UNE RÉFORME RADICALE. U
des taxes : et, comme il exisie en Angleterre près de 500000 householders (chefs de maison) qui, en vertu d'un arrangement particulier, adopté par les paroisses qu'ils habitent y ne payent pas personnellement leurs taxeSy que le propriétaire se charge d'acquitter à leur place, en s'indemnisant par une augmentation proportionnelle des loyers, la restriction, vous le voyez, était énorme, si énorme, qu'elle emportait le principe.
De là une discussion ardente qui, pendant plusieurs mois, a tenu toute l'Angleterre en éveil. Rudes ont été les coi^ps que, sur ce terrain scabreux, a reçu le ministère. M. Disraeli tenait bon, cependant. Le payement personnel des taxes était, selon lui, le fondement nécessaire de son édifice. Point d'argent, point de suisse; point de contribution personnelle, point de vote : M. Disraeli ne sortait pas de là. C'était à prendre ou à laisser.
Voilà où en étaient encore les choses vendredi dernier. Or la situation risquait fort de se gâter. L'espèce d'interdit politique jeté sur près de 500000 citoyens, pères de famille, hommes parfaitement respectables, et dont le seul crime était de payer leurs taxes par l'entremise de leur landlord (propriétaire), sous forme d'augmentation de loyer, cet interdit, aussi absurde qu'injuste, irritait, exaspérait le peuple. Les députations se succédaient près de M. Gladstone. M. Bright parlait bien haut de la nécessité d'organiser sur une échelle immense une agitation plus formidable que celle à laquelle les ministres et la Chambre des communes étaient si impatients de mettre'un terme. Il était temps d'aviser! .
C'est sous l'empire de ces-circonstances critiques que M. Gladstone a eu l'idée de proposer ou plutôt de faire proposer par M. Hodghinson au ministère, comme moyen de tout concilier, l'abolition du système qui permet aux householders, dans un grand nombre de paroisses, de payer leurs taxes par les mains du landlord, ou, en d'au-
très termes 9 l'établissement d*un régime uniforme qui forcerait quiconque occupe une maison à pajer personnellement ses. taxes, mais, en revanche, le ferait électeur.
A cela, que pouvait objecter M. Disraeli? n'avait-il pas -répété à satiété que, hors de la contribution personnelle," il n'y avait pas de salut, mais que la contribution personnelle suffisait pour constituer les dignus inpraref II se trouvait donc acculé contre le mur. La retraite lui était coupée. Il a dû en prendre bravement son parti; il a dû déclarer, vendredi dernier, jue, puisque la proposition de M. Gladstone, loin d'aller contre la doctrine émise par le minfstère, en était le développement, il n'avait pas, lui, M. Disraeli, à y contredire.
Mais quoi ! il consent donc alors au homekold swffrage, non plus limité, non plus embarrassé de restrictions jésuitiques, mais, comme on dît, pur et simple !
Cecî est grave, très grave^ de la part d'ua ministère conservatiste. Que M. Disraeli ^attende à trouver dans les rangs de^son propre parti des adversaires fougueux. Déjà, quelques tories, M. Cranborne notamment, ont poussé le cri d'alarme. Mais la parole du ministère est engagée. Le vin est tiré, il faut le boire.
Ainsi, c'est de M. Disraeli que l'Angleterre est. à la veille de recevoir une réforme radicale! C'est le plus roué des défenseurs du principe aristocratique qui fraye la route, en Angleterre, à la démocratie t puissance invincible des idées !
LS DERBY. tSl