‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 32 sur 106 · LE DERBY · texte numérisé non relu

LE DERBY

%5 mai.

Le grand événement de la semaine a été, non pas un événement politiqne, fnais un événement national. National, je dis bien : par quel autre mot me serait-il possible de caractériser cette fête incomparable : le derby? Quand tient l'époque du derby, qui donc, en Angleterre, pense à autre chose? qui parle d'autre chose? Quand sonne l'heure Solennelle des courses d'Epsom-, il ferait beau voir le Pariement siéger! il ferait bestu voir les banquiers s'occuper de leurs affaires; les avocats, de leurs clients; les médecins, de leurs malades ; les solicitors, de lenrs dossiers,; les politiques, de leurs intrigues; les hommes* de Dieu, de leurs ouailles! Pas si bêtes! Tous, les regards se tournent vers Epsom ; Ëpsom fait battre tous les ceeurs. Les chances de paix ou de guerre, les querelles des rois,, les monvements des peuples, les manœuvres des diplomates, la situation du monde, qu'est-ce que cela auprès de la question de savoir lequel parmi les chevaux de course en renom arrivera le premier? Nous voici au jour où, dans les fastes de la gloire, les hommes d'État font triste figure à côté des jockeys. Qu'importe qu'on s'appelle M. de Bismark, ou lord Stanley, ou M, Disraeli, ou M. Gladstone, ou M. Bright? Parlez-moi, en fait d'illustres personnages, de Grimshaw, de Fordham, de Dalhey, de Gustance, de Wells, de Challoner. Pour ce qui est des spéculations, il n'y en a plus que d'une sorte : le pari; et celle-là constitue, jusqu'à nouvel ordre, la folie univer-

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selle. Milord, milady, Tépicier du coin, la dame d'en face, votre commis, ma servante, chacun parie. On parie depuis 50000 livres steriing et plus, jusqu'à 1 shelling et moins. Personne dont la tête ne tourne. Si ce n'est point là un événement national, qu'estrce donc, je vous prie?

Aussi, peut-on dire que qui n'a pas vu Londres le jour du départ, et surtout le spectacle que présente la route de Londres à Epsora, n'a rien vu. C'est une impatience, c'est un tohu-bohu, c'est une exubérance de vie, c'est un pêle-mêle d'hommes et de femmes, c'est un encombrement de voitures qu'on ne saurait décrire, et qu'il est difficile de concevoir.

Cette année, toutefois, il faut bien le reconnaître, le carnaval anglo-saxon n'a pas été ce qu'il est d'habitude, tant s'en faut. La cipitale a mis moins d'empressement à se vider ; et l'on a vu rouler confusément moins de. cabriolets, moins de tilburys, moins de charrettes, moins de pataches, moins de phaétons, moins de carrioles, moins de tapissières remplies de lurons débraillés et de commères rieuses, moins d'équipages fringants, moins de postillons à culotte de peau. Comme à l'ordinaire, les maisons, auberges ou cabarets situés le long de la route regorgeaient de spectateurs; mais les visages curieux ne se montraient que derrière les vitres des fenêtres, prudemment fermées. Comme à l'ordinaire, on apercevait dans la cohue ambulante nombre de faux nez et de trompettes pour rire; mais il y avait disette significative de voiles verts. Prétendre qu'on ne chantait pas, qu'on ne jurait pas, qu'on ne se bousculait pas, qu'on ne se jetait pas amicalement des brocards à la tête, et même des poignées de farine à la figure, bien hardi qui l'oserait; mais l'entrain général n'était pas aussi général qu'à l'ordinaire, ni le carnaval du voyage aussi carnavalesque.

Et pourquoi? Parce que, le 22 mai 4867, la providence des coursés, toujours si propice à l'Angleterre, se trou-

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