‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 35 sur 106 · DES AVEUGLES · texte numérisé non relu

DES AVEUGLES

10 juia.

On raconte que, Tautre jour, un commissionnaire, rencontrant un vieux tory qui sortait du Carlton'club, lui demanda si c'était là le club de la Réforme. «: Non^ morbleu! répondit en grommelant le vieux tory. Le club de la Réforme est à côté; ceci est le club de la Révolution. »

Peut-être ^histoire aùra-t-elle à expliquer, plus tard, de quelle manière l'aristocratie a péri en Angleterre. Dans ce cas, elle dira : ^ C'est l'aristdcratie qui, en Angleterre, a décrété la mort de l'aristocratie ; elle tremblait de se faire réformiste, et, en 1867, sans le vouloir, sans presque le savoir, moitié par peur, moitié par lassitude, elle se fît révolutionnaire.

M. Disraeli est bien effectivement le metteur en œuvre des idées dont M. Bright a été jusqu'à présent l'apôtre. Oui, ce régime démocratique dont, hier encore, le parti que M. Disraeli représente avait horreur, M. Disraeli vient de l'inaugurer. Les tories, aiguillonnés par les whigs, ont donné raison aux radicaux. Les conservatistes, poussés par les libéraux l'épée dans les reins, se sont avancés si loin, si loin, que maintenant les libéraux tournent la tête, et mesurent d'un œil inquiet la route parcourue. Jamais suicide collectif n'eut un caractère plus étrange. C'est au point que ceux à qui l'on demande : « Qui donc vous a ainsi arm^s contre vous-mêmes? » répondent :

UN GASSE-GOU QUI CONDUIT DES AVEiJCJLBS. Itfl

€ La destinée 1 :» et s'expriment 'dans le sens de cette citation par laquelle H. Lowe terminait son discours dés^ espéré du 20 mai :

Noa tibi Tyndaridiâ fades in visa Lacœns, Culpatusque Paris : verùm inclemerkia Divûm Bas evertit opes, slernitque a culmine Trofam.

Que faut-il en penser? Est-ce la faute des hommes? est-ce l'inévitable effet de la colère des dieux?

Voyons les faits d'abord, — ces faits singuliers, inattendus , énormes , qui assignent une place à part, dans l'histoire d'Angleterre, aux mois de mai et juin 1867.

2 MAI. — La Chambre des communes est appelée à se prononcer sur la question des deux années de résidence, première restriction mise par M. Disraeli au household suffrage. M. Ayrton propose qu'on réduise le terme de deux ans à douze mois. Le ministère s'y opposa. On vote. Pour Je ministère, 197 voix; contre lui, 278. Vaincu, que va-t-il faire? Acceptera- 1- il sa défaite? M. Disraeli échange tout bas quelques mots avec M. Hardy, ie moins flexible de ses collègues, et il déclare qu'avant de prendre un parti, il a besoin de se consulter avec les autres membres du cabinet. L'assemblée parait fortement émue. On s'attend ou à une retraite ou à une scission du ministère.

4 MAi.^ — M. Disraeli, dans la Chambre des communes, annonce qne le ministère accepte l'amendement de M. Ayrton. C'est un premier pas hors du cercle où les conservatistes espéraient enfermer le hausehôld suffrage (suffrage attaché à l'occupation d'une maison). Mais les ministres se consolent en gardant le pouvoir. M. Hardy lui-même se résigne. Ce jour-là, des ouvriers de Norwich sont -envoyés çn députation à M. Disraeli, qui leur explique comme quoi le bill de réforme de 1832 ^vait

enlevé, et comme quoi le bill de réformé de 1867 allait rendre le droit de suffrage aux électeurs désignés sous le nom de Scot and lot , c'est-à-dire à quiconque, dans la répartition des. charges d*iine ville, payait sa quotepart. Le même jour, devant une députation plus nombreuse encore, lord Derby assure que les ouvriers ne forment point une classe à part. C'est précisément le contraire que les tories soutenaient dans .la session dernière ; ils affirmaient qu'il était dangereux d'appeler les ouvriers ^ l'exercice du pouvoir politique, parce que, constituant la classe la plus nombreuse, ils emploieraient la puissance du nombre à faire prévaloir les idées et les intérêts qui leur étaient propres : c'était le grand argument des tories contre l'extension de suffrage den^andée par M. Gladstone. Mais lord Derby a changé d'opinion, paraît-il; car, se trouvant en présence d'ouvriers, il s'écrie : Nous sommes tous ouvriers t

6 MAI. — Le peuple se met fin marche pour Hyde-Park. Il désire qu'on le compte, voilà tout. Oh a cherché à lui faire croire qu'on le mitraillerait s'il bougeait. Cette menace l'a fait rire. Il se rassemble dans Hyde-Park le plus paisiblement du monde et y déclare vouloir, en matière de household suffrage, le househoîd suffrage sans reetriction. Les ministres se le tiennent pour dit.. Us comprennent de mieux en mieux que le peuple est quelqu'un.

9 MAI. — Nouvelle concession du ministère. En mettant pour condition à la jouissance du household suffrage le payement personnel des taxes, le bill ministériel excluait de fait tous les householders qui payent leurs taxes par l'intermédiaire de leurs landlords, sous forme d'augmentation de loyer et qu'on nomme compound householders. Ce n'était pas une petite affaire, les compound householders étant au nombre d'environ 500 000. Mais l'agitation a porté ses fruits. Pour montrer combien il

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