sa dignité. Félicitons lord Stanley de l'avoir compiis ; mai^, pour. Dieu, qu'il n'ait pas la faiblesse de s'en défendre I
L'ANGLETERRE A LA VEILLE DE RECEVOIR UNE RÉFORME RADICALE DES MAINS DE M. DISRAELL
f^ mai*
Vous savez (qu'on entend par elub, en Angleterre, une association de gentlemen, s'unissant' pour jouir en commun de certains conforts de la vie. Salles communes de réception, de récréation, de lecture, bibliothèque, re£h
UNB RÉFORME RADICALE. i47
taurant, le club présente tous les avantages attachés au régime de l'association. Pour devenir membre d'un club, il ne suiffit pas d^ payer un droit d'entrée et de s'engager à donner tant par an, il faut encore être jugé digne d'être admis; et c'est, en général, l'élection qui en décide. Le club ayant pour but de rapprocher les hommes qu'attirent' les uns vers les autres les convenances de rau^ de goûts, d'habitudes, d'opinions, il y a toute sorte de clubs : clubs littéraires, universitaires, militaires, diplomatiques ; clubs libéraux et semi-libéraux, conservatistes et ultraconservatistes; clubs qui, tels que le Carlton, représentent la vieille école des tories, ou qui, tels que le Brood^s, représentent la vieille école des whigs.
Ceci.entendu, laissez-moi vous raconter une jolie petite histoire qui. me conduira droit où je veux en venir.
M. Gladstone ayant commencé par être tory, appartint tout d'abord au Carlton; mais, comme la suite l'a bien prouvé, il n'était pas dans la nature de cet esprit souple et^ctif d'adhérer à une croyance essentiellement exclusive. Les membres du Carlton s'aperçurent bientôt que son intelligence flottait; qu'une transformation de jour en jour plus marquée s'opérait dans ses tendances; bref, qu'il menaçait de tourner au libéralisme. Il fallait trouver un moyen déx^ent de chasser du troupeau cette brebis qui était devenue ou allait certainement devenir galeuse. Gon^mpnt faire? Voici de quelle manière quelques jeunes tories s'y prirent pour faire entendre à M. Gladstone qu'il n'était plus à sa place parmi eux. Un soir qu il était allé au club, ils l'entourèrent et lui demandèrent : a: Quand comptez- vous entrer dans Brood*s club? — Quand lord Derby en sortira, > répliqua vivement M. Gladstone. Et en effet, lord Derby, aujourd'hui chef du parti conservatisie, appartenait au club des whigs, à la même époque où M. Gladstone, aujourd'hui chef du parti libéral, appartenait au club des tories?
148 DIX ANS DE t'HISTOIRE D'ANGLETEÂRE.
~ Ces métamor(>hoses, qui impliquent une éî singulière flexibilité de principes, ne sont pas rares en Angleterre; et ce qui n'y est pas rare non plus, c'est de voir des hommes politiques faire triompher, qu^nd ils sont au pouvoir, des doctrines absolument contraires à celles qu'ils professaient quand ils étaient dans l'opposition.
C'^t ce qui vient justement d'avoir lieu au sujet de la réforme parlementaire. Qui jamais aurait pu prévoir que' M. Disraeli, ministre conservâtiste, serait amené adonner au peuple anglais... quoi? Le household suffrage, c'està-dire le suffrage presque universel? Car, en Angleterre, où les familles ne vivent pas entassées les unes sur les autres et où on se passe volontiers de cette peste continentale, le concierge, admettre à la jouissance des droits politiques du citoyen tous ceux qui occupent une maison quelconque, c'est presque admettre tout le monde, moins les indigents et les vagabonds ; — sauf, toutefois, en ce qui^oncerne Londres et quelques grandes villes, où le nombre de ceux qui vivent en garni est considérable. Mais il faut remarquer que ces derniers ne sont pas exclus, le ministère ayant consenti à introduire dans son bill une clause qui accorde le droit de vote à tout souslocataire, pourvu qu'il occupe deux chambres et qu'il paye 10 livres sterling de loyer.
« Il est incontestable que, complété de la sorte, le household suffrage est une réforme très radicale. Au fait, M. Bright lui-même n'a jamais demandé beaucoup plus que cela. Et cela, je le répète, quel est l'homme qui le donné au peuple anglais? M. Disraeli^!
Ce n'est pas qu'il soit arrivé de pleip saut à cette conclusion si largement libérale. Oh! pour cela non. Sans parler de la condition de deux années de résidence, récemment réduite à une année par la Chambre des communes, M. Disraeli avait imaginé de restreindre le Aousehold suffrage par l'obligation du payement personne!